La voix vient de nouveau murmurer à l'oreille d'Icare. « Assassin ! ». « Meurtrier ! ». Elle n'arrête pas devenir l'importuner depuis les deux jours qu'il est coincé au mitard. Il pose ses mains dans ses oreilles, comme si cela pouvait la faire taire.
Pourquoi elle vient encore l'embêter en pleine nuit ? Il est en sueur dans son lit. De nouveaux cauchemars sont venus le perturber dans son sommeil.
Il ouvre les yeux, il fait noir dans la cellule d'isolement. Noir. Comme ce soir d'Halloween. Icare avait traîné dans les rues de sa ville avec ses amis. On les regardait de travers, ces gamins un peu bizarres qui malgré la pluie et le froid, restaient dehors à attendre que les journées passent. Des mégots de cigarettes et des bouteilles de bière bon marché jonchaient le sol à leurs pieds.
Icare souriait. Il n'avait pas grand-chose et le simple fait d'être avec ses amis le rendait heureux. S'il ne restait pas avec eux, il aimait bien se poser dans un coin calme de la ville, prendre un recueil de poésie et dessiner dessus. Il y faisait des ébauches de dessins qui après venaient meubler la peau de ses bras. Ses tatouages n'étaient pas de simples traits dessinés comme ça, chacun correspondait à un moment de sa vie, une pensée secrète ou des rêves imaginés.
Ce jour-là, réfugié devant la façade d'un immeuble, il regardait avec ses amis des gamins déguisés qui déambulaient dans les rues. Ils avaient eux aussi acheté des bonbons, avec des packs de bière. Un des gars fumait un joint. C'était un curieux spectacle, un mélange de douceur de l'enfance et d'amertume adolescente.
Un bonnet sur la tête, les yeux rivés sur ses baskets, au fond Icare n'attendait que le temps se passe. Il n'avait rien à faire de ses vacances. Des devoirs sans doute, mais la philosophie ou l'histoire étaient ennuyantes à mourir. Il préférait s'ennuyer dans la rue que devant des cahiers. Il bosserait probablement dans ses derniers jours, pour faire plaisir à son père. Il lui répétait tout le temps qu'il ne voulait pas que son fils finisse ouvrier d'usine, et gagne seulement une misère. La pauvreté les marquait trop comme ça.
Mais son père ne voulait pas non plus qu'il l'aide en prenant un autre boulot. Il ne cessait de répéter qu'Icare n'y était pour rien pour la misère dans laquelle ils vivaient. Icare le savait bien et cela lui faisait d'autant plus grincer les dents. Sa mère l'avait abandonné à son père qui peinait à s'en sortir, et surtout, n'avait jamais versé la moindre pension alimentaire à son ex-fiancé. Et l'homme ne pouvait pas engager une procédure pour la demander, il disait que cela lui couterait trop cher, qu'il ne connaissait rien à la justice.
Alors, le jeune garçon faisait quand même quelques boulots au black, par-ci par-là. Parfois même, grâce à des connaissances de ses potes, il servait de guetteur aux dealeurs. Cela lui faisait pas mal de fric. Fric que son père refusait quand Icare lui apportait les billets. Il ne voulait pas y être mêlé, et estimait que cela était l'argent de son fils.
Mais Icare le savait : quand il glissait secrètement quelques billets dans le portefeuille de son père pour les factures, ce dernier les utilisait quand même. Alors qu'il savait que cela venait de son fils.
— Garde cet argent fiston, répétait-il. Peu importe le moyen dont tu l'as gagné... Tu ne vas pas payer les factures. Tu en auras l'utilité par la suite.
Icare grimace dans sa cellule. Cet argent lui avait été pris quelques mois plus tard pour payer ses amendes à ses victimes. Du moins, le peu qu'il avait de côté avait pu payer qu'une minime partie des amendes. Son père lui disait à l'époque que cela lui servirait pour payer l'université, mais Icare était perdu. L'école ne lui disait rien parce qu'il galérait. L'université lui semblait comme impossible à suivre. Finalement, l'argent était revenu à ses victimes.
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Icare
Romance*Histoire contenant l'équivalent des Tomes 1 et 2* Lucile, jeune professeure d'histoire pétillante, ne pensait pas qu'elle remettrait toute sa vie en question suite à une simple rencontre. En effet, quand son amie, une infatigable libraire, lui dema...
