Week-end: la fin de l'histoire.

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                                                                         EPILOGUE



Un vent glacé balayait les collines, se faufilait entre les arbres, arrachant les feuilles qui tourbillonnaient dans son sillage. Elles dessinaient de sinueux rubans bruns, jaunes ou roux dans l'air diaphane puis finissaient par retomber, tels des confettis, se répandant en vrac sur le sol. La soirée s'annonçait froide. En bordure de la forêt, le sentier déroulait son tapis cendreux pour se perdre dans un dédale d'arbrisseaux épineux. Une rangée de poteaux ronds bordait la partie gauche du chemin, tels des soldats au garde-à-vous, reliés entre eux par un rideau gris de fil barbelé.

De l'autre côté, dans le champ, le troupeau ruminait paisiblement. Trois vaches déambulaient nonchalamment tout en progressant en direction d'un vieux pommier rabougri que plusieurs pousses de gui parasitaient. De temps en temps, les vaches léchaient leurs flancs dodus ou se frottaient contre les poteaux de la clôture pour calmer de soudaines démangeaisons. La plupart des bovins étaient couchés non loin de l'abreuvoir, les pattes repliées sous leurs corps massifs, sommeillant ou surveillant vaguement les veaux nés en juin. Quelques meuglements inquiets s'élevaient parfois dès qu'un des petits disparaissait un peu trop longtemps derrière un bosquet d'aubépines.

Seul, isolé dans une parcelle limitrophe, un superbe taureau humait l'odeur acide du sous-bois de ses naseaux humides, frémissants. Son corps robuste, immaculé, était comme ancré à la terre de la prairie. Le taureau venait d'apercevoir trois créatures qui avançaient au loin, sur le sentier. Elles atteindraient le champ dans quelques minutes. Avec son poitrail tendu de muscles et ses cornes couleur de lait striées de fines lignes grises et comme dressées tel un oriflamme dans la lueur cuivrée du soir, le taureau ressemblait à une créature mythologique.

Il restait immobile comme s'il attendait les trois garçons depuis très longtemps... comme s'il les avait toujours attendus.

                                                                                           FIN


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