Le lundi était passé. Un jour de moins dans la semaine de l'enfer.
J'avais tenue toute la journée. Cours après cours, heure après heure, moquerie après moquerie. Noah ne m'avait pas lâchée d'une semelle, me défendant fidèlement à chaque nouvelle remarque désobligeante que les gens me lançaient. Ce qui avait eu le don de me mettre de mauvaise humeur. Ça, cumulé à sa façon d'essayer de faire copain-copain, contribuèrent à mon humeur de dogue. Cependant, je commençai à m'habituer à sa présence.
Ce qui n'était pas forcément une bonne nouvelle.
Il était 15h30. J'avais finis plus tôt aujourd'hui, ça expliquait que je n'avais pas séché.
Je descendis du bus. Le froid s'était bien installé, décembre arrivait à petits pas.
Je détestai cette saison. Mes mains étaient gelées, il pleuvait tout le temps, le vent était glacial et je ne pouvais presque plus sortir. En d'autres termes : j'étais bloquée chez moi avec le moral à zéro.
Croyez-moi, quand on vivait avec un père alcoolique et une mère qui bossait d'arrachepied pour s'assurer une vie financière confortable, on finissait immanquablement par détester l'hiver.
Il y avait deux jours, mon géniteur adoré avait, une nouvelle fois, perdu les pédales. Ma mère n'était pas encore rentrée, elle n'était pas au courant de ce qu'il s'était passé.
Je m'en étais plutôt bien sortie. Seulement quelques bleus sur les jambes et le ventre. J'avais réussie à protéger mon visage : pour faire semblant, c'était plus pratique de n'avoir aucune trace visible.
Pour le dire plus simplement : il m'avait défoncé la tronche et ensuite, il était retourné se saouler sur le canapé et n'en avait plus bougé.
J'ouvris la porte en espérant que les vapeurs d'alcool l'aient étouffé dans son sommeil, malheureusement, je le retrouvai titubant dans la cuisine à la recherche de quelque chose de facile à manger. Je retirai mes chaussures et avançai le plus silencieusement possible vers ma chambre.
- Et toi.
Il me regarda, un doigt pointé vers moi.
- Qu'est-ce que tu veux ? demandai-je amèrement.
- F-fais-moi à-à man-ger. Hic.
Je soupirai et me dirigeai vers le frigo. Je préférai obéir plutôt que de me prendre une beigne.
J'attrapai ce que je trouvai et lui fis un sandwich.
Il empestait l'alcool, ça me donnait envie de vomir. Je me demandais depuis combien de temps il n'avait pas pris de douche. Son regard était vide, noir, comme si un brouillard épais s'étendait devant ses pupilles dilatées. Je lui tendis son casse-croûte.
- Tiens.
En tendant sa main tremblante vers le repas, il planta ses yeux dans les miens, et en une seconde à peine, le voile de brume devant ses pupilles se dissipa et son regard perdu devint agressif.
- T'étais oùùù ?
- Au lycée.
- Me m-ment paas !
Son point libre s'abattit sur la table dans un bruit sourd, je sursautai et le regardai les yeux écarquillés.
- Je ne te mens pas, je te le promets !
Mes paroles étaient vaines. Il était convaincu du contraire. Il allait s'énerver. J'étais cuite.
Il posa son sandwich sur la table et s'approcha de moi les poings serrés. Sa mâchoire se contracta, son souffle s'accéléra. On aurait dit un taureau énervé. Cette pensée me fit presque sourire mais je le vit s'approcher de moi en tanguant, le muscle contracté de sa mâchoire bien visible et mon envie de sourire s'envola.
VOUS LISEZ
Les Fantômes de Nos Passés
Fiksi RemajaIl y a Emma, jeune fille harcelée à la carapace solide. Il y a Samuel, garçon joyeux à la vie compliquée. Et il y a Noah, jeune homme hanté par son passé. Trois jeunes gens au besoin criant d'aide. Trois jeunes gens avec un lien étroit. Mais le jou...
