Partie 4

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Le cours aurait dû être banal. Une simple séance de préparation au colloque européen sur la diplomatie scientifique. Mais Kara n’était pas en état d’écouter quoi que ce soit d’autre que la voix de Lena Luthor.

— Quello che ci serve, più di ogni altra cosa, è il coraggio di credere nel possibile. Anche quando tutto sembra perduto.

La salle était silencieuse. Même le professeur, pourtant connu pour son ego inflexible, s’était effacé avec une sorte de respect instinctif quand Lena s’était levée pour improviser un discours en italien, sa langue maternelle.

Kara la fixait.

Ce n'était pas tant la langue. C’était la manière dont elle la prononçait. Chaque mot roulait sur sa langue avec une sensualité insoupçonnée. Il y avait dans sa voix une chaleur grave, et cette précision clinique dans la diction, si typique de Lena, mais l’italien la rendait presque vulnérable, vibrante, plus humaine.

Elle était sublime.

Lena portait un blazer noir, sobre, son regard acéré naviguait dans la salle avec calme. Mais Kara n’entendait plus que ce souffle rauque au creux de l’italien, cette infime faille quand elle disait perdere. Perdre.

Perdre quoi ?

Peut-être la maîtrise. Kara sentit sa gorge se serrer.
Ce n’était pas simplement de l’admiration. Ce n’était plus de l’admiration depuis longtemps. Elle le sut à l’instant même où Lena se tourna vers elle, croisa son regard, et, sans sourire, sans froncer les sourcils, lui murmura simplement :

— Hai capito, Kara ?

Avait-elle compris ? Non. Oui. Trop bien, peut-être.

Kara hocha la tête, sans parler. Elle avait l’impression qu’un monde entier venait de basculer. Qu’il n’y avait plus de distance raisonnable entre elles. Que son cœur battait trop vite, trop fort, et qu’elle n’était plus capable de se mentir.
Elle était amoureuse de Lena Luthor.

Elle le savait maintenant, avec cette évidence douloureuse qui arrache le souffle.

Et Lena, elle, descendit lentement de l’estrade, saluant d’un geste léger les applaudissements timides des autres élèves. Elle passa à côté de Kara sans s’arrêter, mais sa main effleura sa chaise, sans raison, sans qu’on sache si c’était un accident ou une punition délibérée.

Puis elle murmura, tout bas, sans la regarder :

— Tu devrais faire attention à la manière dont tu me regardes.

— Pourquoi ? répondit Kara dans un souffle, piquée au vif.

— Parce que tu es bien trop transparente. Et moi… je suis bien trop joueuse.

Elle s’éloigna. Kara, clouée à sa chaise, sentit ses joues brûler, son ventre se tordre, et son cœur sauter un battement.

Lena avait vu. Lena avait compris.
Et Lena venait de lancer une partie à laquelle elle n’était peut-être pas prête à survivre.

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Le bâtiment était presque vide. La lumière du soir filtrait à travers les grandes baies vitrées de la bibliothèque universitaire. Une lueur dorée baignait les tables de bois, les dos courbés, les étagères silencieuses. Kara s’était réfugiée là sans réfléchir, incapable de rentrer chez elle. Le souvenir de la voix de Lena, de cette phrase chuchotée comme une gifle douce, tournait en boucle dans sa tête.

"Parce que tu es bien trop transparente. Et moi… je suis bien trop joueuse."

Elle avait posé ses notes sur la table, ouvert un livre au hasard, mais ne lisait rien. Sa main glissait distraitement sur les lignes sans les voir.

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