76.Noah

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J'allais tout casser. J'allais littéralement tout casser.

Je débordais d'une haine pure, tellement pure que même sans la laisser exploser elle pourrait tout casser.

Je m'en voulais. Et j'en voulais au monde. Comme si la vie d'Emma n'était pas assez difficile comme ça, il avait fallu qu'en plus son père soit un alcoolique violent !

- Alors bonhomme ça va ? me demanda le médecin en me voyant sortir de la chambre.

- Comment ça pourrait aller bien ? m'énervais-je. Je viens d'apprendre que mon amie se faisait frapper par son père alcoolique !

J'avais parlé fort, peu m'importait que l'on soit au beau milieu de la nuit.

- Oula, oui, effectivement, c'était une question bête, désolé.

Je soufflai.

- Ce n'est pas votre faute, repris-je tandis qu'il me ramenait dans ma chambre pour finir de m'ausculter. C'est juste que j'ai tellement la haine.

- Je te comprends bonhomme. Mais la haine ne servira à rien. Le père de ton amie doit certainement être emmené en prison à l'heure qu'il est.

- Encore heureux ! m'exclamai-je.

- Aller, calme-toi, ton amie va s'en sortir.

- Comment voulez-vous que je me calme ! m'exaspérai-je. Je m'en veux, c'est ça la vérité ! Parce qu'Emma a pris soin de ma famille quand j'étais dans le coma, parce qu'elle continue à prendre soin de moi et des autres alors même que sa vie est un enfer et que moi, je ne suis même pas foutu de le deviner !

Le grand médecin referma la porte et s'accroupit devant moi.

- Noah écoute-moi bien. T'énerver sur moi ne changera rien à la situation. Alors tu vas te détendre, tu vas réagir de façon rationnelle et tu vas retourner te coucher, conclut-il.

- Désolé.

- Ce n'est pas grave, tu es dans la fougue de la jeunesse disons.

Il m'aida à me lever de mon fauteuil. Je fis quelques pas maladroits avant de me tenir à mon lit. Marcher ne me faisait pas souffrir, mais ça faisait tellement longtemps que je ne l'avais pas fait que mes jambes vacillaient à chaque tentative.

- Tu marches de mieux en mieux dis-donc ! me félicita le médecin.

- Ouais, il n'empêche que j'ai l'impression d'être un grand-père, grommelai-je.

- Ah ces jeunes, toujours dans la négativité ! plaisanta-t-il.

Il finit de m'ausculter, me posa une tonne de questions puis, après m'avoir redit de réfléchir avant d'agir, il sortit de ma chambre.

Réfléchir avant d'agir n'est-ce pas ?

Résumons la situation : Emma est inconsciente dans un lit d'hôpital, son père était un alcoolique violent, sa mère est encore plus amochée qu'elle, son frère est décédé, elle se fait harceler par Manon au lycée, elle n'a plus personne à part sa meilleure amie, Samuel est à ses côtés.

Pas super comme bilan.

« Réfléchis de manière rationnelle. »

La première chose à faire, était de prévenir ses proches. Emma avait-elle encore des proches ?

Je me déplaçai jusqu'à ma table de nuit, m'assit sur mon lit avec un soupir de soulagement et cliquai sur le contact.

- Allô ? me répondit une voix ensommeillée.

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