Week-end suite 3

103 15 15
                                    


                                                                 PROLOGUE

Le veau ne gémissait plus. Il tendait sa tête fatiguée vers la nuit sombre qui recouvrait les collines, tel un suaire. Au début, la souffrance l'avait rendu fou de terreur car elle avait été soudaine, avait traversé son corps de part en part jusqu'à le faire chavirer au milieu du pâturage. Au fil des heures, son cerveau d'animal avait compris que ses tentatives pour se redresser ravivaient la douleur, la faisant revenir en vagues successives jusqu'à lui couper la respiration. Finalement, le veau avait traîné son pauvre corps sanguinolent jusqu'à l'abreuvoir avant de s'allonger sur le flanc droit pour attendre que la douleur s'en aille. Il ne pouvait pas deviner qu'elle ne partirait pas ; qu'elle allait au contraire s'amplifier et rendre son agonie insupportable. Le veau n'aurait conscience de sa mort que dans les premières lueurs de l'aube lorsque le froid aurait déjà engourdi ses muscles, raidi ses pattes.

Pour le moment, le malheureux animal était encore loin de sa fin. Il recommença à meugler faiblement. Sa mère ne pouvait plus lui répondre puisqu'elle gisait morte, près de la clôture. Le veau aurait tant aimé se serrer contre son ventre tiède, sucer encore les trayons gorgés de lait. Une forme imposante remua sur sa gauche, s'approcha de l'abreuvoir. Il s'agissait du taureau qui avait entendu l'appel de détresse. L'animal se pencha sur le corps transi pour caresser de son souffle chaud le mufle glacé du veau. Toute la nuit, le taureau veilla sur le blessé, posant la tête à plusieurs reprises sur celle de son petit comme pour le réconforter et l'encourager à affronter l'échéance fatidique qui s'annonçait.

Au petit matin, le veau tenta de se redresser pour la dernière fois avant de retomber lourdement sur le tapis d'herbe grasse dans un râle déchirant puis il ne bougea plus. Le taureau attendit quelques minutes encore, regarda le décor familier qui l'environnait, autrefois si calme, si apaisant. A présent, l'herbe était zébrée de taches rouges et, çà et là, les cadavres des vaches et de leurs petits témoignaient du déferlement de violence dont la prairie avait été le théâtre quelques heures auparavant. Les survivants du massacre étaient recroquevillés sous l'unique chêne qui déployait ses ramures au beau milieu du champ. Le taureau gonfla ses poumons de l'air frais, parfumé des senteurs de l'automne, avant de disparaître dans la forêt...



A SUIVRE...

WEEK-ENDOù les histoires vivent. Découvrez maintenant