Week-end suite 73

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La porte de la maison était grande ouverte. La pluie fine et drue faisait scintiller les dalles de l'allée. Un monceau de feuilles s'accumulait dans un coin de la propriété à côté du râteau et du balai de Bérengère. Assis autour de la table devant le chocolat bien chaud que Nicolas venait de préparer, le père et ses enfants ne parlaient pas. Ils avaient tous encore en mémoire les minutes cauchemardesques qu'ils venaient de vivre et ils se contentaient d'avaler la boisson revigorante, les yeux dans le vague, en écoutant le clapotis de la pluie contre les marches du perron. Nicolas espérait que les secours n'allaient plus tarder à présent car il restait encore Marie et Kévin à récupérer. Leurs blessures nécessitaient des soins urgents.

Julie se laissa glisser de sa chaise pour rejoindre Scarlett qui dormait paisiblement sur le tapis. Le pansement qui recouvrait l'oreille déchiquetée du Beagle pendait mollement sur sa joue. Julie se pelotonna contre la petite chienne et l'enlaça.

- Papa... commença Sébastien.

- Oui, qu'y a-t-il, mon grand ?

L'adolescent posa son bol de chocolat avant de poursuivre :

- Toi et maman...

- Eh bien ?

- Ca ne va plus très fort entre vous, n'est-ce pas ?

Nicolas se tourna vers son fils, le dévisagea longuement avant de répondre.

- Tu t'en étais aperçu ?

Sébastien acquiesça d'un hochement de tête, un sourire navré sur les lèvres.

- Et ça fait longtemps ?

- Plusieurs semaines... Maman était distante avec toi et plus songeuse qu'à l'ordinaire. Et puis... je l'ai surprise un soir qui pleurait dans la salle de bains. Elle ne m'a pas vu mais je me suis douté que ça avait un rapport avec toi.

Nicolas sentit une boule de chagrin remonter dans son œsophage où elle resta coincée. Ne parvenant plus à parler, il attira son fils contre lui, lui caressa les cheveux et l'embrassa.

- Qu'est-ce qui va nous arriver maintenant, à Julie et à moi ?

Nicolas se racla la gorge.

- Nous n'en sommes pas encore là, mon grand ! Ta mère et moi n'avons rien décidé de toute façon. Nous devrons nous organiser, bien sûr. Mais je te promets que nous ferons tout notre possible pour vous préserver Julie et toi. Fais-moi confiance, nous parviendrons à surmonter cette épreuve. Après tout, nous sommes bien parvenus à affronter trois agresseurs et un taureau fou furieux, pas vrai ?

- Ouais... marmonna Sébastien tandis que son père ébouriffait son épaisse chevelure brune et bouclée.

- Avec tout ce bordel, ajouta l'adolescent, j'ai pas eu le temps de finir de faire mes devoirs. J'ai un contrôle d'anglais, demain. Et je devais réviser...

Devoirs. Demain. Contrôle d'anglais. Des mots qui racontaient un avenir auquel ils ne pensaient plus avoir droit, quelques heures auparavant. Un avenir futile mais tellement prometteur. La vie retrouvait sa place au milieu du chaos et de la mort.

- Ce n'est rien, Seb...Tu n'iras pas au collège demain. D'ailleurs, aucun d'entre nous n'ira au travail. On a bien mérité de se reposer un peu, hein ?

- Ouais, tu peux le dire...

Nicolas chercha la main de son fils tandis que Julie grimpait sur ses genoux. Puis ils restèrent ainsi, côte à côte, à regarder tomber la pluie...



Les mains de Christophe étaient comme des griffes qui s'enfonçaient entre ses cuisses. Puis elles remontèrent le long de son corps, s'attardèrent sur ses seins avant de déchirer son chemisier. Comme elle se débattait, l'adolescent tenta de lui faire perdre connaissance en l'étouffant. Marie l'entendait respirer d'une manière étrange, le visage enfoui dans son cou. Il commença à lui murmurer des obscénités à l'oreille tout en resserrant son étreinte autour de la gorge de la jeune femme .

Je ne suis pas une victime... Je ne le serai plus jamais. J'ai été celle de ma mère, pendant toute mon enfance, je ne serai pas celle d'un monstre de douze ans.

Marie parvint à dégager son bras et frappa au hasard, sans réfléchir. La lame du couteau perça la chair tendre de l'épaule de l'agresseur et des giclements de sang chaud atteignirent les joues et le front de Marie. L'adolescent poussa un cri de douleur mêlé de surprise, desserra son emprise pendant quelques secondes. La jeune femme tenta un second coup de couteau au niveau de la gorge mais Christophe lui administra un uppercut en plein visage. Etourdie par le choc, le nez brisé, elle lâcha l'ustensile qui glissa sous le canapé.

C'est fini... Il va me tuer. Je ne reverrai jamais les enfants.

Sa vue était brouillée. Au-dessus d'elle, Christophe semblait se mouvoir au ralenti. Elle sentait les mains froides du garçon se faufiler sous son tee-shirt. Il arracha le soutien-gorge d'un geste brutal. Non... Non, jamais ! Je ne te laisserai pas gagner aussi facilement.

Elle fit mine de s'évanouir. Au moment où il s'y attendait le moins, elle replia brusquement les jambes et lança ses pieds de toutes ses forces vers l'avant c'est-à-dire dans le ventre de Christophe. Déséquilibré, la respiration coupée, l'adolescent tomba à la renverse et se cogna violemment la nuque sur le montant d'un fauteuil.

Ignorant l'atroce douleur qui broyait son mollet, Marie se releva le plus rapidement qu'elle pût. Elle courut en direction de la cuisine, les tempes bourdonnantes, la poitrine dénudée, s'accrocha au chambranle de la porte pour négocier son virage. Le tisonnier était là, sur la table, triomphant. Il l'attendait. Quelques centimètres à peine le séparaient de ses doigts.

- T'es morte ! hurla Christophe quelque part derrière elle.

Elle bondit littéralement sur le tisonnier, glissa sur la table avant de basculer de l'autre côté au milieu des débris de toutes sortes qui jonchaient le sol. En se redressant, le visage ravagé par des traces de larmes et de sang, elle aperçut son agresseur qui contournait la table avec la vélocité d'un animal prédateur pour se ruer sur elle, le couteau dans une main. Elle poussa un cri terrible quand la main s'abattit avec fureur sur sa poitrine et que la lame pénétra profondément dans sa chair. Elle cria encore quand Christophe l'attrapa par les cheveux, cherchant à récupérer le couteau resté planté dans le corps de la jeune femme. Pendant une fraction de seconde, les yeux du bourreau et ceux de sa proie se croisèrent. Ils comprirent l'un et l'autre qu'il n'y aurait plus d'échappatoire. L'assaut touchait à sa fin et l'un d'eux n'y survivrait pas.

- Tu aurais mieux fait de te laisser faire, pauvre folle... murmura Christophe en tendant la main vers le couteau.

A SUIVRE...


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