14.Emma

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Samuel venait de me livrer une grosse partie de sa vie, une grosse partie de ce qui l'avait forgé. Moi qui pensais que ce n'était qu'un gosse de riche qui n'avait jamais rien vécu. J'étais totalement à côté de la plaque.

Ma rage était retombée comme un soufflé, je me sentais bête, totalement dépassée. Je l'avais insulté, j'avais négligé sa vie, j'avais négligé sa douleur. Les remords devinrent vite insupportables.

Sans que je puisse le contrôler, les larmes me montèrent aux yeux, et pour la seconde fois de la soirée, je ne tentai pas de les cacher.

Son histoire m'avait touchée, m'avait émue. Elle ressemblait un peu à la mienne finalement. Peut-être qu'on se ressemblait plus que je ne l'avais imaginé...

Je me levai doucement et m'assis par terre devant lui. Il releva les yeux, étonné. Son regard m'interrogea.

- Je suppose que je n'aie pas le droit de dire que je te comprends ... Pourtant c'est vrai. Rah je déteste cette phrase, soufflai-je.

Je plantai mes yeux dans les siens.

- Mais je te comprends. Même carrément bien. Surtout sur la partie dépression. Je ne suis pas tombée en dépression, mais les insomnies, les souvenirs douloureux, et les grèves de la faim, ça me connait. C'est ironique pour une fille qui vient de dire qu'elle détestait ces mots et que personne ne pouvait jamais comprendre, dis-je d'une voix amère. La seule chose que je peux te dire sans être relou, c'est que t'as fait le bon choix. Ça a peut-être mis du temps à venir, mais c'est le bon. Il ne faut jamais vivre pour quelqu'un d'autre que pour soit, ça fait plus de mal qu'autre chose.

Je lui adressai un léger sourire avant de me lever.

- Je te laisse. Merci de m'avoir confié ça. T'étais pas obligé et tu l'as fait quand même. Je sais à quel point ça peut coûter cher de parler de soi. Et, je retire ce que j'ai dit, mes idées étaient fausses à ton sujet. Je m'excuse.

Sur ces mots, je m'éloignai tranquillement, repartant vers la ville.

Je savais que Sam aurait sûrement préféré que je reste, mais ce soir, je n'en avais pas la force. Après tout ce que j'avais vécu aujourd'hui, j'étais fatiguée, et je ferais mieux d'aller voir ma mère.

- Attend !

Je me retournai, étonnée qu'il m'ait suivi.

- Je te raccompagne.

- Non merci c'est bon.

- Si, j'insiste.

- Tes parents ne vont pas s'inquiéter ?

- Oh tu sais, ils ne sont pas du genre à voir quand je m'absente, dit-il en haussant les épaules.

Je me mordis la lèvre. Encore fait une boulette.

- Ah, d'accord. Bon bah viens alors, dis-je en soupirant.

Il sourit, si je n'avais pas appris à lire les gens, j'aurais pu croire qu'il avait déjà oublié tout ce qu'il venait de me confier, mais ce faux sourire je le connaissais. C'était le même que celui que j'avais passé tant d'années à confectionner pour tromper mon entourage. Et surtout ma mère. J'espérai qu'elle allait bien, qu'elle n'était pas trop traumatisée ni trop blessée.

J'aurais préféré rentrer seule, ça ne m'enchantait pas tellement que ma mère rencontre cette énergumène, mais bon...

- C'est par où chez toi ?

- Je ne rentre pas chez moi.

Il haussa un sourcil.

- Bah tu vas où ?

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