Natalia me fait faire le tour de l'école, me présente les différents bureaux administratif et quand je m'étonne qu'elle soit aussi bien renseignée, elle me fait un clin d'œil :
- C'est facile, je travaille ici.
- Pardon ? m'étranglé-je.
- Oui, je fais mon alternance ici.
Je fronce les sourcils :
- Mais ce n'est pas trop dur. Je veux dire être à la fois élève et salarié du CFA ?
- Bof. Pour l'instant ça va. J'essaie de concilier les deux mais le plus difficile c'est le regard des autres élèves de la classe. Je pense qu'elles me voient comme une sorte d'espion et se méfie un peu de moi.
J'ai un pincement au cœur. Cette fille me rappelle comment j'étais quand j'étais plus jeune au collège. Moi aussi j'étais mise à l'écart, je n'avais pas d'amis et je passais mon temps à bouquiner.
- Bon et bien, j'ai fini de te montrer l'école, donc si tu veux tu peux rejoindre les autres, elles doivent être devant l'entrée.
- Et toi ?
Elle rougit un peu et je la trouve adorable. Elle sort de son sac un livre qu'elle me montre :
- Moi je vais lire.
Je suis sur le point de rejoindre les filles mais quelque chose m'en empêche. J'éprouve beaucoup de sympathie pour cette rouquine qui ne me regarde pas comme un phénomène de foire, qui ne me demande pas pourquoi j'ai arrêté le droit...
- Tu sais quoi ? Moi aussi je vais lire, annoncé-je en sortant de mon sac le dernier Harlan Coben.
Un sourire radieux illumine le visage de Natalia et nous passons le reste de la pause à discuter de nos auteurs favoris. J'apprends ainsi qu'elle aussi adore l'Héroic Fantasy. Fan de Georges R Martin, elle a lu toute la série de Game of Thrones ce qui nous fait un point commun. Nous sommes en pleine comparaison sur les films et la série lorsque le reste de la classe revient. La deuxième partie du cours est toujours axée sur l'écoute active et comment montrer à son interlocuteur qu'on prête attention à ce qu'il nous dit.
- Vous pouvez prendre des notes, hocher de la tête, le regarder, et lorsqu'il a fini de vous exposer son problème n'hésitez pas à reformuler ses propos. Cela lui montrera que vous l'avez compris, cela le rassurera et le mettra en confiance.
Nous prenons toutes des notes et avant que je n'aie pu regarder ma montre, le cours est déjà fini. Clara nous souhaite un bon appétit et nous libère. Je range mes affaires et au moment au je vais quitter la salle, une jeune fille grande, plutôt mince aux longs cheveux châtain (Sophie je crois) s'avance vers moi :
- Tu veux manger avec nous ? me demande-t-elle.
J'hésite, je jette un œil aux autres filles, elles me dévisagent, attendant impatiemment ma réponse. Si je décide de ne pas me joindre à elles, elles risquent de penser que je les snobe, que je me sens supérieure à elles, ce qui n'est pas le cas du tout. Mais si je reste, je vais sans doute devoir subir un interrogatoire en règle.
- Y a plein de place a self, insiste Natalia.
- Très bien, j'accepte.
Sophie m'a l'air ravi et nous partons toutes en direction du réfectoire. En voyant les cinq longues tables, le mini frigo et les micro-ondes, je suis un petit peu surprise.
- Mais on mange quoi ? demandé-je discrètement à Natalia.
Celle-ci pouffe dans sa main.
- Il n'y a pas de cantine. Ici, tout le monde ramène sa gamelle. Mais ne t'inquiète pas, y a une boulangerie et une grande surface pas loin.
Natalia m'accompagne à la boulangerie où je choisis un sandwich poivrons, courgettes et fromage de chèvre, puis nous regagnons le réfectoire. Les filles nous font signe de les rejoindre et nous nous installons. Au début, tout le monde parait un peu gêné par ma présence mais au fur et à mesure du repas, nous faisons plus amples connaissances. J'apprends ainsi que Sophie est pompom girl, Chloé joueuse de football dans un club de seconde division et que Julie adore sortir en boîte.
- Pourquoi tu as arrêté le droit ? demande une blonde au regard curieux.
- Tout simplement parce que ça ne me plaisait pas, répondé-je honnêtement
- Et tu as un mec ?
- Victoria, tu fais la fouine, la reprend Sophie.
- Laisse, dis-je en la rassurant, puis je tourne mon regard vers Victoria, Non, je n'ai pas de mec, je suis célibataire.
- Bon en tout cas ça fait plaisir de ne pas être la seule vieille ici, lance une voix à l'autre bout de la table.
Une brune, aux cheveux longs m'adresse un sourire avant de reprendre ;
- J'ai vingt-trois ans et moi aussi j'ai fait du droit, mais j'ai arrêté dès la première année, ensuite j'ai vadrouillé à droite à gauche avant de m'inscrire ici. Je m'appelle Laetitia, précise-t-elle.
Nous continuons de discuter lorsque mon regard est attiré par une silhouette masculine. Je reconnais le jeune homme de ce matin et quand il me voit, au milieu des autres filles il a un mouvement d'hésitation. Il récupère quelque chose dans le frigo avant de quitter la pièce.
- Il est vraiment craquant ce mec, lance une des filles de la table d'à côté.
- Laisse tomber, il est gay, lui répond sa voisine.
Je me penche vers Natalia, après tout, si elle travaille ici, elle doit bien savoir de qui il s'agit.
- Lui, c'est Jeremy, c'est le prof de gestion des relations clients fournisseurs.
J'enregistre l'information pour plus tard, et nous terminons de manger. A la fin du repas, les filles proposent d'aller profiter des rayons de soleil de cette mi-septembre. L'une d'entre elles me demandent comment cela se passe dans mon entreprise et quand je lui dis que je n'y ai encore jamais mis les pieds, les réactions fusent :
- Tu n'y es pas encore allée ?
- Mais ça va, tu ne stresses pas trop ?
- Moi le premier jour, c'était horrible, je ne savais pas si je devais faire la bise ou serrer la main. J'étais perdue.
- Moi j'avais trop peur de faire une connerie. De faire planter l'ordinateur, d'oublier un truc important...
- Moi je suis arrivée en teeshirt manche longue et j'ai tellement transpiré que j'avais des auréoles sous les bras. J'ai passé le reste de la journée a essayé de pas lever les bras. Les problèmes c'est que je suis petite et que certains classeurs sont rangés trop haut. Résultat, j'attendais d'être seule dans le bureau pour les attraper.
Plus elles parlent, plus mon stress augmente. Elles soulèvent des points auxquels je n'avais pas du tout pensé, et je sais que maintenant je vais passer le reste de la semaine à me mettre la pression. C'est vrai que pour dire bonjour le matin, est ce que je prends l'initiative de faire la bise, ou de serrer la main ?
Le reste de la pause se passe dans la bonne humeur, et moi qui n'était pas là pour me faire des copines, je me dis que c'est peut-être l'occasion de prendre ma revanche sur mes années d'école dont je ne garde pas forcément un très bon souvenir.
Note d'auteur: Maddie fait connaissances avec ses nouvelles camarades. J'espère que ça vous plait. Bisous
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Bien Trop Sérieuse?
RomanceMadeline, vingt deux ans, a laissé tomber la fac de droit et galère à trouver du travail. Aussi, lorsqu'un éventuel employeur lui propose une formation en alternance elle n'a pas le choix si elle ne veut pas retourner vivre chez ses parents. Entre u...
