Partie 5

71 7 4
                                        


Le matin avait effacé la nuit, mais pas la brûlure qu’elle avait laissé derrière elle. Le corps de Kara reposait contre celui de Lena, peau nue contre peau nue, comme si elles s’étaient toujours cherchées pour finir là, enfin, ensemble.
Le monde n’avait pas encore repris sa course folle. Il y avait juste ce souffle dans sa nuque, cette main abandonnée sur sa hanche, et ce cœur, contre sa colonne vertébrale, qui battait trop vite.

Kara n’osa pas bouger. Elle craignait que tout s’efface d’un clignement de paupière, que cette paix fragile éclate comme un rêve trop réel.

Elle aurait dû se lever. Elle aurait dû partir. Elle aurait dû…

— Tu ne dors pas.

La voix de Lena était rauque, basse, presque timide. Kara sourit sans se retourner.

— Non.

Un court silence.

— Tu regrettes ? demanda Lena, sans réussir à cacher le grain d’angoisse dans sa gorge.

Kara se retourna lentement, leurs corps se frôlèrent.
Elle prit le temps de la regarder. Le désordre de ses cheveux, la morsure fine de l’aube sur sa peau, les cernes qu’elle connaissait trop bien.
Et cet éclat dans ses yeux, ce qu’elle n’avait pas vu depuis… des mois. Depuis avant.

— Pas une seconde, souffla-t-elle.

Lena la regarda comme si elle n’était pas sûre de pouvoir respirer.
Ses doigts jouèrent nerveusement avec les draps, cherchant un refuge, ou une échappatoire.

— On aurait peut-être dû… attendre.

— On a assez attendu, répondit Kara dans un souffle, plus tendre que ferme.

Mais Lena secoua la tête, comme si elle se battait contre elle-même.

— Tu… tu viens de traverser un choc. Et moi, j’ai passé des mois à essayer de ne plus t’aimer. À me convaincre que… que c’était terminé. Que je devais passer à autre chose.

Elle ferma les yeux, les mâchoires serrées. Une respiration trop courte.

— Mais c’était faux. Tout était faux. Je t’aimais même quand je faisais semblant. Je t’aimais quand je te détestais. Et cette nuit… j’ai...

Sa voix s’étrangla. Elle baissa les yeux. Et puis, dans un souffle brisé, comme un aveu volé à ses propres lèvres :

— Je t’aime, Kara.

Un silence. Tendu, suspendu.

Lena resta figée, comme si elle venait de commettre l’irréparable. Elle retint sa respiration, le regard fuyant, déjà prête à se couvrir d’excuses. Trop tôt. Trop intense. Trop risqué.

Mais Kara ne dit rien. Elle se redressa légèrement, une main douce glissant sur la joue de Lena, puis sur sa mâchoire. Elle la guida vers elle, lentement.

Et l’embrassa.

Un baiser lent, chargé de tendresse et de vérité. Pas celui de la nuit dernière. Pas de feu cette fois. Mais un baiser qui ancre, qui répond.
Un baiser qui dit moi aussi.
Un baiser qui dit reste.

Quand elles se séparèrent, Kara appuya son front contre celui de Lena.

— Merci, murmura-t-elle.

Lena fronça les sourcils, troublée.

— Pour quoi ?

Kara ouvrit les yeux. Ils brillaient d’une intensité calme, profonde.

— D’avoir osé le dire avant moi.

OS SuperCorpOù les histoires vivent. Découvrez maintenant