Partie 5

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La pièce était plongée dans une lumière blafarde. Lena n’avait pas dit un mot depuis dix minutes. Kara l’observait, bras croisés, son cœur battant plus vite que de raison.

Lena avait enfilé un manteau noir sur sa robe légère, noué ses cheveux, mis ses gants. Ses gestes étaient précis, silencieux, et cela n’annonçait rien de bon.

— Tu vas me dire ce que tu fais ? demanda Kara doucement.

— Je retire le jouet à l’enfant capricieuse. Elle veut jouer avec la vérité ? Très bien. Je vais couper le courant.

Elle activa une séquence manuelle sur un terminal isolé, puis introduisit une clé biométrique dans une fente que Kara n’avait jamais vue.

— Lena…

— J’ai créé ce protocole après Lex. En cas d’exposition extrême. Il agit sur la presse, les réseaux, la ville. C’est un brouillard informationnel. Plus rien ne circule pendant trois heures.
Pas de serveurs. Pas de partages. Pas de relais. Un silence total. Et personne ne pourra l’ignorer.

Kara s’avança, posant une main sur son bras.

— Tu vas paralyser National City.

— C'est toujours mieux que d’y brûler ton visage. Elle veut t’effacer par les mots ? Je vais effacer les mots. Tous. Juste assez pour lui rappeler qui tient encore les leviers.

Kara hésita. Elle voyait bien le tremblement au bout des doigts de Lena. La peur masquée sous la maîtrise. Mais elle savait aussi : elle ne pouvait plus lui demander d’être moins que ce qu’elle était.

— Tu n’as pas peur de te faire haïr pour ça ?

— Je suis une Luthor, Kara. Je suis déjà haïe, autant que ce soit utile.

Un long silence les traversa. Kara se mordit la lèvre.

— Tu ne le fais pas juste pour moi.

Lena détourna les yeux, mais ne répondit pas. Et puis, doucement :

— Non. Je le fais pour nous. Parce que ce que tu représentes, ce que nous sommes, ça mérite mieux que d’être traqué à coups de hashtags.

Elle appuya sur la touche finale.

Un clignotement rouge. Une mise en garde. Puis :

Protocole Nox Aeterna – activation dans 5… 4… 3…

Kara souffla, presque amusée malgré elle :

— Tu l’as vraiment appelé "nuit éternelle" ?

— C’était Lex qui aimait nommer ses plans. Moi, je les fais fonctionner.

Et dans le cœur de la ville, à l’instant exact où Aiden préparait sa prochaine frappe, National City plongea dans le silence numérique.
Plus de notifications. Plus de news. Les rédactions se figèrent, les forums devinrent muets. Un blackout d'information total.

Aiden se redressa brusquement dans sa planque, ses écrans s’éteignant un à un, remplacés par une interface sobre, noire, signée d’un simple logo :

L

Et une phrase :

"Tu pensais nous prendre en pleine lumière. Mais certaines vérités se défendent mieux dans le noir."

Aiden recula d’un pas.

— Bien joué, Lena.

Mais elle sourit. Parce qu'elle savait ce que personne d’autre ne voyait encore.

— C’est dans le noir que les fantômes frappent le plus fort.

La pièce n’était plus qu’un amas d’écrans morts. Aiden Moor fixait le silence numérique qu’on venait de lui imposer. Elle en tremblait presque, pas de colère, pas de panique. Quelque chose de plus dangereux : l’extase du défi.

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