Les jumeaux Van Essen ramenèrent au petit matin un Leo cadavérique qui ronfla jusqu'à midi, heure à laquelle il ouvrit les yeux, mais sans pouvoir bouger du matelas où il était encastré comme une momie dans son sarcophage. Ewen sur son lit, à peine plus réveillé, le bandana dans les cheveux, toujours dans le survêtement qui lui servait de pyjama, bossait par intermittence sur son ordinateur portable où il avait lancé un film en anglais. Son abdomen pétri d'auréoles de plomb le tenaillait.
« Putain ! soupira Leo. Je suis vivant. »
Avec tout ce qu'il avait ingéré, il ne se souvenait plus très bien de la fin de soirée. Il avait commencé à la bière et fini crucifié à la « Sainte trinité » : vodka, Cannibale et cannabis, un cocktail explosif à vous envoyer plus haut que la stratosphère chanter et danser avec les anges et les petits hommes verts. En général, quand Leo prenait une dose de sang, il gérait mieux, mais il n'était pas non plus immunisé contre les overdoses, comme il avait déjà pu le vérifier. Depuis que ça lui était arrivé, il s'était promis de se modérer, et ces six derniers mois, il avait réussi, il s'était abstenu de consommer, il avait mené son petit train-train d'étudiant bien rangé, il avait tout fait pour faire durer sa relation avec Tessa qu'en une soirée, il avait atomisé. C'était son truc, ça, foutre en l'air sa vie. Il était doué pour se saboter.
« Je crois que j'ai croisé Tessa, hier, chez Kees.
— Ah..., fit Ewen en hochant la tête. T'aurais peut-être mieux fait d'y rester.
— Je sais... je suppose que c'est l'heure d'affronter la réalité... »
Il attrapa le minion sous l'oreiller.
« C'était foutu dès le départ de toute façon. C'est mieux comme ça. Elle mérite tellement mieux que moi...
— Je vais mettre mes écouteurs. Préviens-moi quand t'auras fini de t'autoflageller.
— Merci, mec. T'es un vrai pote.
— Y'a pas de quoi. Sinon, pendant que tu débloquais, Kob s'est pointé.
— Sans rire ? s'exclama Leo en se redressant incontinent. Merde ! J'ai grave déconné ! »
Il retomba sur son matelas, terrassé par son imbécilité. Ewen ouvrit la bouche pour lui dire qu'il avait suivi Kob dans le quartier rouge, mais il se ravisa. S'il commençait à en parler, il devrait aussi parler de cette drôle de fille que Kob avait retrouvée et qui l'avait sauvé. Avant de sonner l'alarme et de lui coller une horde de vampires en colère sur le dos alors que rien ne permettait d'affirmer qu'elle fasse partie des vagabonds, mieux valait vérifier.
Ewen songeait à y retourner. C'était la première pensée qui l'avait traversé à son réveil, les yeux à peine ouverts : il avait revu cette fille surgir devant lui, volant à son secours, les poings en avant, et il s'était demandé avec effroi ce qu'il allait bien pouvoir faire à son sujet. C'était drôle, mais naïvement, quand il pensait aux vagabonds auparavant, il ne se les était jamais représentés que comme une bande de truands. Une petite nénette qui prendrait la défense d'un grand dadais en danger, c'était hors de tout ce qu'il aurait pu imaginer. Alors, il ne pouvait s'empêcher de s'interroger sur elle, sur sa vie, sur ses amis, sur ce qui l'avait amenée là, en pleine nuit, dans cette ruelle mal famée où il l'avait rencontrée.
Leo serrait sa peluche en fixant le plafond. Il se complaisait dans la souffrance pour ne pas quitter mentalement la fille à laquelle il était complètement enchaîné. C'était désespérant de le voir se torturer. L'amour est vraiment une absurdité. Ewen se leva pour aller acheter du cannabis. Il avait consommé son dernier gramme de weed la veille en rentrant.
« Il t'est arrivé quoi ? lui demanda Leo en pointant sa mâchoire.
— Je me suis pris une porte. J'avais un peu trop fumé.
— Oh, ça te ressemble pas. »
Non, en effet, ça ne lui ressemblait pas.
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Clan V
ActionLes temps ont bien changé depuis l'époque glorieuse où les vampires de légende chassaient les êtres humains pour se repaître de leur sang. Faibles et anémiés, dépourvus de crocs, ils comptent aujourd'hui sur le clan pour survivre. Avec ses membres i...
