#0 Prologue

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MANIFESTE

Si je vous parle de vampires, vous pensez sans doute à un être fantastique, pâle comme un linceul, dans un costume d'un autre temps, vivant parmi les morts, mort parmi les vivants, sortant de son cercueil après un sommeil millénaire. Vous imaginez peut-être un aristocrate, qui se transforme en chauve-souris, craint l'ail et les crucifix, se consume au moindre rayon de soleil. Tantôt sublime, tantôt épouvantable, le vampire fascine ou effraie, il hante vos rêves et vos cauchemars.

Mais la réalité est bien différente des fantasmes, et ces portraits de légende sont tombés bien bas. Sans crocs, sans immortalité, sans pouvoirs surnaturels. Nous sommes pareils à vous : nous avons un cœur, un cerveau, un sexe et vingt-deux paires de chromosomes. Nous souffrons éventuellement des mêmes vices : malbouffe, télévision, dépression, obésité ; et nos valeurs sont celles de vos cultures.

Le vampire moderne est en tous points civilisé. La prédation, nous l'avons abandonnée : entre les maladies transmises par le sang et la police qui nous court après, c'était trop risqué. Le monde a évolué, il a bien fallu nous adapter, alors nous avons changé pour mieux nous intégrer. Nous étions des parasites de l'homme, nous sommes devenus des parasites de sa société. Nous ne pouvons nous en extraire sans péricliter, alors nous nous sommes implantés : juste comme un moustique fixé sur le dos de l'immense humanité, nous prélevons ce dont nous avons besoin sans nous faire remarquer.

Désormais, nous traitons le vampirisme comme n'importe quelle pathologie, par une injection thérapeutique. Le sang arrive directement dans l'organisme : action immédiate, la pression monte, décharge d'oxygène au cerveau, le cortex part en vrille, c'est le flash, une sensation orgastique, on est comme sous speed, nos capacités physiques et mentales sont décuplées, on se sent bien, on récupère tout ce que le manque nous a ôté, on vit – enfin ! – à notre plein potentiel, mais quelques heures seulement. L'effet ne dure jamais, il s'estompe même de plus en plus vite, et quand il redescend, il y a cette sensation que nous sommes incomplet, défectueux, dégénérés...

Parce que malgré les siècles à nous rapprocher de votre humanité, nous avons besoin de sang, encore et toujours, encore un petit peu, pour vivre... un petit peu plus longtemps. Notre dépendance s'accroit au fil des ans, jusqu'à ce que le manque devienne si grand qu'aucun apport ne suffise plus. Et nous mourrons, momifiés, exsangues, mais nous mourrons comme vous, à vos côtés, dans les mêmes cimetières et crématoriums où vos défunts reposent en paix.

Vous ne saurez jamais rien de nous. Nous vivons tranquillement, dans une maison ou un appartement, nous travaillons, nous fondons des familles, nous sommes vraiment peu nombreux en comparaison. Mais nous sommes structurés, nous avons des règles strictes, une hiérarchie qui nous permettent de perdurer. Nous constituons un groupe solidaire, nous nous entraidons et partageons le sang avec équité, pour qu'il ne soit plus le privilège de quelques-uns, mais le bien de la communauté.

Ensemble, grâce à nos efforts et notre organisation, nous avons surmonté les contraintes de notre condition, et nous nous sommes élevés dans votre société. Le clan compte près de 50 000 membres disséminés dans toutes les strates et les secteurs d'activité, nous continuons de nous développer derrière la société anonyme qui nous sert de bouclier : Rammestad est aujourd'hui le plus grand pôle de vampires en Europe, et notre influence s'étend jusqu'à Bruxelles sans que vous vous en doutiez.

Parce que nous ne voulons plus être de simples parasites, voyous, junkies, marginaux ou assistés ; parce que nous avons besoin comme vous de manger, de dormir, et de nous habiller ; mais plus que tout, parce que nous avons besoin de sang pour vivre et pour prospérer, depuis des générations et des générations, les clans se sont formés dans le ventre de l'humanité.

Entrez dans le clan V, si vous l'osez, et découvrez nos secrets, mais je vous préviens, si vous nous trahissez, nous vous le ferons payer...

Après mure réflexion, je la garde comme thème musical. Terrible comme les paroles correspondent à l'histoire. 😮

Clan VOù les histoires vivent. Découvrez maintenant