13.Samuel

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Sa bouche s'ouvrit légèrement dans une expression un peu étrange, puis elle s'assit à côté de moi sur le bord de la fontaine. Emma semblait calmée, comme si cette simple phrase avait fait disparaitre toute sa colère en une fraction de seconde. Elle entoura sa tête de ses mains et me lança d'une voix blanche :

- Vas-y raconte.

J'obéis sans vraiment savoir pourquoi. A ce moment, je ne ressentais rien d'autre qu'une violente envie d'ouvrir mon cœur. Et sans m'en rendre compte, je commençai à lui raconter, un des plus lourds secrets que mon cœur abritait.

- C'était en septembre, pas longtemps après la rentrée. Il venait de rentrer chez lui après les cours, son beau-père lui a proposé de se baigner dans la piscine au fond du jardin. Martin avait accepté. C'était en plein été, les températures étaient hautes. Il avait très chaud je suppose. Il était entré dans l'eau, son beau-père l'y avait rejoins, encore habillé. Alors que Martin allait sortir la tête de l'eau pour respirer...

Je fermai les yeux, réprimant les larmes qui me brûlaient la rétine, essayant sans succès d'arrêter les tremblements de mon menton. J'inspirai et continuai mon douloureux récit.

- Lorsqu'il allait reprendre sa respiration, son beau-père lui a appuyé sur la tête, le maintenant dans l'eau, le privant d'oxygène. Martin a bien essayé de se dégager, mais il n'avait pas beaucoup de force, il n'avait pas assez de force. Son beau-père n'a relâché son emprise que lorsqu'il a senti le corps de Martin se détendre entièrement. Il n'a retiré sa main, que lorsque Martin est mort. Quand Nathalie, la mère de Martin, est rentrée, elle a découvert son fils à moitié nu, sans vie flottant dans sa piscine et son mari assit sur le canapé, trempé. Elle a directement appelée la police, son mari ne l'en a pas empêché. Quand les flics sont arrivés, il s'est directement rendu, il n'a même pas nié et a tout raconté.

Cette histoire me hantait depuis si longtemps. Je ne comprenais même pas pourquoi j'étais en train de la lui raconter. Je ne la connaissais même pas depuis une semaine, je ne l'avais vu que deux fois, et pourtant je lui racontais avec une facilité déconcertante tout ce que la psychologue du lycée essayait de me faire dire depuis deux ans.

- Il a dit qu'il avait volontairement tué mon meilleur ami. Il a raconté comment il lui avait maintenue la tête sous l'eau, le privant d'air. Il a raconté comment il était sorti de la piscine, laissant le cadavre de son beau-fils derrière lui sans aucun remords. A la question « pourquoi ? » qui était sur toutes les lèvres, il avait juste répondu qu'il ne l'aimait pas et qu'il voulait s'en débarrasser. Qu'il coûtait trop cher et que le simple fait de voir Martin lui donnait des envies de meurtre. Meurtre qu'il a fini par accomplir, ajoutai-je amèrement.

Je m'arrêtai quelques instants pour reprendre ma respiration.

- Une enquête a été menée. Les autorités ont prouvé que c'était bien lui le meurtrier, puis des tests ont été faits, son beau-père n'avait ni bu, ni fumer. Il était parfaitement sobre, et avait tué Martin de sang-froid. Juste, juste comme ça. Il a été incarcéré à vie, mais s'est suicider dans sa cellule de prison deux mois après la mort de Martin. Les regrets je suppose. Ou la folie. Les deux sont plausibles.

Je tournai la tête vers Emma assise à côté de moi et plantai mes yeux noirs de colère et de tristesse dans les siens rougis par les évènements, mais surtout, pleins d'une compassion qui me déstabilisa.

Je me demandai pourquoi je lui racontai tout ça. Elle avait touché ma corde sensible, mais était-ce une raison ? Elle m'incitait silencieusement à continuer de parler, et son regard me parut étonnement compréhensif. Je reportai mon attention sur mes pieds et le sol de gravier sous mes chaussures.

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