Ava : - Rien de particulier. On s'est assis contre la porte.
Hakim : - Toi au moins tu mens un peu mieux que lui.
Elle haussa les épaules avant de partir, elle démaquilla, enleva les vêtements prêtés par le comptoir des cotonniers, salua ses collègues et sortie du studio. Elle fit 2/3 photos avec des fans de l'émission et les quitta rapidement. Elle regagna sa voiture et fit la route jusqu'à chez elle. Elle monta les escaliers et jeta ses affaires sur son canapé, elle se commanda à manger, comme d'habitude, elle n'avait pas pris le temps de faire des courses. Remplir un frigo pour quoi ? Pour qui ? Elle passait sa vie entre deux avions, deux pays, elle connaissait mieux le terminal de Charles de Gaulle que son propre quartier. Elle côtoyait plus les stewart et agents d'escales que les propres habitants de son immeuble. Elle regardait son appartement triste. Sans vie. Elle ne s'était jamais sentie aussi seule que ce soir. Elle ne s'écoutait jamais, elle ne pouvait pas être malheureuse, elle avait des amis, une famille, un travail qu'elle adorait. Mais elle se sentait seule, et chaque foi qu'elle poussait la porte de son appartement, cette réalité lui revenait en pleine face. Elle donnait le change, elle était devenue experte dans ce domaine, beaucoup la croyait heureuse, peu de gens savaient la réalité de sa vie. Elle avait perdu l'essentiel, elle n'avait plus l'amour. Il l'avait transformé, il était devenu son roc, ils passaient des nuits entières à parler. Il l'écoutait raconter toutes les atrocités dont elle était témoin, il la serrait dans ses bras en lui disant que le monde maintenant, c'étaient eux. Qu'ils gagneraient contre l'horreur et la barbarie, car ils avaient le plus important dans leurs cœurs. Ils s'aimaient. Elle se dirigea vers son bureau où elle sortit une lettre qu'elle avait écrit. Et la lu,
Mon amour,
Aujourd'hui, j'ai fait quelque chose dont je me croyais jusque ici incapable. J'ai pris tous nos souvenirs, tout ce qui nous caractérisaient, et j'ai tout mit dans une boite en bois, tous nos tickets de métro, nos tickets de caisse, la serviette de notre premier rendez-vous que j'avais gardé, les billets de ces expos que nous étions allés voir ensembles. Les petits mots que tu laissais dans ma boite à lettre, sur la table basse un peu partout dans mon appartement, les paroles de cette chanson que tu m'avais écrite ou tu posais des mots que nous étions incapable de nous dire de vive voix, les photos que nous avions faites, le ticket de ce concert où je t'avais rejoint dans les loges. J'ai tout rangé. Tout caché. Je ne sais pas si un jour, j'aurais le courage de rouvrir cette boite, d'en ressortir tous ses effets. Je ne sais pas si un jour, j'arriverais à me pardonner de t'avoir laissé filer. De t'avoir rendu cette liberté que tu ne m'avais jamais demandé. Je ne sais pas si un jour, j'oublierais nos retrouvailles dans des halls de gare, des terminaux d'aéroports. Je ne sais pas si un jour tout passera, si tout coulera sur moi comme l'eau sur les plumes d'un canard. J'aurais pu tant faire pour toi, j'aurais sauté dans la seine si tu me l'avais demandé, je me serais jetée sous les roues d'un bus, j'aurais appris à cuisiner peut être même que j'aurais su comment repasser tes tee-shirts, j'aurais pu accepter d'aller voir ta famille chaque dimanche, te présenter à la mienne. J'aurais pu tout faire pour toi, le seul truc que tu aurais aimé que je fasse, j'en ai toujours été incapable. Avec le temps, la donne aurait peut-être changé, j'aurais peut-être pu arrêter de voyager à travers le monde pour toi, rentrer à la maison chaque soir. J'aurais peut-être pu le faire, mais toi comme moi, on sait qu'une partie de moi serait morte à la seconde où j'aurais arrêté de faire ma dernière demande de passeport. Elle était belle cette histoire, parce qu'elle était à nous. Je me retrouve seule dans cet appartement qui m'appartiens et où au final tu auras passé plus de temps que moi. Tu es partout, chaque pièce sans ton odeur. Il y a encore ton parfum dans la salle de bain, ton livre à côté de ta place dans le lit, ces souvenirs qui me hantent. À la seconde où nous avons parlé, j'ai su que notre histoire serait compliquée. Elle l'a été. Elle nous ressemblait, deux écorchés vifs qui se trouvent et se retrouvent. Qui s'apprivoisent. Je t'aime et c'est parce que je t'aime qu'aujourd'hui, je t'aie laissé partir. Tu n'aurais pas pu être heureux avec moi, tu mérites quelqu'un de mieux. Quelqu'un de bien. Je n'arrive plus à dormir parce que je n'arrête pas de penser à toi, parce que chacun de nos souvenirs me traque jusque dans la moindre petite parcelle de sommeil, parce qu'à chaque seconde, je me sens étouffer tant tu me manques. J'ai cherché un autre coupable, mais j'ai toujours su que j'étais la seule responsable de cette situation. Peut-être que j'aurais dû faire les choses de manière différente. Je ne m'en fais pas pour toi, tu trouveras une fille bien qui te correspondra, plus jolie, plus drôle, plus intelligente, plus cultivée, une fille qui pourra t'attendre à la maison le soir, qui ne partira pas des jours, des semaines entières à courir le monde sans but précis. Tu vois, j'en arrive ce soir à cette conclusion ignoble que je détruis tout ce que je touche, chaque parcelle de bonheur, il faut que je la piétine, la broie... On n'aurait pu être heureux ici, à Paris tous les deux, mais on sait que ça ne m'aurais sans doute pas suffi.
La jeune femme plia la lettre récupéra la pile qui était restée dans son bureau et se leva, caché derrière une pile de livres de sa bibliothèque elle attrapa cette boite en bois flotté. Elle l'ouvrit et y plaça chacune des lettres qu'elle avait écrites. Elle enfila de nouveaux ses baskets et son manteau, claqua la porte de son appartement et sortie dans la nuit glacée, elle marcha sans vraiment savoir pourquoi jusqu'au pont Alexandre III, son endroit préféré de Paris, elle voulait jeter tous ces souvenirs dans le fleuve. Leur faire rejoindre la mer et les faire se noyer pour qu'elle se sente mieux. Elle s'appuya à la balustrade, alluma une cigarette d'un paquet trouvé au fond de sa poche et l'alluma. Une voix la fit sursauter et la tira de ses pensées,
... : - Tu me suis ?
Il était là, il avait gardé les mêmes vêtements que ceux qu'il portait pendant l'émission. Elle ne répondit pas et se retourna vers la seine, elle pensa « C'est pas possible. Putain, fait chier »,
Ken : - C'est quoi cette boite ?
Ava : - Des souvenirs.
Ken : - Tu comptais leur faire prendre l'air ?
Elle ne ria pas, il attrapa la boite de ses mains et l'ouvrit, il regarda son contenu, essayant de distinguer dans la pénombre ce que s'était, quand il comprit et qu'il tourna la tête vers elle, elle s'était enfuie. Il s'installa à la lumière d'un réverbère et lu chacune des 240 lettres qu'elle lui avait écrit, il y en avait de partout. À la fin de sa lecture, il se leva partagé entre la haine et la tristesse.
Ken : - Je ne sais même pas où elle habite.
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Quotidien.
RandomAva Trezeguet, est diplômée de l'ESJ de Lille, elle a rejoint la rédaction du petit journal en 2014 où elle a retrouvé son ami de toujours Martin Weill avant que le groupe ne soit rejoint par Hugo Clément en 2015. Les trois amis sont inséparables et...