Partie 3

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Le lendemain matin

Le soleil passait doucement à travers les rideaux crème de la chambre, découpant des lignes dorées sur les draps encore en désordre. Kara était déjà réveillée, allongée sur le côté, le menton calé dans sa paume, les yeux fixés sur Lena qui dormait encore, ou qui prétendait très mal dormir encore.

Elle souriait.

Un vrai sourire. Étincelant, doux, impossible à retenir.

Lena, elle, gardait les paupières closes, les lèvres à peine retroussées en coin. Mais Kara avait appris à lire ces détails. La tension subtile de ses épaules. Le léger sursaut de sa main quand elle frôlait la sienne.

— Tu fais semblant, dit-elle à mi-voix.

— Non, grogna Lena, la voix un peu rauque.

— Si. Et en plus tu souris. T’as jamais souri comme ça en dormant, Lena. J’ai des preuves.

Lena entrouvrit un œil, juste assez pour le faire rouler vers elle.

— Tu espionnes mon sommeil maintenant ?

— Depuis des mois. T’imagines pas les trucs que j’ai vu.

— Hm… et c’est censé me rassurer ?

Kara se pencha, effleura doucement ses lèvres d’un baiser rapide.

— Dis-moi un truc.

— Encore ?

— Mmh. Dis-moi… ce que pense la PDG, là, maintenant. À propos de ce matin. De moi. De toi. De… nous.

Lena haussa un sourcil, l’air presque blasé. Presque.

— Tu veux les termes ? Vraiment ?

— J’veux une conférence de presse. Avec un PowerPoint. Des bullet points. Une carte mentale si possible.

— Tu veux surtout entendre un mot qui te fait rougir.

Kara se redressa légèrement sur un coude, l’air parfaitement innocent.

— Moi ? Rougir ? Jamais. Par contre, si toi tu me dis que je suis ta petite amie, y’a une chance que je fasse des acrobaties.

— Tu fais déjà des acrobaties. En cape.

— Détail. Tu évites la question.

Lena se redressa légèrement à son tour, les draps glissant le long de son bras. Elle s’arrêta à quelques centimètres de Kara, les yeux mi-clos, encore pleins de nuit.

— Est-ce que c’est ce que tu veux, Kara ?

— Non.

Elle sourit.

— C’est ce que je suis déjà.

Un silence.

Puis Lena murmura, presque imperceptiblement :

— T’es vraiment insupportable.

— Ta copine insupportable, rectifia Kara.

— C’est pas encore gravé dans le marbre.

— Mais c’est en cours de négociation.

Elles se sourirent. Longtemps. Trop longtemps. Et rien que ça, c’était déjà une victoire.

Le soir

Kara était encore en train d’essayer de plier une pizza dans une assiette trop petite quand on frappa à la porte. Lena, occupée à ouvrir une bouteille de vin en cuisine, tourna la tête avec une moue interrogative.

— Tu attends quelqu’un ?

Kara grimaça.

— Non… enfin. Peut-être.

Elle se leva, les mains un peu couvertes de sauce tomate, et alla ouvrir.

Alex.

Pantalon d’intervention, veste ouverte, regard direct. Pas souriante. Pas hostile non plus, mais… tendue.

— Salut, dit-elle.

— Salut, répondit Kara, surprise, en se décalant un peu. Tu veux entrer ?

— Juste une minute.

Son regard glissa derrière Kara. Elle vit Lena, au fond du couloir, debout, droite, immobile.

Alex ne fit aucun commentaire. Mais son visage se referma un peu plus.

— Je peux te parler deux secondes ? En privé ?

Kara acquiesça. Elles sortirent sur le palier.

— Tu m’as suivi hier soir ? demanda-t-elle doucement.

— Je t’ai localisé, précisa Alex. Parce que tu ne répondais pas. Et que t’étais pas chez toi. Et que je suis ton agent de liaison. Pas juste ta sœur.

— J’allais bien.

— Je vois ça, répondit Alex, le regard un peu trop dur. J’ai fait des recherches. L’appartement appartient à une holding… elle-même liée à L-Corp. C’est Lena, n’est-ce pas ?

Kara baissa les yeux.

— Oui.

Un silence.

— Elle sait que tu es Supergirl ?

Kara ne répondit pas tout de suite. Et c’était suffisant pour Alex.

— Kara…

— Elle l’a deviné. Mais elle attendait que je lui dise. Je comptais le faire mais disons que certaines choses ont mené à d'autres... bref, elle sait depuis longtemps mais je ne le savais pas jusqu'à il y a peu.

— Tu sais ce que je pense de ça.

— Oui. Mais c’est mon choix.

Alex la regarda longuement. Puis soupira.

— Je ne te soutiendrai pas dans une erreur, Kara. Mais je serai là si tu tombes. Toujours.

Kara leva les yeux vers elle, doucement.

— Je sais. Mais je ne vais pas tomber.

Alex hocha la tête. Lâcha un bref regard à la porte.

— Elle a intérêt à être sincère.

— Elle l’est.

Un dernier silence. Puis Alex, dans un soupir :

— Et dis-lui que je sais pour la bouteille de vin à 120 dollars. L’étiquette dépasse dans la poubelle.

Kara rit malgré elle.

— Tu veux un morceau de pizza ?

— Non. Pas encore prête à dîner chez une Luthor.

Et elle partit.

Kara resta un instant là, seule sur le palier. Puis elle rentra.

Lena l’attendait, toujours debout, deux verres à la main.

— Elle ne m’aime pas beaucoup, dit-elle.

— Elle te tolère. C’est sa façon d’aimer.

— Et toi ?

Kara s’approcha, prit le verre.

— Moi, je n’ai plus à me cacher. Pas ce soir, ni plus jamais, pas avec toi.

Elles trinquèrent et Kara l'embrassa tendrement. Le silence revint, mais cette fois, il n’était plus lourd. Il était doux. Chargé de quelque chose qui grandissait, et qui ne s'arrêterait pas.

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