35.Samuel

11 0 0
                                        

Isaac m'avait réveillé tôt ce matin, il m'avait dit de m'habiller, puis de le rejoindre en bas. Sans rien ajouter.

Hier soir, j'étais rentré trempé à la boulangerie, et mon frère avait décidé qu'il était temps d'aller chercher nos affaires à la maison et de nous installer définitivement dans ce tout petit grenier au-dessus de la boutique.

Au début je croyais qu'il plaisantait, mais quand il avait enfilé un pull et emprunter le parapluie de Cody, j'avais compris qu'il était sérieux. Il m'avait interdit de venir avec lui. Il savait que mes parents en auraient profités pour me mettre cette situation chaotique sur le dos.

Les propriétaires n'avaient pas protestés. Nous aidions à la boulangerie, c'était tout ce qui comptait pour eux.

C'était comme cela que nous avions finis par habiter dans un grenier, sans douche ni cuisine, avec pour seul meuble, un lit superposé.

Je rejoignis mon frère dans la boutique.

- Ah Samy, viens m'aider.

Je me lavai les mains et pris la boite de croissants qu'il me tendait. Il était sept heures du matin. Une vendeuse finissait de servir une cliente.

- Salut Betty.

- Bonjour Samy.

Je m'approchai et disposai les croissants dans la vitrine.

A force de travailler avec Cody et de loger à la boulangerie quand je ne supportais plus d'être à la maison, j'avais finis par sympathiser avec toutes les personnes qui y travaillaient. Je m'y sentais chez moi, c'était le genre d'endroit qu'on connaissait tellement par cœur, qu'on savait d'instinct ce qu'on avait à y faire.

Je servis plusieurs personnes avant que mon frère ne me rejoigne et m'indique la sortit du menton. Je posais mon tablier sur le plan de travail et je le suivis dehors sans rechigner.

Depuis que je savais qu'il ne lui restait plus longtemps à vivre, je faisais tout pour éviter une dispute, je lui obéissais au doigt et à l'œil et je ne râlais plus. Enfin, presque, on ne pouvait pas totalement renier sa nature profonde. Et j'étais un râleur dans l'âme.

- Je t'emmène quelque part aujourd'hui, m'annonça-t-il avec un sourire en coin. Pas de travail. J'ai prévenu le patron, t'as pas de souci à te faire. Va chercher un manteau et rejoins-moi.

Je m'exécutai avec un sourire. J'adorai les surprises.

J'avais essayé plusieurs fois de lui demander combien de temps exactement il lui restait à vivre. Il avait refusé catégoriquement de me le dire.

Depuis hier, je n'arrêtai pas d'y penser. Combien de temps me restait-il à vivre avec mon frère ? Combien de jours, de semaines, de mois me restait-il à le voir sourire avec son faux air enjoué ?

J'avais eu beau essayer de me changer les idées, je n'avais jamais réussi, pas plus que je ne m'étais retrouvé. J'avais l'impression qu'à chaque jour qui me rapprochait de la mort de mon frère, une partie de mon âme s'envolait.

Je redescendis les escaliers en courant. La voix aigüe de Betty me sortit de mes pensées.

- Attention Samy, ne tombe pas !

- T'inquiète pas !

Mon frère m'attendait, adossé au mur de la boutique, absorbé par son téléphone. Je me plantai devant lui.

- Alors on va où ?!

L'excitation de l'inconnu avait chassé l'impression de vide qui occupait mon corps. Aujourd'hui je profiterai. Il était hors de question que mes mauvaises pensées viennent gâcher le début de la promesse d'Isaac.

Les Fantômes de Nos PassésDes histoires addictives. Découvrez maintenant