OS 11

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Orage sur National City

Le tonnerre grondait au-dessus de National City, secouant les vitres du grand appartement de Lena. La pluie battait contre les carreaux, rideaux ouverts sur un ciel noir d’encre, zébré d’éclairs blancs. Il était tard, trop tard pour encore faire semblant que la journée n’était pas finie.

Kara était là, bien sûr. Parce qu’elle était toujours là.

Assise en tailleur au bout du canapé, un bol de nouilles fumantes entre les mains, elle fixait un documentaire animalier avec l’air fasciné d’une enfant découvrant les dauphins pour la première fois.

Lena, elle, n’avait pas bougé de son fauteuil. Un verre de vin entre les doigts, elle faisait semblant de lire les messages sur son téléphone, mais ses yeux n’étaient pas fixés sur l’écran. Ils n’étaient jamais bien loin de Kara.

Et c’était bien ça, le problème.

— Tu savais que les loutres se tiennent par la main pour ne pas se perdre pendant qu’elles dorment ? lança Kara sans détourner les yeux de l’écran.

Lena cligna des paupières. Elle haussa un sourcil.

— Tu comptes glisser ça dans mon testament ou dans un futur discours au gala de l’environnement ?

Kara éclata de rire, ce rire léger qui vibrait dans la pièce comme une chaleur douce et envahissante. Lena détourna les yeux trop vite, comme si elle venait de fixer le soleil en face.

— Tu pourrais faire un discours sur les loutres. Ce serait… attendrissant.

— Oui, exactement ce que je veux qu’on dise de moi. « L’attendrissante Lena Luthor, célèbre pour son engagement envers les mammifères fluviaux. »

— Je vois bien la Une : « Elle a conquis les marchés… et les cœurs des phoques moines ».
Kara se mordit la lèvre en souriant.

Lena soupira, et but une gorgée de vin pour ne pas sourire. Elle s’était promis de rester sérieuse. De rester prudente. Mais la pluie dehors, le calme du salon, et Kara qui portait ce pull un peu trop grand, enfoncé jusqu’à mi-cuisse, les jambes croisées, les lunettes en équilibre sur son nez… Ça n’aidait pas.

Kara se tourna vers elle, comme si elle la sentait dériver.

— Tu veux goûter ? demanda-t-elle en désignant ses nouilles avec ses baguettes.

— Je suis bien avec mon vin, merci.

— Tu sais que tu passes à côté de l’expérience gustative de la semaine, hein ?

— Et toi, tu passes à côté d’un millésime.

Kara lui tendit quand même le bol. Leurs doigts se frôlèrent à peine, mais Lena sentit ce minuscule contact jusqu’au creux de son ventre. Elle prit une bouchée, histoire de ne pas avoir à parler pendant quelques secondes. Le silence pesa.

Puis Kara la fixa, pencha la tête comme un chien curieux.

— Tu as l’air fatigué.

— Tu m’as traînée à un brunch, une expo et maintenant tu squattes mon canapé depuis quatre heures. Bien sûr que je suis fatiguée.

— Hé, c’est toi qui as dit "viens si t’as peur de l’orage".

— Je voulais être polie. Pas te faire emménager.

— Trop tard. Je suis déjà sur le bail émotionnel.

Elle avait osé. Lena leva les yeux au ciel.

— Tu sais que tu es insupportable quand tu veux.

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