Week-end suite 56

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Vendredi 24 Octobre, coteaux de Giverny, 16h.


Il cala le vélo contre le tronc d'arbre, retira son bob et l'accrocha au guidon. L'air du soir naissant était vif, presque piquant sur ses cuisses nues mais il avait l'habitude de parcourir sa trentaine de kilomètres, par tous les temps, été comme hiver, toujours vêtu d'un short et d'un tee-shirt. Il avait la grande chance de ne souffrir ni de la chaleur ni du froid. Dès qu'il avait une journée de libre, il la consacrait à ses promenades en bicyclette à travers les routes de campagne. Parfois, sa femme rouspétait bien un peu, lui reprochant de la délaisser pour ce hobby auquel il consacrait tant de temps, mais au fond, elle râlait surtout pour la forme et acceptait le passe-temps de son mari. Dans leurs moments d'intimité, elle était la première à reconnaître qu'elle appréciait ce corps mince, musclé, façonné par les coups de pédale. Pourtant, Yann allait sur ses quarante-neuf ans. Les époux de ses amies, dont certains affichaient dix ans de moins que Yann, ressemblaient déjà à des retraités bedonnants.

Il jeta un coup d'œil à droite puis à gauche et se mit à rire. Il n'y avait personne, évidemment surtout par ce froid. Le ciel était presque d'un noir d'encre au-dessus des arbres. Il dégagea son sexe du short et urina longuement en soupirant d'aise. Dieu que c'était bon de pisser tranquille ! Le sentier dessinait un coude avant de disparaître derrière un bouquet de grands houx verts.

Il se rajusta et décida de le suivre. Il n'était jamais venu jusqu'ici. Le chemin ne menait qu'à un monticule de cendre et de canettes de bière en partie calcinées. Des jeunes devaient probablement se retrouver ici, les soirs d'été, pour se saouler et fumer des joints. Des sachets déchirés de préservatifs gisaient ça-et-là dans le tapis d'herbe. D'autres activités autrement plus physiques semblaient également se dérouler en ces lieux, à l'abri des regards.

« Quelle jeunesse de merde, se dit-il en revenant sur ses pas. Une bande de désœuvrés et de petites dévergondées... Pauvre France ! »

La nuit était imminente et il devrait actionner sa lampe dynamo pour rentrer à Vernon, en toute sécurité. Quand il revint auprès de l'arbre, il resta pétrifié puis la fureur le submergea. Son vélo de course avait disparu !

A SUIVRE...


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