Noah n'avait vraiment pas bonne mine. Il avait le teint cireux et les yeux vides. Il avait beau s'efforcer de ne rien laisser paraitre devant moi, il fallait vraiment être aveugle pour ne pas voir qu'il souffrait.
Je sortis de l'hôpital. Je devais passer chez lui, je l'avais promis à sa mère, pourtant même si j'aimais y aller, même si Noah m'avait chargé de lui ramener son livre, je n'avais vraiment aucune envie d'entrer dans cette maison à l'ambiance chaleureuse et au bon parfum de propre.
C'était triste à dire, mais j'étais presque jalouse du confort et de la famille de Noah. Ma maison à moi, elle était triste et sombre, elle puait l'alcool et elle dégageait la peur. Ma famille à moi, elle avait éclaté à ma naissance, elle n'était que personnes brisées et douloureuses.
Alors non, je n'avais pas envie de me rendre dans la maison que j'aurais rêvée d'avoir. Non, je n'avais pas envie de voir la famille de mes rêves. J'avais envie qu'on me comprenne, qu'on me dise que je n'étais pas la seule. J'avais envie de trouver quelqu'un avec une vie au moins aussi triste et grise que la mienne, avec une famille au moins aussi brisée que la mienne. Tout simplement, quelqu'un qui pourrait me comprendre. J'avais envie de voir Sam.
Je traversai la rue et montai dans le bus. Cette journée s'annonçait aussi morne que les autres. Et la nouvelle année qui arrivait à grands pas n'arrangeait pas les choses. Dans cinq jours nous changions d'année. Dans cinq jours, je vivrais un des pires jours de ma vie. Je détestai la nouvelle année, parce que j'étais seule quand tout le monde se rassemblait, et parce que les gens prenaient un malin plaisir à boire parfois jusqu'au coma éthylique.
Le bus s'arrêta au troisième arrêt et je descendis. Après avoir marché dix minutes au rythme des basses dans mes oreilles, j'arrivai enfin devant la jolie porte en bois de la maison des Boujet.
Je toquai trois coups brefs et entrait sans attendre de réponse. Louann était allongé sur le canapé devant une série en anglais, il leva la tête en entendant la porte claquer et m'adressa un signe de la main. Je lui répondis par un sourire et montai directement dans la chambre de son frère.
Un livre était posé bien en évidence sur son bureau, tout en haut d'une pile de vêtements propres. Je m'approchai.
Sur la couverture noire du roman était collée une petite enveloppe blanche à mon nom. Je fronçai les sourcils, décrochai l'enveloppe et sortit son contenu. Une lettre avait été écrite à la main sur une petite feuille rose pliée en quatre.
Je dépliai la feuille.
« Salut Em', je peux t'appeler Em' hein ?
Bon, je suis nul pour écrire des lettres ou ce genre de chose, mais le principal c'est d'essayer non ?
Je tenais à t'écrire cette espèce de lettre pour te remercier de tout ce que tu fais constamment pour moi. Tu as beau rester froide et distante, tu as beau repousser toutes mes questions et fuir ma compagnie sans essayer de le cacher, je sais qu'au fond tu m'apprécies au moins autant que moi je t'apprécie.
T'as un grand cœur Em'. T'es une fille extraordinaire. Je ne vais pas te mentir plus longtemps, je ne t'ai pas tout dit de ma rencontre avec Rashel. Je sais que tu as ou que tu avais un frère et qu'il est lié à ton mal-être. Mais je ne vais pas insister.
Tu sais, si je fais tout ça, c'est parce que je m'inquiète pour toi. Peut-être qu'au début ce n'était pas mon but, mais plus je te côtoyais, plus je t'ai appréciée et maintenant je te considère comme une amie. Alors je veux simplement t'aider.
En tout cas, je sais que je n'ai pas eu raison d'aller voir Rashel en cachette et que je me suis introduit dans ta vie privée. Je sais que le fait que je sois motivé par de bonnes intentions ne me pardonne en rien. J'en suis conscient. Alors j'espère juste que tu voudras bien accepter mes excuses, mes remerciements et ce cadeau.
VOUS LISEZ
Les Fantômes de Nos Passés
Novela JuvenilIl y a Emma, jeune fille harcelée à la carapace solide. Il y a Samuel, garçon joyeux à la vie compliquée. Et il y a Noah, jeune homme hanté par son passé. Trois jeunes gens au besoin criant d'aide. Trois jeunes gens avec un lien étroit. Mais le jou...
