Elle fixait l'adolescent avec une expression de sidération. Christophe n'était pas mort ! Il n'avait pas succombé à ses blessures dans cet accident de voiture. Johann s'était ou trompé ou il leur avait délibérément menti . Elle était une nouvelle fois plongée dans un effroyable cauchemar car elle se retrouvait toute seule, diminuée, pour affronter la perversité de cette créature qui la toisait avec arrogance et qui avait l'apparence d'un enfant.
- Coucou ! ricana le délinquant en gigotant sur son siège. Ca t'épate, hein ? Tu pensais pas me revoir de sitôt.
Elle chercha le tisonnier des yeux puis se rappela l'avoir laissé dans la cuisine. Il lui restait le couteau, glissé dans la poche de son gilet qu'elle devrait tenter d'utiliser s'il l'agressait.
- Pourquoi es-tu revenu ?
- Bah... pour lui, pardi ! Et aussi un peu pour toi...
- Mais tu pouvais faire comme ton copain, Johann... Il s'est enfui, lui. Alors pourquoi pas toi ?
- Me parle plus jamais de ce fils de pute ! hurla Christophe, le visage grimaçant.
Marie recula instinctivement vers le canapé.
- Je croyais qu'il était mon ami... un vrai. Et il m'a abandonné dans cette forêt. Je suis passé à travers le pare-brise et j'ai roulé dans les buissons où j'ai perdu connaissance. Ils n'ont même pas essayé de m'aider. Le taureau aurait pu me finir s'il avait voulu. Quand je me suis réveillé, il faisait nuit... J'avais froid et j'étais en sang. J'ai appelé mais personne ne m'a répondu... Ces deux salopes se sont tirées sans moi !
- Ils te croyaient mort... C'est ce que Johann a dit, murmura la jeune femme en se demandant comment elle allait pouvoir s'en sortir.
- Je m'en fous... Ils m'ont laissé sans même vérifier l'état dans lequel je me trouvais. Je me suis caché dans la forêt, une partie de la nuit, le temps de reprendre mes esprits. J'ai compris qu'on n'irait jamais à Paris, voir les putes et tout ça... J'ai compris que c'était la fin de l'histoire et un peu la fin de tout d'ailleurs. J'ai plus rien à perdre... De toute façon, j'ai plus de futur... C'est terminé pour moi. J'avais un vieux compte à régler avec Kévin. J'ai jamais pu le piffrer celui-là ! Il joue au chef mais c'est un sacré nul... Vous auriez vu la gueule qu'il a faite quand je l'ai réveillé tout à l'heure sur son canapé, juste avant de lui enfiler le sac sur la tête. Il n'a que ce qu'il mérite et si Johann avait été encore là , je lui réglais aussi son compte à celui-là...
Mon dieu, il n'est revenu que pour cette seule raison ! Nous faire du mal, nous tuer... Prendre du plaisir à nous voir souffrir puis mourir ! Ce... ce môme est un psychopathe ; un redoutable psychopathe.
Elle saisit la main de Kévin qui pendait dans le vide, chercha un pouls. Un battement presque imperceptible témoignait qu'un souffle de vie l'habitait encore.
- C'est pas la peine de t'attarder sur lui... Je le finirai juste après que je me sois occupé de toi.
- Tu oublies Nicolas et...
- Tu parles, te fous pas de ma gueule ! Ton connard de prof de mari et les autres sont en chemin pour le village. Je t'ai pour moi tout seul... Je vous ai vu passer dans le brouillard ce matin, en file indienne, tout près de moi. J'aurais presque pu toucher certains d'entre vous si j'avais voulu. J'ai failli vous suivre puis je vous ai entendus revenir sur vos pas, le prof et toi... Je me suis dit que c'était le destin. J'y crois fort, tu sais ! Tu es toute seule dans cette maison et je vais m'amuser un peu avec toi. J'en ai envie... Je ne résiste jamais à mes envies, tu sais... Quand tout sera terminé, je vais attendre ici sagement qu'on vienne m'arrêter. Ils auront du boulot, les juges avec moi, ça c'est sûr...
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WEEK-END
Mystery / ThrillerA l'occasion d'un week-end dans leur maison secondaire de Giverny, Nicolas Derruau, son épouse Marie et leurs deux enfants sont victimes d'une agression menée par trois jeunes délinquants, fraîchement échappés d'un centre du nord de la France. Un vé...