54.Noah

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Ça faisait trois jours que les cours avaient repris, et je n'arrivais toujours pas à m'y faire. J'envoyai valser mon téléphone et me levai précipitamment. J'étais en retard. Je réveillai mon frère et me préparai en vitesse sans même prendre le temps de manger.

J'arrivai au lycée avec cinq minutes de retard. Je détestai être en retard. C'était une des situations les plus stressantes. J'ouvris la porte de la salle de Mr Hertis.

Vingt-neuf paires d'yeux se tournèrent vers moi, je marmonnai des excuses et m'assis en vitesse à la seule place libre.

- C'est fou ça, tu finis toujours devant moi, chuchota une voix derrière moi.

Emma me souriait, sa tête posée sur sa main, les yeux rieurs.

- Dis-donc, c'est devenu une habitude d'être en retard ? continua-t-elle.

- Disons que les cours ce n'est pas ce qui me branche le plus. Encore moins quand il faut se lever à sept heures, répondis-je.

- Effectivement, tu n'as pas l'air très motivé.

- Pas du tout, soupirai-je.

Pourtant il y avait le bac en fin d'année et je devais bosser pour pouvoir rendre ma mère fière. Et aussi, accessoirement m'assurer un avenir.

- Une glace ça te remotiverais ? lança la jeune fille.

- Ça c'est une bonne idée ! m'exclamai-je.

- Monsieur Boujet ! Voulez-vous nous faire part de ce qui vous réjouit à ce point ? me demanda mon professeur d'histoire.

- Non, désolé monsieur.

- Bien.

Le professeur reprit son cours. Je jetai un dernier coup d'œil à la jeune fille derrière moi, Emma me sourit gentiment et je me retournai pour de bon.

L'histoire était une des matières que j'aimais le moins. Je trouvais ça tellement ennuyant !

Pendant que le prof nous parlait de la guerre d'Algérie, je laissai mes pensées vagabonder.

Emma semblait avoir changé. Avant les vacances jamais elle ne m'aurait proposé de sortir manger une glace, et elle ne m'aurait encore moins souri de la sorte !

Peut-être s'était-elle rendu compte que je ne lui voulais aucun mal. Peut-être avait-elle compris que je ne laisserais pas tomber, que j'avais la ferme intention de tenir la promesse que je lui avais faite.

Toujours était-il que j'avais terriblement envie d'une glace.

Manon m'accosta à midi alors que je partais rejoindre Kim et Marco à la cafétéria.

Elle s'avançait vers moi d'un pas rageur, faisant résonner ses talons dans tout le couloir.

- Noah ! m'appela-t-elle d'une voix sombre.

- Que me vaut l'honneur ? demandai-je tout à fait insolent.

- T'as parlé à Rashel !

- Oui, effectivement. Tu ne m'apprends rien Manon, si c'était tout ce que tu avais à dire excuse-moi mais j'ai des amis à rejoindre.

Je passai devant elle sans un mot de plus. La grande blonde m'attrapa le bras.

- Boujet, gronda-t-elle. Tu n'aurais jamais dû faire ça.

- Ah bon ? Et pourquoi donc ? Que vas-tu me faire Manon ? Découper mes vêtements de sport ? Retourner l'intégralité du lycée contre moi ? Me frapper à la sortie des cours ? ironisai-je. Tu comptes me gâcher la vie comme tu as gâché celle d'Emma ? Laisse-moi rire.

Manon lâcha mon bras et serra les dents. Elle détestait qu'on se moque d'elle, et c'était précisément ce que je prenais un malin plaisir à faire.

- Et si tu veux mon avis. Tu ferais mieux de couper les ponts avec cette cinglée de Rashel. Tout ce qu'elle fait c'est se servir de toi. Pour reprendre ses mots, tu es « une fille qui n'est bonne qu'à me servir de larbin », « une larve dégoutante tout juste bonne à se faire manipuler ». Voilà ce qu'elle pense de toi ta si merveilleuse copine.

Manon avait blêmi. Je savais que j'étais allé un peu loin, mais quitte à lui dire la vérité, autant tout lui dire.

- Tu ferais mieux de remettre tes amis en question au lieu d'essayer de me menacer. Toutes ces conneries ne t'apporteront rien d'autre que des ennuis Manon. Alors à d'autre les menaces.

Je m'éloignai la tête haute, pas peu fier de lui avoir fermé le clapet et rejoignis Kim et Marco.

J'espérai que mes mots lui feraient prendre conscience de ses agissements. Mais c'était peu probable.

- Non, je ne suis pas d'accord ! Le bleu c'est beaucoup mieux que le vert !

Je posai mon plateau à côté de celui de Marco et suivis leur conversation.

- Je te dis que le vert va mieux avec ses yeux ! s'exclama Kim.

- Non, non et non ! répliqua-t-il.

- Je peux savoir de quoi il est question ? intervins-je.

- Ma petite sœur va à une fête ce soir, et elle m'a demandé de la maquiller, expliqua Marco.

- Sauf que cet abruti veut lui mettre du bleu sur les yeux ! compléta Kim.

- Et ça fait une demi-heure qu'on se bat pour savoir qu'elle couleur lui irait le mieux ! soupira le garçon.

Je sourie.

- Elle est de quelle couleur sa tenue ? demandai-je.

- Rose.

- Et ses yeux sont de quelle couleur ?

- Verts.

- Alors je suis d'accord avec Kim, dis-je en croquant dans mon morceau de pain.

- Mon dieu ! s'exclama Marco. Le monde est contre moi !

Kim arborait un sourire triomphant qui faisait presque disparaitre ses yeux vairons. Notre ami poussa un soupir de résignation et capitula.

- Sinon, tu pourrais la laisser choisir, proposai-je.

Le reste de la journée passa très lentement. La glace que m'avait promise Emma dansait devant mes yeux à chaque cours et plus le temps passait, plus j'en avais envie.

Quand la sonnerie qui annonçait la fin du dernier cours sonna, je fus le premier à sortir de la salle.

Je retrouvai Emma devant le lycée et nous nous dirigeâmes ensemble vers la petite boutique de glaces. J'avais retrouvé le sourire. La fin des cours annonçait le début du bonheur pour moi, et plus ma glace approchait, plus j'étais joyeux.

Emma m'observait en riant de mon enthousiasme grandissant. Je marchai à grands pas vers le bourg de Chattam, la jeune fille juste derrière moi.

- Tu prends quoi comme parfum ? demandai-je.

- Chocolat, répondit-elle.

- J'aurais dû m'en douter.

- Tu ne veux pas que je vienne avec toi ?

- Non, ne t'inquiète pas. Je suis assez grand pour acheter deux glaces tout seul, souris-je.

- D'accord monsieur. Je t'attends là alors, conclut-elle.

Je me détournai et traversai la route.

Dans quelques minutes, je l'aurai cette glace dont j'avais tant rêvé !

La dernière chose que j'entendis, ce fut le cri d'Emma sur le trottoir derrière moi, puis tout devint noir.

Peut-être que finalement, je ne la mangerais pas cette glace. 

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