Quand elles entendirent les toussotements plaintifs du moteur, les trois belles-sœurs sortirent avec précipitation de la ferme. La plus âgée, Caroline, - qui était également celle dont l'influence discrète mais effective permettait un peu de contrôler le comportement parfois irascible du vieil homme - courut jusqu'au tracteur et remua les bras pour faire signe à André de couper le contact.
- Non mais qu'est-ce qui vous prend, grand-père ? Descendez tout de suite !
Sans daigner regarder l'épouse de Louis qui gesticulait autour de l'engin dont le châssis tout neuf rutilait, le vieil homme se contenta de dodeliner de la tête, de droite à gauche, pour signaler qu'il comptait bien rester assis derrière son volant.
- Descendez ! ordonna Caroline d'une voix de stentor. Vous avez décidé de nous emmerder toute la journée, c'est bien ça ?
Piqué au vif, André Leroux tourna la clé de contact, ouvrit une des lucarnes de l'habitacle :
- C'est vous tous qui m'emmerdez, aujourd'hui ! Je vais jusqu'au pré... Là-haut, j'aurai au moins la paix !
- Enfin, vous n'y pensez pas, grand-père, contesta la femme aux formes opulentes en fronçant les sourcils. Ce n'est plus de votre âge. Ca fait des années que vous ne transportez plus la citerne jusqu'au pré, vous le savez-bien ! En plus, vous n'êtes pas habitué à conduire le 6M...
- Eh bien ce soir, j'y vais pourtant... J' peux bien me rendre un peu utile, vu qu'on m'a fait comprendre que j'étais pas bon à grand-chose aujourd'hui...
- Quel vieil entêté vous faites, ma parole ! Gâcher la journée de tout le monde pour une simple grasse matinée !
- Vous savez ce qu'il vous dit le vieil entêté ? piailla le vieillard, la salive aux commissures des lèvres en remettant le tracteur en route.
- Eh bien, c'est ça ! Foncez-donc et tant pis pour vous si vous provoquez un accident de la circulation !
Mais le vacarme occasionné par le moteur couvrait la voix de Caroline et de toute façon, André Leroux ne se préoccupait plus de sa belle-fille. Celle-ci recula, croisa les bras sur sa poitrine rebondie avant de contourner le tracteur et son chargement pour rejoindre ses deux belles-sœurs, restées devant le perron de la ferme.
- Il est buté comme une mule ! commenta-t-elle, s'avouant cette fois-ci vaincue par la détermination implacable du vieil homme.
Au milieu de la cour, le tracteur élaborait un large virage en tirant la citerne grise sur son chariot.
- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Ophélie, la plus jeune des trois brus, tenant déjà son I-phone dans la main. J'appelle Philippe ? Il a emmené son téléphone portable avec lui, pour une fois !
Caroline hésitait. Ne risquaient-elles pas d'aggraver la situation en avertissant leurs époux respectifs ? André allait très certainement piquer une nouvelle colère s'il voyait arriver ses rejetons, dans les collines.
- Laissons-le faire, après tout, décida-t-elle en se tournant vers les deux femmes. Il a besoin de se prouver - et de nous prouver - qu'il est encore capable de conduire le tracteur et remplir l'abreuvoir. S'il échoue, il ne pourra s'en prendre qu'à lui-même alors que si nous intervenons avant qu'il ait pu apporter l'eau, il va nous pourrir la vie pendant des jours si ce n'est pas des semaines. Qu'est-ce que vous préférez ?
Loin de toutes ces considérations, André Leroux roulait tranquillement sur la route, fixant la ligne rouge qui ondulait comme un voile au-dessus des collines...
Les livres sortaient des rayonnages, tombaient les uns après les autres sur le carrelage, comme manipulés par des mains invisibles. La bibliothèque tremblait sur sa base à chaque fois qu'un nouveau coup ébranlait la porte. Nicolas poussa Kate dans le salon puis soutint Marie pour la conduire auprès des autres.
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WEEK-END
Mystery / ThrillerA l'occasion d'un week-end dans leur maison secondaire de Giverny, Nicolas Derruau, son épouse Marie et leurs deux enfants sont victimes d'une agression menée par trois jeunes délinquants, fraîchement échappés d'un centre du nord de la France. Un vé...
