Sur le fil

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Je reste immobile, mes yeux rivés sur ce message qui n'a pas de sens. Pourquoi maintenant, pourquoi là ?

- Maddie ? m'appelle Jess.

Je planque mon téléphone sous un coussin pour la rejoindre en cuisine. J'aide mon amie à finir de ranger la vaisselle. Elle vérifie que Joe est occupé sur son téléphone avant de me murmurer :

- Je rencontre Dondiego46 la semaine prochaine.

J'ai du mal à ne pas m'agiter afin de ne pas attirer l'attention de Joe.

- Vous allez où ? demandé-je excitée comme une puce.

- On s'est donné rendez-vous au café Ponty, en face de mon école, mercredi à dix-sept heures.

Je me mords la lèvre.

- Quoi ? Qu'y a-t-il ? s'inquiète-t-elle.

- Rien. C'est juste que j'aurais voulu t'accompagner, histoire de vérifier si ce n'est pas un serial killer.

Elle pouffe dans sa main :

- Et c'est moi qui regarde trop la télé, me taquine-t-elle.

- Tu auras intérêt à me faire un compte rendu détaillé !

- Promis, dit-elle en tendant son petit doigt.

Je l'accroche avec le mien et nous secouons nos mains comme de gamines.

- Qu'est ce qu'il se trame ici ? demande Joe.

Jess lui tire la langue et je ne réponds rien. J'étouffe un bâillement qui se communique à mes deux amis. Joe se met à gonfler le matelas d'appoint, et Jess m'aide à déplier le clic clac. Quand j'entends leurs respirations devenir régulière, je m'extirpe de la couette avec mon téléphone et me cache dans le seul endroit où on ne viendra pas me déranger : les toilettes.

Mon portable affiche encore une vingtaine de messages, j'ai du mal à retrouver celui qui, je pense, provient de Thomas. En même temps, il est le seul homme que j'ai embrassé en 2017, excepté le type du bar, mais je ne pense pas que ce soit lui qui m'ait écrit. Qu'est-ce que je fais ? Je réponds ? Je ne réponds pas ? Prenant mon courage à deux mains je pianote rapidement : « Je te souhaite une très bonne année 2018. Je pense que notre moment d'égarement était une erreur à ne SURTOUT pas reproduire en 2018. ». Je clique sur envoi et attends patiemment. La réponse ne vient pas, je sais que c'était la meilleure chose à faire. Je n'ai aucun avenir avec lui, il vaut mieux tuer tout espoir maintenant avant que l'un de nous ne souffre trop. Pourtant, je ne peux m'empêcher de sourire comme une idiote. Ainsi ce baiser a eu de l'importance à ses yeux. Mieux que ça, il voudrait recommencer.

Mon portable se met à vibre, de surprise je manque de le lâcher. J'ouvre fébrilement le message : « Tu m'obsèdes ». Mon cœur s'arrête. Littéralement. Je ne dois pas répondre, je ne dois pas m'engager sur cette voie-là. Ma conscience était de prendre le dessus, mais mon corps s'embrase devant ce message. J'hésite plusieurs fois mais je réponds :

« Toi aussi ».

Un long moment s'écoule avant que sa réponse n'arrive enfin. Nous échangeons des messages lourds de sous-entendus, jusqu'à ce que l'un de nous n'exprime clairement son désir : « J'ai envie de toi ». Ces mots s'affichent, s'insinue dans mon esprit, je suis heureuse. Heureuse de savoir qu'en cet instant ce n'est pas d'une autre dont il a envie mais de moi. Ces mots me font aussi l'effet d'un électrochoc. Je coupe mon portable afin de ne plus être tentée. Je regagne discrètement le clic clac, pourquoi me suis laissée entraîner là-dedans. Il n'en ressortira rien de bon, je le sais pertinemment.

Le lendemain, une fois mes amis rentrés chez eux, je rallume mon téléphone. Il n'y a qu'un message. Visiblement envoyé ce matin : « Oublie tout, j'ai un peu trop bu hier soir, je ne savais plus ce que je disais ». Je jette mon portable d'un geste rageur sur le canapé. J'aurai du m'en douter, il ne m'a écrit que parce qu'il était ivre. Si la partie rationnelle de mon cerveau trouve que c'est une bonne chose, je ne peux m'empêcher d'être déçue. Bien sûr que lui et moi ce n'est pas possible, mais pendant un court instant hier soir, je me suis sentie vraiment désirée. Je prends une grande inspiration avant de récupérer mon portable. Je relis nos échanges de la veille et efface une par une les preuves de ma faiblesse. Lundi je retourne au boulot, je mettrai mon masque d'indifférence et ferai comme si rien ne s'était passé.

Je suis sur le point de pénètre dans mon bureau après avoir salué Julien quand Max m'interpelle. Au ton de sa voix, je devine qu'il y a un problème. Mince. Qu'est-ce que j'ai mal fait ?

- Oui Max.

Je pousse la porte de son bureau et me fige. Face à moi se trouve Paul et Quentin. Mon regard va de l'un à l'autre avant de se poser sur Max.

- Entre et ferme la porte, exige-t-il.

J'obtempère, n'osant regarder personne.

- Madeline. As-tu été agressée lors du repas de fin d'année.

- Noooon ! m'exclamé-je, pas du tout.

- Est-ce que tu t'es sentie menacée ?

Mon regard cille, je ne veux attirer d'ennuis à personne. Face à moi Quentin et Paul n'en mène pas large. Je sais qu'ils doivent se trouver cons et regretter leurs paroles, néanmoins je ne dois pas mentir.

- Non. Disons qu'il y a eu certaines paroles maladroites dues à l'alcool mais...

- Mais rien du tout, s'emporte Max. Cette entreprise c'est comme ma famille et tu en fais partie Maddie. Il est hors de question que tu te sentes mal ou qu'on te manque de respect.

Paul et Quentin tremblent légèrement, Max va-t-il aller jusqu'à les virer. Je décide d'intervenir :

- Je suis d'accord. D'ailleurs Paul et Quentin pourrait s'excuser et promettre de me ramener des chocolatines chaque fois qu'ils reviendront de chantier, dis-je sur un ton détaché.

Max semble hésiter avant d'acquiescer. Les deux ouvriers me lancent un regard plein de reconnaissance et quand nous quittons le bureau Paul prend la parole :

- Maddie, je te remercie. Nous sommes vraiment désolés, je ne sais pas ce qu'il nous a pris, habituellement on...

- Arrête. Je l'interromps froidement, ce qu'il s'est passé c'est que toi et ton acolyte étiez complètement bourrés et que vous ne vous contrôliez plus. Je passe l'éponge cette fois-ci mais je te garantis qu'à la prochaine réflexion déplacée, bourré ou pas je te dénonce.

Il baisse les yeux et quitte le couloir. Je passe devant le bureau de Thomas, j'aurai deux mots à lui dire, mais je risque de crier et ne voudrais pas que Max ou les autres entendent ce que j'ai à lui dire. Je vais attendre ce soir et le coincer.

Note d'auteur: Bientôt les vacances! Je vous promets des retrouvailles explosives entre Maddie et Thomas!

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