Je n'aurais peut-être pas dû être présente. Peut-être que j'aurais dû les laisser ensemble et partir attendre Sam ailleurs. Mais je n'en avais pas eu la force. Alors j'étais restée là, derrière lui, à pleurer pour son frère que je n'aurais désormais plus jamais l'occasion de connaître.
Et quand il s'était écroulé j'avais volé vers lui. J'avais stoppé ses poings en sang et je l'avais bercé jusqu'à ce qu'il arrête de se débattre. On était resté là longtemps, enfin à moi, ça m'avait paru long, alors lui, sûrement autant qu'une éternité.
Puis très lentement, il avait cessé de pleurer et il s'était levé. Il s'était tourné vers son frère et il lui avait parlé. Une phrase que - malgré le fait qu'il ait murmuré - j'avais entendue.
- D'accord Isaac, je te le promets, je vais vivre.
Il s'était retourné vers moi, ses larmes roulant en silence sur son menton et il m'avait attrapé la main.
On était resté là quand les infirmiers avaient enroulé le corps de son frère dans un drap blanc et quand ils l'avaient transporté je ne savais où. Et sans crier gare, Sam m'avait entrainé hors de l'hôpital.
- Je ne supporte plus cet endroit, avait-il soufflé.
Je l'avais suivi sans retirer ma main.
La scène que je venais de vivre se mélangeait avec mon propre passé, mes souvenirs étaient embrouillés.
Nous passâmes la porte automatique. Sam s'arrêta.
- Il faut que je prévienne mes parents, souffla-t-il.
- Sam, pense à toi d'abord, je ne veux pas que...
- Je dois les prévenir. Ils ont le droit de savoir, Isaac est, était leur fils.
Je hochai la tête.
- Maintenant ? demandai-je le plus doucement possible.
- Maintenant, acquiesça-t-il.
J'avais peur qu'il ne s'écroule avant même d'arriver chez lui, mais je ne pouvais pas l'empêcher de faire ce qu'il semblait juste. C'était sa vie, pas la mienne.
Je le suivis jusqu'à la voiture de ma mère où Jordi nous attendait.
Lorsque nous nous installâmes dans la voiture, il ne décrocha pas un mot, attendant les instructions. Son regard se posa sur nos mains, sa mâchoire se contracta imperceptiblement, mais quand même assez pour que je le remarque. Je posai ma seconde main sur son épaule. Il m'interrogea du regard.
- Tu connais la partie sombre ? le questionnai-je.
- Je vois où ça commence.
- Alors fonce.
Il mit le contact. Le moteur ronronna et la voiture quitta le parking.
Lorsque la voiture pénétra dans la partie sombre, on perçut tous les trois le changement. Il n'y avait plus de lampadaires, les maisons étaient plus sales, moins entretenues, tout comme les rues.
Sam nous guida jusqu'à sa rue.
- Tu veux que je t'accompagne ?
- Non, pas besoin. Je ne voudrais pas que mes parents te traumatisent.
- Sam...
- Je sais ce que je fais Emma. Ce sont mes parents.
- Je n'appellerais pas ça des parents, le contrais-je.
- Pour tout te dire moi non plus. Pourtant c'est bel et bien ce qu'ils sont. Et ils méritent de savoir que leur fils est décédé.
- Alors laisse-moi au moins t'accompagner.
- Cette histoire ne te regarde pas Emma.
- Il a raison Ma Reine. C'est sa vie, pas la tienne, intervint Jordan.
Je capitulai.
Sam déposa un baiser sur ma joue et sortit de la voiture.
J'avais peur. C'était ridicule mais j'avais peur. Peur que ses parents ne l'achèvent là où il était déjà très faible. Peur qu'il ne craque complètement. Peur qu'il se perde dans les insultes de ses parents.
Mais Danette avait raison, je l'avais moi-même dis : c'était sa vie, pas la mienne.
Alors je restai là, regardant sa mince silhouette disparaitre dans la nuit. Il devait être trois ou quatre heures du matin, c'était une nuit nuageuse aux airs de film d'horreur.
« Pourvu que tout se passe bien. »
- Alors c'est lui le fameux, lança Jordan d'une voix dénuée de toute animosité.
- Faut croire.
Je glissai sur le siège passager pour lui faire face.
- Jordi...
- Ça a l'air d'être un mec bien.
Alors ça, je ne m'y attendais pas.
- Quoi ? m'étonnais-je incrédule.
- Vraiment. Il a l'air bien. Je pense qu'il prendra soin de toi.
- Jordi tu parles comme si on était mariés, souris-je.
- Lui aussi.
- Lui aussi quoi ?
- Lui aussi il te veut.
Mon visage devint cramoisi.
- Comment tu pourrais le savoir ?
- Emma, il te regarde de la même façon que je te regarde depuis six ans, souffla-t-il.
- Je...
- Fonce Ma Reine. Je m'en remettrais.
- Danette.
- Fonce je te dis. Je suis fort. Si ça te rend heureuse, alors je le serais aussi. C'est tout ce qui compte pour moi.
Et là je ne pus m'en empêcher. Je me jetai à son cou et je le serrai de toutes mes forces contre mon cœur.
Parce qu'il resterait toujours un de mes piliers.
Parce qu'il resterait toujours mon meilleur ami.
Parce qu'il resterait toujours mon premier amour.
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Les Fantômes de Nos Passés
Teen FictionIl y a Emma, jeune fille harcelée à la carapace solide. Il y a Samuel, garçon joyeux à la vie compliquée. Et il y a Noah, jeune homme hanté par son passé. Trois jeunes gens au besoin criant d'aide. Trois jeunes gens avec un lien étroit. Mais le jou...
