43.Emma

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J'avais vu passer une heure du matin, puis deux et trois. Le petit réveil de ma meilleure amie affichait 4 : 00 en gros chiffres verts. Pourquoi c'était toujours à quatre heures que les insomnies venaient ?

On avait passé deux bonnes heures à déambuler dans Mittles tous les trois, mains dans la main avant que Thaïs ne décide qu'il était l'heure de rentrer. On s'était dirigés à pas lents vers la maison, perdus dans nos pensées, le regard absent, les doigts gelés, le nez et les oreilles rouge écarlate.

Toutes les tentatives d'humour de Jordi avaient échoué, de même que toutes les paroles réconfortantes de Thaïs auquel même elle ne croyait pas. Jordan avait le visage de celui qui envisageait un meurtre et à peine le pas de la porte passé, il s'était enfermé dans le garage et avait passé au moins deux heures à frapper sans relâche son pauvre sac de frappe. Honnêtement, je le comprenais. Ma meilleure amie quant à elle, avait un visage fermé, buté, déterminé. Et moi... Eh bien moi j'étais perdue entre paradis et enfer. Entre blanc et noir. Chaos et harmonie.

Malgré le poids considérable que m'avais ôté toutes ces révélations, je me sentais lourde, engourdie. Comme si le fait de dépeindre l'horreur à voix haute l'avait rendue encore plus réelle. Je haletais entre désespoir et désir de croire que la fin de mon cauchemar approchait. J'avais peur, mais j'étais sereine. Comme si plus rien ne pourrait me faire de mal, car j'avais parlé, et que les mots étaient puissants.

Je marchais avec l'espoir que ces mots qui avaient libérés ma conscience, puisse aussi libérer ma vie. Et c'était une sensation très étrange que de ressentir tant de sentiments en même temps.

4 : 30. J'éprouvais le plus grand mal à arrêter mon cerveau. Tous les évènements de ces derniers jours repassaient en boucle dans ma tête. Comme une espèce de cinéma interne.

La violence de mon père, le pont, l'hôpital, mon arrivée à la gare, mes retrouvailles avec Thaïs et Danette, les garçons du terrain de basket, mes aveux, la balade.

Tout s'était passé si vite. Rien n'avait été contrôlé. Tous ces changements étaient-ils bons ou mauvais ?

Je me retournai face à Thaïs. Essayant de calquer ma respiration sur la sienne, calme et endormie, cherchant en vain un sommeil qui ne viendrait pas. A quel moment avait-elle deviné que quelque chose clochait ? Elle lisait si facilement entre mes lignes.

Un sourire discret étira mes lèvres. Doucement, je repoussai la couette et balançai mes jambes au bord du lit. Ma meilleure amie se retourna dans son sommeil et je me levai, prenant soin de bien rabattre la couette et de la tirer sur ses épaules.

Je traversai la chambre en silence auquel contribuait largement le gros tapis beige au pied de son lit, puis je sortis de la pièce. Je parcouru le couloir, m'engouffrai dans le salon, allumai, m'installai sur un des grands canapés. J'enfonçai mes écouteurs dans mes oreilles, m'emparai du livre que j'avais laissé sur la table et commençai à lire.

« Je savais bien que rien n'était impossible, pourtant, il y a des jours comme celui-là, ou même manger une pomme semble la chose la plus difficile à faire au monde. Le genre de jour, où l'envie s'est enfuie en courant et où le vide prend toute la place dans notre cœur. Des jours vides, sombres, dénués de sens et de beauté.

Ana s'approcha de mon lit.

- Nathan, lève-toi s'il te plaît.

- Mmmh, fis-je en me tournant dos à lui.

- Je sais que c'est dur, mais fais au moins l'effort de te lever.

- Non, pas envie.

- Nath tu... »

Les Fantômes de Nos PassésDes histoires addictives. Découvrez maintenant