57.Emma

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Nous étions assis sur les toits, dans un endroit que je ne connaissais pas. Sam était à mes côtés, silencieux, ma main glissée dans la sienne.

J'avais pris l'habitude de ces silences. Loin d'être pesants, ils apportaient une certaine sérénité qui était bienvenue lorsque, dans les cas comme celui-ci, la seule chose que j'avais envie de faire, c'était pleurer toutes les larmes de mon corps jusqu'à en mourir. Mais il avait aussi cette étrange façon d'inciter à parler, à révéler nos secrets.

Au milieu de ce silence, les images du soir où Sam m'avait révélé une partie de son histoire me revinrent à l'esprit, et une fois de plus, je me demandai : pourquoi s'était-il confié ?

Peut-être à cause de ce silence étrange qui avait plané quelques secondes après mon explosion ce soir-là. A moins que ce ne soit à cause de mes paroles.

Je l'avais jugé, moi qui savais si bien que le jugement est une des choses les plus affreuses. Alors comme pour me faire pardonner mon erreur, comme pour le rassurer sur mon état, j'obtempérai, je lui obéis, je décidai que, moi aussi, je devais me confier.

- Ce jour-là, je m'étais disputé avec Lucas. Je ne me souviens plus très bien du sujet, c'est confus dans ma tête. Mais je sais, qu'à un moment il hurlait tellement fort, que j'avais plaqué mes mains contre mes oreilles. Quand il s'était calmé, j'étais furieuse. Je lui en voulais terriblement de m'avoir hurlé dessus, et je me suis enfuie.

Je parlais vite comme si j'avais peur que les souvenirs ne m'étranglent avant d'avoir fini mon récit.

- J'étais partie en courant, je m'étais réfugiée là où on s'est rencontré pour la première fois. Près du lac. Ça devait faire presque deux heures que j'étais partie quand mon téléphone a sonné. Au début j'ai cru que c'était Lucas, qui essayait encore une fois de m'appeler pour me ramener à la maison. Mais ce n'était pas lui. Mon écran affichait un numéro inconnu. Je me souviens avoir décroché et avoir été à deux doigts de hurler sur la personne qui m'appelait avant même de la laisser parler.

J'essuyais mes mains moites sur mon pantalon avant de continuer.

- C'était l'hôpital. La dame m'a vite fait expliquer que Lucas avait été percuté par une voiture. Je suis resté cinq bonnes minutes les yeux dans le vide après avoir affirmé à l'infirmière que j'arrivais. Puis j'ai été toqué chez une amie et j'ai supplié ses parents de m'emmener à l'hôpital.

8 ans plus tôt, 35 minutes après l'accident

En entrant dans l'hôpital je vis tout de suite ma mère, assise sur une des chaises roses de la salle d'attente. Je me précipitai vers elle, les yeux étrangement secs. Elle releva la tête et me sourit tristement. Je me jetai sur elle sans aucun ménagement, la serrai tellement fort dans mes bras qu'elle devait étouffer un peu, même si elle ne dit rien.

- Où est-il ? soufflai-je

- Les médecins lui font des examens.

- Il va bien ?

Ma mère ne répondit pas. Une angoisse profonde me saisit à la gorge et mes jambes se mirent à trembler.

- Maman répond, est-ce qu'il va bien ?

Toujours aucune réponse. Je me précipitai vers l'accueil où je donnai le nom de mon frère.

- Lucas Simmon. Avec deux « m ».

Je pianotai impatiemment sur le comptoir tandis que l'infirmière cherchait son dossier dans son ordinateur. Quand elle m'indiqua la chambre en me disant qu'il revenait tout juste du bloc opératoire, je la remerciai brièvement et me mis à courir. Je poussai la porte avec énergie et je restai planté dans l'encadrement. La bouche entrouverte, le corps tremblant et le cœur battant.

Les Fantômes de Nos PassésDes histoires addictives. Découvrez maintenant