Chapitre 5

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Les cris commencèrent à fuser de toute part et je me rendis compte que moi aussi je hurlais. La peur s'infiltrait en moi par tous mes pores et prenait possession de mon corps. Prenant mon courage à deux mains, je me mis debout sur mes jambes flageolantes et ignorais la souffrance qui se propageait dans tous mes membres.

Je passais le chambranle de la porte pour me retrouver en plein enfer. Le couloir, bien rangé quelques secondes auparavant, ressemblait à présent à un champ de ruines. Les meubles, qui y trônaient d'habitude si noblement, étaient renversés et leur contenu c'était répandu sur le carrelage. Une substance visqueuse et écarlate couvrait le sol par endroit et je pataugeais dedans en espérant ne pas me casser la figure. Une tête roula jusqu'à mes pieds et se cogna contre mes chaussures. Je criai de plus belle, attirant l'attention de quelques zombies. Je n'agissais pas de façon très courageuse depuis le début de la nuit et je me faisais honte. Je brandis le poignard à la lame rouillée, que m'avait cédé Daphnée, et embrochais le premier cadavre ambulant qui passait à ma portée. Son corps en charpie tomba sur le sol. Son camarade émit un son qui ne ressemblait à rien de ce que j'avais pu entendre jusqu'à maintenant et tout mon être se liquéfia. Soudain, au-dessus du tumulte s'éleva un hurlement déchirant, emplit de détresse et de souffrance. Daphnée ! Ma jambe ankylosée ne me ralentit pas, tellement le besoin de retrouver mon amie était pressant. Un mort vivant me barra la route et attrapa mon poignet pour bloquer la lame de mon arme à quelques millimètres de se qu'il restait de son visage. Comment un zombie pouvait-il avoir de tels réflexes ? Malgré ma répulsion à toucher de telles créatures, j'écrasais mon poing dans l'arrête du nez du zombie qui bascula en arrière. Je dégageais ma main de sa poigne et lui enfonçais mon couteau en plein cœur. Le hurlement qu'il laissa échapper avant de toucher le sol me prouva que je n'avais pas manqué ma cible.

- Thelia...

La voix de Daphnée était très faible et me parvenait comme un murmure. Je la cherchais du regard parmi le tas de cadavres qui jonchaient le sol du salon et la trouvait, recroquevillée contre le mur du fond, une main sur le ventre et le visage grimaçant de douleur. Je m'approchais un peu plus près et vis du sang s'écouler entre ses doigts. Je portais la main à ma bouche pour étouffer un sanglot.

- Thelia écoute-moi, certains zombies sont plus forts que d'autres, ce sont des anciens combattants de l'armée du zénith, l'armée dont je fais partie. Tu dois te méfier d'eux, ils ont conservé une partie de leurs réflexes d'antan. C'est tout ce que tu avais besoin de savoir, maintenant, sauve toi par la porte de derrière et rejoint l'hôtel de ville. Mes compagnons d'armes t'aideront ensuite.

Mes yeux baignaient dans leurs larmes et ma voix sortie étranglée.

- Viens avec moi, je suis désolée, tout est de ma faute, je...

- Non, c'est de la mienne, j'aurais du prendre plus soin de toi, t'expliquer à quel point je tenais à toi, tu étais pour moi la sœur que je n'ai jamais eue. Je n'ai jamais regretté une seconde de t'avoir recueillie. Enfin si, peut-être au début, mais par la suite, j'ai su que j'avais fait le bon choix en t'offrant l'hospitalité. Maintenant, va-t-en et vis. Et si un jour tu me croises et que je suis devenue un zombie, tue-moi sans état d'âme.

La main de Daphnée tomba mollement sur le sol alors que sa tête basculait sur le côté à un angle incertain. Je restais là, prostrée à côté de son corps quand un gémissement derrière moi me sorti de ma torpeur. Le corps de ma mère se relevait péniblement de sous un tas de cadavres et me fixait de ses yeux vides. A contre cœur, je relâchais ma tutrice et me mis à courir, ignorant mon corps en feu, afin de rester en vie pour que le sacrifice de Daphnée ne soit pas vain.


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