OS 23

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L’annonce était brève, sans photo.

« Chambre disponible dans loft spacieux. Quartier calme. Pas d’animaux, pas de fumeurs. Discrétion appréciée. »

Kara n’avait pas vraiment eu le choix. La ville lui tombait dessus comme une avalanche, le nouveau boulot, les horaires absurdes, le stress de devoir prouver qu’elle méritait sa place. Et puis cet appel, cette voix froide, polie, trop polie pour être sincère :

— La chambre est encore libre. Venez demain à 8h. Je n’aime pas les retards.

Kara avait failli raccrocher.

Elle était arrivée à l’heure. Même cinq minutes en avance, comme pour conjurer le ton sec. Et Lena Luthor avait ouvert la porte.

Pas besoin de se présenter. Qui d’autre pouvait avoir ce regard-là ? Ce port de tête ? Ce détachement feutré ?
Kara avait souri, comme toujours. Trop large, un peu maladroit. Mais Lena n’avait pas souri en retour.

— Enlevez vos chaussures. Et entrez.

La chambre était parfaite. Le loyer abordable. Le quartier tranquille. Et malgré le silence glacial, Kara avait dit oui.

Le lendemain, elle emménageait.

La première semaine passa dans une sorte d’équilibre étrange. Kara se levait tôt, Lena aussi. Elles se croisaient en cuisine, en salle de bain, dans le couloir. Lena ne disait pas grand-chose. Elle semblait toujours absorbée par autre chose, un écran, un dossier, un appel. Toujours impeccable, toujours distante.
Kara, elle, faisait des efforts. De vrais efforts.

Elle laissait des Post-its sur le frigo.

« Fait du banana bread, servez-vous ! »
« Je ferai les courses jeudi si besoin. »

Aucun mot en retour. Pas même un merci.

— Tu veux une tasse ? avait proposé Kara un matin, cafetière à la main.

— Je prends mon café noir. Sans sucre. Sans bavardage.

Voilà.

Mais quelque chose se glissait entre elles. Lentement. Insidieusement.
Un soir, Kara l’avait surprise sur le canapé, jambes repliées, lunettes glissées sur le nez, concentrée sur un livre à la couverture cornée. Rien de froid, rien de dur. Juste Lena. Fatiguée. Presque vulnérable.

— Tu lis Frankenstein ? avait-elle soufflé, un peu surprise.

Lena avait levé les yeux. Long silence.

— C’est une relecture.

Un battement.

— Tu veux t’asseoir ou tu vas me juger debout ?

Kara s’était assise. Un peu trop près, peut-être. Ou pas assez.

Et depuis, tout semblait… changer. Lena parlait plus, un tout petit peu. Kara faisait exprès de chanter faux sous la douche, juste pour voir ce demi-sourire qui venait toujours, brièvement, quand elle croyait que personne ne la regardait.

Lena la corrigeait sur tout. Le rangement des assiettes. La température du frigo. La durée des lessives.

Mais elle n’avait pas refusé la part de banana bread.
Elle avait même lavé la vaisselle.

Et puis il y eut cette nuit.

Kara s’était réveillée en sursaut. Orage. La pluie frappait fort contre les vitres. Le vent s’engouffrait sous les portes.
En passant devant le salon, elle l’avait vu. Lena. En t-shirt. Pieds nus. Debout devant la fenêtre, comme absorbée par les éclairs.

OS SuperCorpOù les histoires vivent. Découvrez maintenant