Le matin s’était levé comme une blessure douce : une lumière pâle s’insinuant par les rideaux, des bruits de vaisselle au loin, et ce goût, encore, sur les lèvres de Kara. Elle s’était réveillée plus tôt que d’habitude, la poitrine serrée, comme si quelqu’un avait posé la plume d’un souvenir sur son cœur et l’avait laissé là.
Elle s’était assise un long moment sur le fauteuil, immobile, les mains serrées sur le carnet qui lui servait d’excuse. Penser était devenu un effort. Se souvenir d’elle-même, un travail de mémoire et de discipline. La mission revenait par vagues, exigeante, précise, implacable. Elle se répétait les protocoles, les limites qu’on lui avait fixées, le rôle qu’elle avait accepté. Et pourtant, entre chaque règle, Lena s’infiltrait comme une lumière trop chaude.
Lena, de son côté, avait fait semblant toute la nuit. Elle avait laissé ses paupières lourdes, ses muscles fatigués, mais elle n’avait pas dormi pour autant. Elle avait relu encore la violence du baiser, plus brut qu’elle n’aurait voulu, plus vrai qu’elle n’aurait osé croire, et un sentiment neuf lui creusait l’estomac : la joie sauvage d’avoir ressenti quelque chose qu’elle n’avait jamais nommé. Elle avait aimé ce qu’elle avait senti, et la détestation de s’être laissée surprendre avait fait place à une curiosité presque cruelle.
Lorsque Kara entra doucement dans la cuisine, la blonde se tenait droite, volontairement distante, la gorge un peu serrée. Elle prit le café, trop fort, pour se donner du courage.
— Bonjour, fit Lena sans lever les yeux de la table.
— Bonjour, répondit Kara, la voix mesurée. Vous avez bien dormi ?
Lena leva enfin le visage. Le masque était de retour, mais il avait une fissure fine, presque invisible.
— Assez. Et vous ?
Kara prit un instant. Elle aurait pu mentir. Elle ne l’avait pas fait.
— J’ai pensé. Beaucoup.
Un silence qui n’était ni froid ni tendre, simplement chargé. Lena eut un petit rire sans joie.
— J’espérais qu’on pourrait faire comme si rien ne s’était passé.
— Moi aussi, murmura Kara. Mais je n'y arriverais pas toujours.
Lena poussa un soupir, la bouche pincée. Ses doigts jouaient avec la tasse, trahissant son impatience.
— Je comprends, dit-elle. Pourtant… merci. Pour hier. Même si vous l’avez presque regretté, merci.
Les mots étaient simples, mais ils avaient le poids des aveux. Kara sentit une chaleur lui monter aux joues, qu’elle refoula aussitôt.
— Je vais rester professionnelle, dit-elle, presque sèche, pour se convaincre.
— Faites donc, répliqua Lena. Mais ne vous étonnez pas si je vous regarde parfois comme si vous étiez le seul refuge du monde.
Kara ferma les yeux un instant. Elle n’était plus seulement la gardienne d’une vie, elle était désormais le témoin d’un désir que Lena venait d’autoriser. Cela changeait tout.
Elles restèrent là, l’une face à l’autre, entre rituels quotidiens et mensonges policés, jusqu’à ce qu’un bruit sec retentisse du hall : des pas précipités, un ton d’alerte dans la voix d’un agent.
La porte d’entrée claqua, et leurs regards se figèrent.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Kara, déjà sur ses gardes.
— Appel du bureau, répondit Cosas d’une voix étranglée depuis le couloir. Il y a eu… une intrusion à L-Corp.
Lena se leva comme on tire une lame d’un fourreau : nette, vive, concentrée. Son visage changea d’un trait. Le contrôle revenait, mécanique, professionnel. Kara sentit la bascule en elle : le désir retenu rétracté sous le plat de la mission.
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OS SuperCorp
FanfictionCeci est un recueil d'OS plus ou moins longs, les personnages principaux resteront les mêmes, Lena et Kara. Il y a 30 OS, 150 "chapitres", c'est un peu long pour des os mais oklm, ça passe le temps.
