Nicolas... Nicolas, réveille-toi ! Je t'en supplie, réveille-toi...
La douleur lui broyait le cerveau. Il avait l'impression qu'un objet pointu avait transpercé sa boîte crânienne pour s'enfoncer profondément au cœur du cervelet. Il se dit qu'il allait sans doute mourir et cette constatation pourtant effrayante ne le surprit même pas. Il avait beau essayer encore et encore, ses yeux refusaient de s'ouvrir. Il entendait vaguement des bruits autour de lui, devinait qu'on s'agitait quelque part dans la pièce, devant ou derrière. La douleur ne disparaissait pas et elle tétanisait tous ses muscles.
Oh Nicolas, je t'en prie... Il faut que tu reviennes à toi !
C'était Marie. C'était la voix de Marie. Il sentait le souffle de sa respiration sur son visage comme si elle était penchée au-dessus de lui. C'était bien la voix de sa femme et en même temps il ne la reconnaissait pas car jamais le timbre de celle-ci n'avait exprimé un tel désarroi... Marie était épouvantée. Epouvantée par quelque chose ou quelqu'un. C'est seulement à cet instant-là qu'il se rappela avoir été sauvagement frappé au moment où il pénétrait dans la maison, quelques minutes auparavant. Quelques minutes ou quelques heures auparavant ? Une main froide se posa sur son front et une immense tristesse le submergea immédiatement.
- Allez, quoi... Debout ! hurla une autre voix, une voix aiguë... curieusement aiguë. Je t'ai pas cogné si fort, bordel !
Quelqu'un traversa la pièce, à pas lourds. Marie retira précipitamment sa main du front de Nicolas. Celui-ci sentit qu'on le remuait dans tous les sens.
- Arrêtez ! supplia Marie. Mais arrêtez, enfin ! Il est blessé, vous auriez pu le tuer !
L'individu se détourna de Nicolas, repoussa sans ménagement la jeune femme qui s'agrippait à son bras. Marie trébucha, tomba à genoux sur le carrelage.
- Maman ! cria Sébastien en faisant un pas vers elle.
Elle lui fit signe de ne pas bouger et de rester à sa place, auprès de Julie. La jeune femme avait envie de hurler pour évacuer la terreur qui lui tordait les intestins, asséchait sa bouche. Mais il y avait les enfants qu'il fallait protéger coûte que coûte et rassurer... si cela était encore possible. Julie était en âge de comprendre ce qui se déroulait autour d'elle en ce moment. Si la petite constatait que sa mère était en proie à la panique, elle risquait de se mettre à pleurer ou à geindre et il ne fallait surtout pas exaspérer davantage leurs agresseurs. Qui sait comment ils pouvaient réagir ? Ils venaient d'assommer un homme dans la force de l'âge alors une gamine... Il fallait faire en sorte de ne plus les provoquer et, au contraire, favoriser leur départ. Après tout, il suffisait de leur donner ce qu'ils étaient venus chercher afin qu'ils s'éloignent de la maison et des enfants, par la même occasion. Marie ramassa son sac à mains, fourragea à l'intérieur pour récupérer trois billets de vingt euros.
- Tenez, c'est tout ce que nous avons, dit-elle plus calmement, en tendant l'argent à l'un des individus. Vous pouvez prendre l'automobile si vous le souhaitez... les clés du véhicule sont sur le tableau de bord...
- Soixante euros ! constata le voleur en s'emparant des billets de banque. C'est mieux que rien mais pour aller voir les putes, c'est pas assez !
Marie fut troublée par sa voix fluette, son aspect dégingandé et son tee-shirt rougi de sang. Comme il semblait jeune... tellement jeune ! D'ailleurs, ils arboraient tous les trois un air juvénile ... Et ce sang ? Etait-ce celui de Nicolas ou celui qui recouvrait la clenche de la porte d'entrée ? Si c'était le cas, qui avait été brutalisé par ces trois individus ? Un homme, une femme ?...Un animal ? Elle frémit d'horreur en imaginant le pire.
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WEEK-END
Mystery / ThrillerA l'occasion d'un week-end dans leur maison secondaire de Giverny, Nicolas Derruau, son épouse Marie et leurs deux enfants sont victimes d'une agression menée par trois jeunes délinquants, fraîchement échappés d'un centre du nord de la France. Un vé...