Leo regarda les alentours en essayant de se repérer. Ils se trouvaient à peu près à quinze minutes de sa résidence d'étudiants. Entre les commérages et les mâles en rut, il rechignait à ramener Ava à la collocation, mais il devait y récupérer, ses clés, ses papiers, et son équipement de moto. La sonnette annonça leur entrée sans discrétion.
Une figure ronde et laiteuse avec des joues roses de gros bébé passa l'entrebâillement. C'était Eddy, un gigantesque ourson de guimauve de cent trente kilos. Calme et débonnaire, pas le genre à faire des histoires ni à courir après les filles : Leo était soulagé que ce soit lui qui leur ouvrit.
— Désolé, mec, lui lança Leo en entrant, j'ai oublié mes clés dans la voiture d'Ewen...
— Pas de soucis.
— Il est rentré ? demanda Leo.
— Oui, il est dans votre chambre.
Eddy referma la porte après Ava, un sourire discret en guise de bienvenue. Elle lui rendit poliment son salut. En deux ans que son frère logeait ici, elle n'était jamais entrée. C'était pourtant dans cet appartement de cent mètres carrés en compagnie de sa bande de copains que Leo vivait la majeure partie de l'année. Son regard se faufila dans toutes les pièces ouvertes devant lesquelles ils passaient : la cuisine d'abord, puis derrière un battant entrebâillé, le séjour, une grande salle avec un salon recouvert de patchworks colorés dans lequel tout un petit groupe de garçons était installé. Du bruit émanait de la télévision, à laquelle la console de jeux vidéo était branchée. Des rires perçaient en arrière-fond, à hauteur de la baie vitrée où un trio de filles discutait. Tous ces gens connaissaient un Leo qu'elle ne connaissait pas. Elle semblait si loin, l'époque où ils étaient toujours ensemble qu'elle paraissait n'avoir jamais existé en dehors de la douleur qu'elle éprouvait à le sentir s'éloigner.
— Je prends des affaires, annonça Leo. Je rentre chez moi ce soir.
L'une des portes de chambre s'entrebâilla lorsqu'il arriva à sa hauteur. Ionel apparut, pas très habillé, les yeux rivés sur un polycopié.
— Leo, tu me prêtes ton cours de commerce international ?
Leo tira le battant avant que Ionel n'ait le temps de passer le bout de son nez et le maintint fermé. Ionel s'acharna sur la poignée.
— Leo, qu'est-ce qui te prend ? Laisse-moi sortir ! Fils de...
Il criait comme un putois, et ses imprécations rameutaient toute la bande du salon. Leo se braqua vers Eddy :
— Tu peux l'emmener dans ma chambre s'il te plaît ?
Son ami acquiesça et montra de la main le chemin à Ava pendant que Leo, resté en arrière, continuait de bloquer Ionel. Eddy frappa à une porte fermée. Ewen passa la tête et se hâta en apercevant Ava de la faire entrer, puis il retourna s'installer sur son lit, une banquette une place assez basse, où il reprit son ordinateur portable sur lequel il travaillait. Le regard d'Ava se promena dans la pièce. La couchette de Leo était dans le coin opposé, avec un fatras de fringues au pied. Chacun avait son côté de chambre et ça se voyait : celui d'Ewen, bien rangé, livres classés, le matériel de fumette caché dans la table de chevet, pas la moindre décoration pour égayer, presque dépersonnalisé, face à celui de Leo, le bordel complet, des vêtements partout, des monticules pêle-mêle de bouquins et de cahiers, au mur, des affiches de concerts et de films, et un grand tableau de liège sur lequel étaient épinglés des instantanés.
C'était un truc bien à Leo, de placarder plein dephotos souvenirs quand Ewen les avait sur son téléphone, et que ça luisuffisait. La plupart avaient été prises durant leurs deux dernières annéesd'université, avec les potes, en soirées ; sur deux, Leo posait avec une jolierousse ; trois autres avec Ewen dataient du secondaire. La seule sur laquelleAva figurait remontait à une époque encore plus lointaine : ils devaientavoir environ cinq et trois ans respectivement. Leur père n'avait pas cessé deles photographier pendant cette période-là, et il les avait même emmenés chezun professionnel plus d'une fois. Il y en avait des dizaines et des dizainescomme celle-là au château. Leo prétendait les détester, alors Ava était un peusurprise d'en retrouver dans sa chambre un cliché.
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Clan V
AçãoLes temps ont bien changé depuis l'époque glorieuse où les vampires de légende chassaient les êtres humains pour se repaître de leur sang. Faibles et anémiés, dépourvus de crocs, ils comptent aujourd'hui sur le clan pour survivre. Avec ses membres i...
