Week-end suite 4

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                                                              PREMIERE PARTIE

                                                      LES ENFANTS DE PASIPHAE




Vendredi 24 Octobre, 15h10, faculté de Mont-Saint-Aignan.


- ... et en définitive, la question est très importante. En effet, si elle interpelle en premier lieu les mythologues, elle concerne aussi plus globalement les individus que nous sommes et de la manière la plus intime qui soit, n'est-ce pas ?

Il fit une pause de plusieurs secondes en observant son auditoire puis ajouta :

- Peut-on réduire la mythologie à une simple accumulation d'histoires plus farfelues les unes que les autres que nous auraient léguées les sociétés d'autrefois ?

Des étudiants remuèrent la tête en même temps comme pour dire : « non, évidemment, crétin, tu nous prends pour qui ? ».

Nicolas Derruau afficha un sourire bref avant de poursuivre.

- L'universalité de la mythologie est indéniable. Les civilisations du passé ont toutes créé leurs propres mythes, leurs propres héros, leurs propres dieux. Très souvent – et sous-jacentes à chaque récit - nous retrouvons les préoccupations inhérentes à la condition humaine; celles qui vont marquer l'existence entière d'un individu lambda. A savoir, le mystère de la création, le cycle des saisons qui ponctuent le temps, rythment les âges... Bref, la naissance, l'amour, la mort, le commencement et la fin constituent la trame directrice de ces récits quelle que soit leur origine : mésopotamienne, minoenne, romaine ou gauloise... Le mythe dépasse donc le cadre du récit qui le compose car à travers lui, c'est toute une société qui apparaît ; dans ce qu'elle a de plus authentique, de plus sincère. Le récit mythologique devient ainsi un outil indispensable permettant de faire une sorte d'état des lieux d'un groupe d'individus, à un moment précis de son histoire et de son évolution sociale. Mais, comme je vous le disais précédemment, il nous enseigne plus que cela. Vous êtes, chers étudiants et chères étudiantes, l'incarnation vivante de cette évidente constatation !

Un mouvement diffus parcourut l'assemblée.

- Mais oui, insista l'enseignant, ravi de l'effet qu'il venait de produire. Si le récit mythologique n'avait qu'une fonction informative concernant une société à une époque précise, vous ne seriez pas aussi nombreux aujourd'hui à vous entasser dans cet amphithéâtre surchauffé et peu confortable. Vous êtes présents massivement à ce cours car vous devinez intuitivement que derrière le foisonnement d'aventures merveilleuses, vécues par ces dieux, déesses, héros et autres créatures étonnantes, se cachent d'autres aventures, d'autres héros... Votre aventure, vous-même ! Certes, les artifices peuvent être complexes ou grossiers mais, à chaque fois ils remplissent leur rôle puisqu'ils éveillent les sens, font naître des émotions. En fait, vous attendez que je vous livre les secrets de l'interprétation de ces récits d'un autre âge car ils vous parlent aussi de vous... Cette fascination pour l'inconscient collectif vous permet de comprendre, en partie, celle qu'éprouvaient ces hommes et ces femmes du passé pour leurs mythes...

Un jeune homme brun leva la main.

- Moi je peux vous donner une autre raison qui explique notre présence nombreuse, monsieur Derruau.

WEEK-ENDOù les histoires vivent. Découvrez maintenant