- Un prof ? Vous êtes professeur, c'est vrai ? s'exclama Johann pour la deuxième fois.
- Moi, j'aime pas les profs, murmura Christophe en s'approchant de Nicolas. J'ai jamais pu les blairer, ces enfoirés... Les profs, y se croient les plus intelligents du monde et y se la pètent. Ah, ça c'est sûr ! J'peux pas les piffrer. Ce sont tous des bolosses ! ...
« J'ai perdu une occasion de me taire ! » se dit Nicolas alors que l'adolescent tournait autour de lui en le dévisageant haineusement.
- C'est elle ! C'est Scarlett !
Les cris de joie de la petite fille retentissaient dans toute l'habitation offrant une diversion providentielle. Kévin rejoignit Julie devant la fenêtre et découvrit la chienne qui progressait vers la demeure avec une certaine hésitation.
- Scarlett ? répéta Marie. La pauvre chienne, on l'avait complètement oubliée !
- Pas moi, cria Julie en trépignant d'impatience. J'ai pensé à Scatt' toute la nuit !
- Bougez pas ! ordonna Johann comme Marie et Nicolas s'approchaient à leur tour. Vous allez vous asseoir sur le canapé.
Le garçon les mit en joue et le couple s'empressa de lui obéir. Julie demanda que l'on fasse entrer son Beagle dans la maison. Sébastien était soulagé. Lui aussi avait craint de ne plus revoir leur compagne de jeux.
- Tu vas la boucler, petite conne ! hurla Christophe en poussant Julie méchamment. J'ai mal au crâne !
Nicolas ouvrit ses bras à la fillette pour qu'elle se réfugie auprès de lui.
- Nous voilà tous rassurés, ma puce... Scatt' a passé la nuit dehors et elle ne s'est pas perdue... Ne crie plus, ma chérie... Scatt' peut rester dehors, tu sais.
Mais la gamine ne se calmait pas. Elle insistait au contraire, répétait à l'envi qu'elle voulait aller embrasser sa petite chienne, que celle-ci avait dû souffrir du froid et qu'elle avait faim. Johann eut un drôle de regard en observant la chienne qui reniflait la roue avant droite de l'automobile.
- Eh, Christophe ! Un carton, ça te tente ?
- Hein, maintenant ? Comme hier ?
- Yes, mon gars ! ricana Johann, amusé par la lueur d'épouvante qu'il venait d'apercevoir dans les yeux de Marie et de Nicolas. Le clebs est à toi, si tu veux !
- Et comment que j'veux !
Marie regarda Nicolas avec des yeux atterrés. Le visage de ce dernier reflétait la même expression de stupéfaction horrifiée. L'enseignant enregistra l'accélération de ses pulsations cardiaques en même temps qu'un étau glacé de transpiration se refermait sur ses reins.
- Ecoutez-moi, jeunes gens... commença Nicolas.
- Ta gueule ! s'exclama Christophe en prenant l'arme.
Scarlett... Ils allaient tuer Scarlett sous leurs yeux ; sous les yeux de Julie, de Sébastien, et Nicolas ne pourrait rien faire pour empêcher cela ! Sa fille ne comprenait pas ce qui se tramait. Elle continuait à réclamer sa chienne pour la cajoler, et peut-être trouver elle-même un peu de réconfort auprès de son animal domestique.
- Si tu laisses entrer ma chienne, je te donne ma DS si tu veux ! promit Julie mais aucun des garçons ne l'écoutait.
Détourner l'attention de ce taré. Faire en sorte qu'il oublie Scarlett, ne serait-ce qu'une seconde... le temps que la petite chienne s'éloigne de la maison. Julie ne devait pas assister à cette exécution, surtout pas ! Elle serait traumatisée à jamais. Ils le seraient tous d'ailleurs. Scatt' et la petite fille étaient inséparables !
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WEEK-END
Misterio / SuspensoA l'occasion d'un week-end dans leur maison secondaire de Giverny, Nicolas Derruau, son épouse Marie et leurs deux enfants sont victimes d'une agression menée par trois jeunes délinquants, fraîchement échappés d'un centre du nord de la France. Un vé...