Je le deteste

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Je raccroche avec Joe et me donne quelques minutes pour reprendre mes esprits, hors de question qu'on s'aperçoive que j'ai pleuré. Un coup d'œil à ma montre m'apprend qu'il ne me reste plus qu'une demi-heure avant de pouvoir regagner mon foyer et la douceur de ma couette. En voyant l'air morne de Laury, je comprends que mon avenir dans la boîte est fortement compromis, la colère ressurgit, de toute façon je n'ai plus rien à perdre.

J'entre sans frapper dans son bureau, à sa manière je le regarde comme s'il ne représentait rien d'autre qu'un cafard, certes aux yeux magnifiques mais un cafard quand même :

- Je ne sais pas pourquoi tu ne m'aimes pas et je m'en fous. Je ne suis pas là pour me faire aimer mais pour travailler. Je suis en apprentissage, et oui pour l'instant il me faut toute une après-midi pour trier des tickets de carte bancaires, mais tu sais quoi : c'est ça l'apprentissage, laisser le temps à la personne d'acquérir des compétences. Tu veux quoi ? Que je m'en aille. Très bien, dès demain, je cherche une autre entreprise dans laquelle effectuer mon stage, comme ça tu ne me verras plus et moi je n'aurai pas à retourner chez papa et maman. En attendant, je pense que tu peux continuer à te comporter comme un... goujat (même si le mot qui me brûlait les lèvres était plutôt connard) et m'ignorer comme tu sais si bien le faire.

Je quitte ensuite son bureau pour me rendre dans celui de Max qui se pince les lèvres, on dirait qu'il est sur le point d'éclater de rire mais je n'en suis pas sûre.

- Max. j'ai conscience qu'avec Thomas ça ne va pas le faire du tout. Alors si vous pouviez me garder le temps que j'arrive à trouver une autre entreprise dans laquelle poursuivre mon apprentissage ce serait vraiment gentil. Je sais que rien ne vous y oblige mais je ne veux pas arrêter la formation.

Son visage se fait sérieux et il hoche la tête. Il ne refuse pas ma presque démission mais il ne me demande pas de quitter sa boîte tout de suite.

Je retourne ensuite à mon poste et informe Laury de ma décision.

- Tu sais, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Je serais toi, j'attendrais un peu avant de remettre ta lettre de démission.

Je ne réponds rien. Mis à part si Thomas se fait renverser par un bus, je ne vois pas ce qui pourrait faire que je reste travailler ici. L'horloge affiche dix-huit heures, je souhaite une bonne soirée à Laury et je file sans demander mon reste.

Arrivée chez moi, je saute dans la baignoire où je reste une heure à laisser couler l'eau chaude sur ma peau. Le contact brûlant me fait du bien, je parviens à éloigner momentanément de mon esprit ce qu'il vient de se passer. Je repousse l'échéance d'avoir à trouver une autre structure pour m'accueillir, j'envoie au loin le comportement de Thomas, mais quoi que je fasse son visage s'impose à moi. Je revois le sourire franc et sincère qu'il m'a adressé dans son bureau quand il ne s'attendait pas à ce que ce soit moi qui soit venue lui parler. J'ai beau réfléchir, je n'ai rien fait pour justifier son rejet total de ma présence au sein de l'entreprise. Ok, c'est vrai je ne suis, pour l'instant, pas très productive, et je peux comprendre qu'il me considère plus comme un boulet que comme une potentielle collaboratrice mais il pourrait au moins me laisser ma chance non ?

Des coups frappés à la porte me font sursauter. L'avantage du studio, c'est que de n'importe quelle pièce je suis proche de la porte d'entrée. Le temps d'enfiler un peignoir, me voici à regarder par l'œilleton.

- Jess ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- L'autre débile m'a envoyé un SMS. Apparemment tu n'as pas le moral. On peut savoir d'ailleurs pourquoi il l'a su avant moi ?

Je la laisse entrer et lui explique la situation.

- Ça ne me dit pas pourquoi tu as préféré l'appeler lui plutôt que moi, me reproche-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.

Je lève les yeux au ciel :

- Tout simplement parce que je sais qu'avant dix-huit heures, le lundi, tu n'es pas joignable car tu assures la permanence de l'école.

Elle se déride un peu.

- Bon, ton Thomas m'a l'air d'être un sacré énergumène et en même temps c'est la première fois que je te vois t'emballer autant pour un mec.

- Ça ne va pas non ! M'emballer ? mais tu es folle ou quoi ?

- Excuse-moi, je ne voulais pas dire emballer, je voulais dire que ça fait longtemps qu'un garçon ne t'avait pas mise dans un état pareil. Même si tu le détestes, il provoque chez toi une émotion forte et tu sais ce qu'on dit...

Elle laisse sa phrase en suspens, ce qui m'agace presque autant que ses insinuations stupides :

- Non, qu'est-ce qu'on dit ?

- De la haine à l'amour il n'y a qu'un pas.

- N'importe quoi. Jess, je crois qu'il va falloir que t'arrêtes de discuter avec Dondiego46 parce que tu deviens ridicule.

Je fais dévier la conversation sur son amoureux sans fil et je me rends compte que Jess s'attache peu à peu à ce garçon ? Peut-être que moi aussi je devrais m'inscrire sur ce site. Le sourire de Thomas apparaît devant mes yeux mais je le repousse aussi loin que possible. Comment un mec aussi craquant peut-il être aussi con.

- C'est lui ? me demande Jess en me tendant son portable.

Je rêve, elle a facebooké Thomas. Moi qui pensais lui avoir changé les idées c'est loupé. Je ne m'attarde ni sur ses yeux, ni sur son teint hâlé par le soleil, je n'essaie pas d'imaginer dans quel pays il est parti en vacance, et hoche la tête. Jess, s'empresse d'éplucher son profil :

- Tiens, il adore skier.

Je ne réponds pas, trop occupée à me faire les ongles.

- Il est parti à Bali l'an dernier.

- Grand bien lui fasse, grommelé-je. Si un éléphant avait pu lui marcher dessus ça m'aurait arrangé.

- Il assiste à une expo le mois prochain sur le peintre Toulouse Lautrec.

Je m'applique à ne pas déborder sur mon doigt.

- Et il est marié.

Je dérape et une grosse trace rouge atterri sur ma petite table basse. Heureusement, Jess ne s'est rendu compte de rien, trop absorbé par son enquête.

- Visiblement, il a une petite fille aussi. Donc tu l'oublies.

- Pour l'oublier encore aurait-il fallu que j'y pense Jess.

Le visage de Jess se fait grave. Elle scrute mon regard à la recherche de je ne sais quoi.

- Sois prudente Maddie. Ne tombe amoureuse de lui.

J'éclate de rire.

- Jess. Je te jure que je n'éprouve rien pour ce type. Et même, dans l'hypothèse absolument farfelue où j'aurai un début de frémissement en le voyant, je peux t'assurer que la seule chose qu'il a envie de faire quand il me voie c'est partir à l'autre bout de la terre.

Note d'auteur: Jess aurait elle des talents de divinatrice? En tout cas elle semble persuadée qu'il se passe quelque chose de fort entre Thomas et Maddie. Le prochain chapitre devrait être écrit du pointde vue Thomas (sauf si je change d'avis d'ici là). En média voici Maddie Bisous bisous.

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