Réflexion

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Je rentre chez moi d'une humeur massacrante et d'un geste rageur j'envoie valser l'enveloppe sur ma table basse. Pfff, moi, retourner à l'école ? Etre entourée de gamines qui viennent d'avoir le bac, qui vivent encore chez papa et maman et dont la seule préoccupation c'est de savoir comment elles vont s'habiller le samedi soir, très peu pour moi. Je lance une casserole de lait pour me faire un chocolat chaud tout en pianotant sur le rebord de la plaque de cuisson. Même si cette solution ne m'enchante guère, je dois tout de même prendre en considération que c'est la seule qu'on m'ait faite depuis que j'ai quitté la fac. Le lait atteint la bonne température, j'y casse trois morceaux de chocolat noir et les regarde fondre tout en remuant avec ma cuillère en bois. Une fois qu'ils sont intégralement dissouts, je verse le tout dans ma tasse spéciale chocolat, un mug en porcelaine rose pâle dont le haut, en forme de dôme de chantilly, se dévisse et m'installe sur mon mini canapé. J'allume la télévision et zappe de manière compulsive. Je n'arrive pas à me concentrer et mon regard est attiré par les papiers étalés sur la table. Je décide d'en prendre connaissance, après tout, peut-être que ça pourrait intéresser l'une de mes cousines. En y regardant de plus près, la formation m'a l'air très complète : comptabilité, communication, gestion des relations clients et fournisseurs, management... Je ne sais pas à quoi je m'attendais mais pas à ça. Il y a même un test d'entrée pour évaluer nos compétences. Je soupire, non vraiment je ne me vois pas retourner à l'école, j'ai vingt-deux ans, il est temps pour moi de rentrer dans la vie active ! Ma décision est prise, je n'irai pas, je vais trouver un autre boulot et tout se passera bien. J'allume mon vieil ordinateur qui fait un bruit de tondeuse en priant le ciel, comme à chaque fois que je l'allume, pour qu'il ne tombe pas en panne. L'écran d'affichage met du temps à charger mais finalement j'accède à mon bureau. Je surfe sur le net à la recherche d'un poste de disponible mais depuis ce matin il n'y a rien de plus. Les rares postes de secrétaires requièrent tous un minimum de cinq ans d'expérience. Comme quoi, être secrétaire ce n'est pas aussi simple qu'on le croit. Sans savoir pourquoi, je tape dans la barre de recherche le nom de l'école où se déroule la formation. Des photos du bâtiment s'affichent, ça a l'air plutôt neuf. Je clique tout d'abord sur l'onglet « débouchées professionnelles », je suis surprise par le nombre de métiers proposés, cela va de secrétaire à assistante en ressources humaines en passant par assistante commerciale ou encore assistante comptable. Je clique sur l'onglet « statistiques » : 80% des élèves issus de la formation assistant(e) de gestion PME PMI décrochent un emploi à l'issu de la formation, 90% des élèves obtiennent leur diplôme, 95% des élèves recommandent la formation... En poussant plus avant mes recherches je me rends compte que le CFA est plutôt bien côté dans la région et mine de rien j'envisage d'y faire un tour, juste pour voir.

Mon portable sonne. Je reconnais le numéro de ma mère et décroche en soupirant :

- Salut M'man.

- Maddie, combien de fois je t'ai dit de m'appeler Maman.

C'est notre rituel, chaque fois qu'elle téléphone c'est la même chose. Je l'appelle M'man et elle me reprend.

- Alors ma chérie comment ça va ?

- Je vais bien, je te remercie. Et toi ?

- Ici tout va bien. Mais revenons-en à toi. T'es-tu réinscrite à la fac ?

Nous y voilà. Je pensais qu'elle allait attendre plus longtemps avant de lancer le sujet qui fâche.

- Non maman. Je ne me suis pas réinscrite à la fac et je n'en ai nullement l'intention. Le droit ce n'est pas fait pour moi.

- Arrête de dire des bêtises, depuis l'âge de quinze ans tu rêves d'être avocate.

- Maman, je t'ai dit ça pour que tu me fiches la paix. Quand je t'ai dit que je voulais être journaliste tu m'as répondu qu'il était hors de question que tu paies des études pour un métier incertain, quand j'ai dit que je voulais être esthéticienne tu m'as dit que je n'y arriverai jamais car je ne savais déjà pas me maquiller, à partir du moment où je t'ai dit que je voulais être avocate tu as enfin cessé de me harceler.

- Mais bien sûr, c'est moi la méchante. Je suis désolée mais tout ce que j'ai fait c'était pour ton bien. Et je suis persuadée que tu ferais une merveilleuse avocate en droit pénal.

- Mamaaan. Je déteste le droit pénal. Si j'avais dû être avocate cela aurait été en propriété intellectuelle.

- Mais tu adores les romans policiers.

Ça ne sert à rien d'insister, elle a une logique implacable.

- Maman écoute. Je sais que tu ne comprends pas mais je ne retournerai pas à la fac. Pour tout te dire j'envisage une autre option.

- Ah oui ? demande-t-elle dubitative.

Mes doigts se referment sur les papiers devant moi :

- Je retourne à l'école. Une formation en alternance pour être assistante de gestion.

Elle ne dit rien mais je pourrais presque entendre les rouages de son cerveau tourner à toute allure.

- C'est comme assistante de direction ? Du coup tu aurais un poste important ?

Je me mords la lèvre pour ne pas rigoler :

- Oui maman, ça pourra déboucher sur un poste d'assistante de direction, mais pour l'instant je ne serai qu'apprentie.

- Dans quelle entreprise?

- Dans une entreprise du bâtiment.

Je n'ai pas besoin d'être en face d'elle pour deviner sa moue désapprobatrice. Finalement elle prend une grande inspiration :

- Si tu penses que tu seras heureuse c'est le principal.

Voilà, ça c'est ma mère, capable de se montrer hautaine et snob, puis la seconde d'après ne souhaiter que le bonheur de ses enfants.

- Merci maman, répondé-je touchée.

Je raccroche après quelques minutes supplémentaires de conversation et me retrouve de nouveau seule dans mon studio. Même si j'ai dit à ma mère que j'allais m'inscrire dans cette formation, je ne suis pas tout à fait convaincue de pouvoir m'en sortir financièrement. Je finis par appeler ma meilleure amie Jessica pour lui expliquer la situation. Jessica elle est cash et n'y va pas par quatre chemins. Même si parfois elle a la fâcheuse habitude de juger les gens, j'ai toujours pu compter sur elle.

- Ecoute Maddie, si tu as envie de faire cette formation vas-y, je suis sûre que tu pourras trouver un job d'appoint pour occuper tes longues soirées. Après tout, ce n'est pas comme si tu avais un mec pour te tenir compagnie.

- Merci de me rappeler mon célibat.

- De rien. Bon, tu sais quoi, ce soir je finis tôt, je prends des pizzas et on mange chez toi. Et si ça peut te faire plaisir, tu n'as qu'à inviter l'autre débile. Par contre, il a intérêt à ramener sa pizza, je paie pas pour lui.

Je lui assure de transmettre le message et lui dis à tout à l'heure. J'appelle ensuite celui qu'elle nomme gentiment « l'autre débile », alias Joe mon meilleur ami. Entre Joe et Jessica, la situation est compliquée, Jessica et lui ne se supportent tout simplement pas et si je n'étais pas là pour faire tampon je pense que l'un des deux serait déjà six pieds sous terre.

- Salut Maddie ! Quoi de neuf ?

Je lui explique rapidement la situation et lui parle de la soirée pizza.

- Je suppose que l'autre cinglée n'a pas prévu d'en prendre une pour moi.

- Et bien...

- Laisse tomber, je ramènerai de quoi manger, dit-il sur un ton mystérieux.

Je soupire, il me fatigue tous les deux, mais malgré tout je les adore et je n'ai jamais pu me résoudre à choisir. D'ailleurs aucun d'eux n'a été assez stupide pour m'interdire de voir l'autre et même si quand on se retrouve tous les trois c'est parfois un peu tendu, ils arrivent à ne pas se taper dessus devant moi.

Note d'auteur: Maddie semble avoir décidé d'accepter la proposition, du moins c'est ce qu'elle a dit à sa mère. Ses meilleurs amis vont-ils la conforter dans sa décision ou au contraire la dissuader? Merci pour vos votes. Et à trés vite pour la suite.

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