Chaque chambre est composée d'un lit double et d'un lit simple, chacune décorée avec des éléments rappelant la montagne : Une luge en bois, des vieux bâtons de ski, des figurines représentants des marmottes, des écureuils... Après plusieurs tergiversations, nous arrivons à la répartition suivante : Joe, Natalia et moi dans la première chambre, Mathilde, Chloé et Vicky dans la seconde et Laetitia, Julie et Sophie dans la dernière. Nous terminons de déballer nos affaires quand Jérémy arrive. Comme convenu, il prend la chambre du bas qui s'avère être un studio indépendant avec sa propre porte d'entrée, une petite kitchenette et une salle de bain. Il fait ainsi la connaissance de Joe qui le met tout de suite à l'aise en lui proposant une bière.
Au vu de l'heure tardive, nous grignotons un morceau avant de gagner nos chambres respectives. Je ne sais pas si c'est l'excitation ou le fait de ne pas être dans mon lit mais j'ai du mal à m'endormir, ce qui n'est pas le cas de Joe si j'en crois ses ronflements. Le matin, je suis la première levée. Ne voulant pas réveiller Natalia en tournant et retournant dans le lit, je m'éclipse discrètement. Je profite que le chalet soit endormi pour squatter la salle de bain, ce sera ça de moins à faire tout à l'heure. Je descends ensuite précautionneusement l'escalier en veillant à le faire craquer le moins possible, j'enfile mes boots et ma doudoune avant d'aller sur la terrasse baignée du soleil matinal. J'inspire à plein poumon l'air pur de la montagne et admire le paysage enneigé. Tout est immaculé. Je repère de petites traces de pattes dans la neige, surement un lapin se hâtant de retourner à son terrier. J'apprécie le calme des lieux. Le chalet paraît perdu dans une forêt de sapin mais un chemin permet de rejoindre la station en dix minutes à pied, cinq si on chausse les skis. Du bout de l'index je m'amuse à dessiner des bonhommes sur la neige recouvrant la rambarde de la terrasse, puis je porte mon doigt à ma bouche comme je le faisais étant gamine.
— Elle est bonne ?
Je sursaute avant de me retourner. Jeremy est installé sur l'une des chaises autour de la table, une tasse fumante de café dans les mains et me regarde d'un air amusé.
— Elle manque de sucre, rétorqué-je, nullement honteuse d'avoir été prise en flagrant délit de régression.
Il me sourit et je tire une chaise pour m'installer face à lui.
— Quel est le programme de la journée ? me demande-t-il.
— Ce matin nous allons louer les skis, récupérer les forfaits et si nous avons le temps nous ferons une descente. Après le repas nous retournerons certainement skier.
— Avec ce beau temps ce serait en effet dommage de ne pas en profiter, acquiesce-t-il.
— Et vous ? demandé-je à mon tour.
Il a été convenu que Joe et Jeremy feraient leurs vies de leurs côtés, je ne suis donc pas étonnée lorsqu'il m'annonce avoir prévu une excursion toute la journée avec un professeur de snowboard. J'ai une pensée pour Victoria qui sera drôlement déçue de constater que notre charmant enseignant ne se joindra pas à nous.
— D'ailleurs, je dois y aller, dit-il en se levant et récupérant son sac à dos. On se voit plus tard ? ajoute-t-il.
J'acquiesce distraitement et le regarde s'éloigner, ses pas crissant dans la neige fraiche. Je me fais la réflexion que son pantalon de ski met tout de même très bien en valeur ses fesses lorsqu'il se tourne vers moi pour m'adresser un signe de la main. Heureusement, de là où il est, il ne peut pas me voir rougir.
Me voici seule, savourant le calme et le charme de cet endroit. Je ne pense à rien d'autre qu'au bonheur de ces vacances qui débutent. La quiétude des lieux est cependant vite troublé par le troupeau d'éléphantes à moitié ensommeillées qui débarque, faisant fuit le couple d'écureuils que je m'amusais à observer. Le petit déjeuner est vite englouti, tout le monde ayant hâte d'aller s'équiper pour skier. Victoria s'étonne de ne pas voir Jérémy et je décide de préserver la vie privée de notre professeur en faisant mine de ne pas savoir où il est.
Au magasin de location de matériel, nous perdons un temps fou, Sophie voulant absolument des chaussures roses assorties à sa combinaison. S'il y a bien une chose qui m'indiffère totalement c'est bien la couleur de mes chaussures. Je prends la première paire qui me tient bien la cheville et les skis qui vont avec et tant pis s'ils sont verts. Laetitia est au bord de l'implosion, tout comme le pauvre vendeur qui doit nous servir. Je propose que Laetitia et moi réglions nos locations et que nous allions récupérer les pass pour l'accès aux pistes. Je salue Joe de la main qui est en train de choisir une planche de snowboard, puis Laetitia et moi quittons la boutique.
Tandis que nous faisons la queue, je sens ma copine trépigner et ne peux m'empêcher de lui dire :
— Laeti, on est en vacance. Il faut que tu prennes sur toi sinon tu risques de passer un très mauvais séjour.
Elle soupire avant de s'excuser :
— Oui je sais, j'ai un sale caractère, on me le dit souvent.
J'aimerais lui répondre que vu qu'elle le sait elle pourrait faire un effort, mais c'est notre tour. Nous tendons à la guichetière nos documents de réservation ainsi que les justificatifs de paiement et attendons sagement qu'elle vérifie que tout est en ordre. Elle chausse de petites lunettes rondes à monture en écaille qui lui donne un air d'intello. Vu son âge elle doit être là depuis la création de la station. Elle récupère ensuite dans un tiroir, une liasse de badge qu'elle fait défiler entre ses doigts jusqu'à en sortir nos neufs précieux sésames. Elle me fournit également neuf cordons de couleur pour qu'on puisse les passer autour du cou.
Sur le trajet pour retourner au magasin, je remarque que Laetitia n'a pas l'air dans son assiette.
— Tu sais, commencé-je, si tu as des problèmes tu peux m'en parler.
Elle semble hésiter alors j'insiste un peu :
— Les filles sont jeunes, elles sont insouciantes, vivent encore chez leurs parents, il y a des trucs qu'elles ont du mal à comprendre donc si tu as besoin de discuter de certains trucs, n'hésite pas, je suis là.
C'est vrai que Laetitia est un peu dans la même situation que moi, nous avons le même âge et parfois nous nous sentons déconnectées des filles de notre promo. Elle soupire et je pense qu'elle ne dira rien. Tant pis au moins j'aurai essayé. Nous avançons un peu plus quand finalement elle se décide à s'ouvrir un peu :
— C'est la merde à mon taf, je ne sais pas comment je vais tenir deux ans comme ça.
De mémoire, il me semble qu'elle travaille pour une menuiserie et maintenant que j'y pense c'est vrai qu'elle ne parle pas beaucoup de ce qu'elle fait là-bas. Je la laisse poursuivre et apprends que sa tutrice ne lui confie aucune mission. Quand Laetitia lui a montré qu'avec une formule Excel sur les devis elle pourrait gagner beaucoup de temps, elle s'est vexée et a exigé que Laetitia remette tout comme avant.
— La seule chose que je fais, c'est imprimer les mails car mon patron ne sait pas les ouvrir sur l'ordinateur.
— Les relevés d'heures, les notes de frais, les dossiers d'appel d'offre, tu n'en vois pas ?
— SI, en cachette, quand elle rentre chez elle entre midi et deux ou part en réunion sur chantier avec le patron et qu'il faut une gourde pour fermer les bureaux.
En discutant avec elle, je me rends compte de la chance que j'aie d'avoir une tutrice comme Laury et me promets de lui ramener un petit souvenir de mon séjour dans les Pyrénées.
Nous arrivons aux abords du magasin, devant lequel les filles nous attendent. Laetitia me retient par la manche :
— Au fait, ce que je t'ai dit, ça reste entre nous.
Je la rassure d'un hochement de tête avant de lui sourire :
— A condition que tu laisses ta mauvaise humeur de côté et profite vraiment de la chance que nous avons d'être parties au ski.
Elle me rend mon sourire et je comprends que tout ce dont elle a besoin c'est d'une oreille attentive et compatissante.
Note d'auteur: On en apprend un petit peu plus sur la râleuse en chef Laetitia. J'espère que vous accrochez toujours. Bisous bisous.
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Bien Trop Sérieuse?
RomansaMadeline, vingt deux ans, a laissé tomber la fac de droit et galère à trouver du travail. Aussi, lorsqu'un éventuel employeur lui propose une formation en alternance elle n'a pas le choix si elle ne veut pas retourner vivre chez ses parents. Entre u...
