Partie 10

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Le bureau était parfaitement rangé, comme s’il fallait que tout soit en ordre pour affronter le désordre à venir.

Kara s’était levée plus tôt ce matin-là. Elle avait hésité devant sa penderie plus longtemps que nécessaire, opté finalement pour quelque chose de neutre. Ni trop distant, ni trop proche. Elle avait attaché ses cheveux en un chignon lâche, pour ne pas se cacher derrière.

Quand Lena frappa, elle n’attendit pas de réponse pour entrer.

— Bonjour Kara.

Sa voix était basse, posée, mais son regard… Kara s’y brûla dès la première seconde. Lena portait un pantalon noir, une chemise ivoire entrouverte au col, ses cheveux libres, brillants. Elle semblait parfaitement calme. Ce n’était pas normal.

— Bonjour, Lena.

Elle se leva, fit un pas en avant, puis s’interrompit, réalisant qu’elle ne savait plus comment se tenir. Alors elle retourna à son fauteuil, plus tendue qu’elle ne voulait le montrer.

Lena, elle, prit place sans cérémonie. Comme si elle n’attendait plus rien. Comme si tout avait déjà été décidé ailleurs.

— Alors, dit-elle doucement, c’est la fin.

— Oui.

Un silence. Puis Kara reprit, plus doucement :

— C’est notre dernière séance. Après aujourd’hui, tu ne seras plus… sous ma responsabilité.

— Tu peux dire “plus ma psy”. C’est ce que tu veux dire, non ?

Kara sourit à peine.

— Oui.

Lena acquiesça, regarda autour d’elle.

— Tu sais, je me suis demandé si tu allais l’annuler. Trouver une excuse. Une fuite. Juste au cas où tu… aurais peur de ce qui vient après.

— J’ai eu peur, admit Kara. Mais je suis là.

— Alors dis-moi, Kara. Tu me veux ?

Le souffle de Kara s’arrêta net.

— Lena…

— Ce n’est plus un abus, tu ne risques plus rien. Je ne suis plus ta patiente. Plus un cas. Juste une femme devant une autre. Et je suis fatiguée de faire semblant.

Kara ferma les yeux une seconde. Quand elle les rouvrit, ils brillaient d’émotions contenues.

— Je t’ai désiré depuis la première fois où tu as refusé de répondre à une question. Parce que ton silence était un défi. Parce que tu contrôlais tout, même dans ta douleur. Et ça me bouleversait. Mais j’étais ta thérapeute. Je n’avais pas le droit.

— Et maintenant ?

— Maintenant… je suis Kara. Juste Kara.

Elle se leva lentement, s’approcha. Lena ne bougea pas. Elle la regardait, comme si elle se tenait au bord d’un précipice et qu’elle attendait qu’on la pousse.

Kara s’agenouilla devant elle, doucement. Son regard dans le sien.

— Si tu veux partir maintenant, je ne te retiendrai pas. Mais si tu restes… ce ne sera plus une séance.

Lena ne répondit pas. Elle tendit simplement la main et effleura la joue de Kara. Ce fut à peine un contact. Mais c’était assez.

Kara ferma les yeux sous le toucher. Son souffle se fit plus court.

— Je t’ai vu t’ouvrir, t’effondrer, te reconstruire. Je t’ai vu forte, insupportable, magnifique. Et je me suis accrochée à chaque règle parce que je savais que si je franchissais cette ligne, je ne reviendrais jamais en arrière.

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