Chapitre 63

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Une fois qu'elle fut partie, le vieil homme garda le silence et se frotta le front, comme emprunt à une violente migraine. Pour ma part, je gardais le silence.

- J'aurais dû l'empêcher de partir, dieu seul sait ce qu'elle va aller faire dehors maintenant dans un état pareil, se lamenta le vieil homme.

Poliment, je proposais d'aller à sa recherche et de la ramener ici pour discuter calmement de la situation, mais son père m'en empêcha, estimant que m'envoyer aux trousses d'Héloïse ne ferait qu'augmenter sa fureur. Je ne pus qu'être d'accord avec lui.

- Bon, reprenons notre discussion là où nous l'avons interrompue, dit le vieil homme. Thelia, je te confie donc à toi seule la tâche de te débarrasser de cette odieuse créature qui nous menace.

- J'accepte de vous rendre service, mais je voudrais savoir comment la vaincre et comment être sûre que d'autres personnes ne soient pas contaminées ?

- Cette mutation du virus se produit suite à une morsure. Cette dernière doit venir d'une personne déjà infectée. Puisqu'il n'y a à ce jour qu'une seule personne contaminée, la mort de cette dernière empêchera ce fléau de s'étendre.

Je fixais le vieil homme, pas convaincue du tout par ces propos. Je cédai à mon intuition et lui posais la question qui me brûlait les lèvres.

- Comment la première personne a-t-elle attrapé cette « maladie » ?

- Un zombie l'a mordue. Ce n'est rien de plus, rien de moins. Le virus qui les a contaminés a évolué. Si votre blessure s'infecte, cela peut devenir mortel et le poison se répand dans vos veines.

Je frissonnais car si le scientifique avait raison, cela se pourrait bien que plusieurs autres personnes soient elles aussi contaminées. Cependant, je m'abstiens de tout commentaire et le laissais m'expliquer ce que je devais accomplir. Il sortit un baluchon et un bâton de sous la table et les posa devant moi. Je le fixais incrédule.

- Que voulez-vous que je fasse avec ce rondin ?

- Thelia, ne voyez pas ça comme du bois mais plutôt comme une arme. En effet, ce n'est pas un bâton ordinaire. Je l'ai plongé quelques jours dans une mixture que j'ai concoctée et cette dernière s'est introduite dans la branche, l'imbibant de poison mortel pour les zombies. Un seul coup porté avec cet objet peut les mettre hors de nuire.

Je pris le bâton entre mes mains et remarquais en effet qu'un liquide en suintait et que sa couleur était anormale.

- Comment pouvez-vous être sûr de ce que vous avancez ? Avez-vous déjà testé ce produit ?

- Ma chère enfant, je n'ai jamais testé cette mixture, mais si mes calculs sont bons, ce que j'espère, nous pouvons gagner la bataille.

- Et si nous provoquions encore plus de dégâts avec ce mélange ? Ne pouvons-nous pas nous arrêter là et combattre les zombies avec nos mains ?

Le vieil homme plongea ses yeux dans les miens et la détermination que j'y lus me rappela grandement Héloïse et, en y réfléchissant, cette flamme représentait aussi Daphnée.

- Mon enfant, sache que pour gagner, il faut savoir prendre des risques.

Il avait encore marqué un point. Curieuse, je défis le cordon qui fermait le sac et l'ouvris pour découvrir qu'il contenait une arme à feu, une fiole mauve, sans doute la mixture dans laquelle le rondin avait trempé, des couteaux et une tablette avec de petits cachets blancs. Je pris cette dernière en main et levai mes yeux vers le vieillard pour lui demander à quoi ils servaient, mais avant que j'aie pu prendre la parole, il leva sa main pour m'en empêcher.

- Thelia, le fait que tu sois courageuse, intelligente et une très bonne combattante ne sont pas les seules critères pour lesquels je t'ai choisie. A vrai dire, se sont même des critères secondaires.

- Pourquoi moi alors ?

- Et bien, c'est à cause de tes amis.

- Mes amis ? dis-je sans comprendre où il voulait en venir.

- Oui, tu as très bien entendue. Tu es très proche de Dann et Brian et je sais qu'ils sont immortels. Ne me demande pas comment je l'ai appris, je le sais et c'est tout ce qui compte. Cependant, je ne considère pas cela comme un atout. S'ils se font mordre par un zombie porteur du virus, ils ne pourront pas être soignés puisque leurs blessures se refont automatiquement. Le poison restera donc à l'intérieur de leur corps et ils ne pourront éviter de devenir des mutants à leur tour.

J'ouvris de grands yeux, choquée par cette possibilité à laquelle je n'avais pas pensée.

- C'est pour cela que je t'ai choisie toi, Thelia. Tu es la seule en qui ils ont confiance et tu es par conséquent la seule qui pourra les tenir à l'écart de la bataille. Il ne faut pas qu'ils soient en contact avec des zombies.

- Vous oubliez juste une chose, ils adorent le combat et je ne pourrai pas, même avec toute la volonté du monde, les tenir à l'écart d'une bataille.

L'homme me montra alors la tablette de cachets blancs.

- C'est pour cela que je t'ai fournis ces cachets. Ce sont des somnifères et ils feront effet assez longtemps pour que la bataille se termine avant qu'ils ne se réveillent, à condition que tu y mettes la dose.

Je fixais les médicaments d'un tout autre œil maintenant et je me demandais comment de si petites pastilles pouvaient avoir une telle capacité.

- Cependant, reprit le scientifique, je ne suis pas sûr qu'elles fonctionneront comme il se doit étant donné les capacités de guérison hors norme de tes compagnons. C'est pour cette raison que je te fournis également ce pistolet. Si les somnifères ne marchent pas, il te suffira de viser leur cœur et de tirer. Le cœur est une chose bien difficile à guérir, surtout si c'est la femme aimée qui le brise.

Je m'apprêtais à dire que j'étais incapable de commettre un tel acte de trahison envers Dann et Brian, mais il fallait sauver la planète avant tout. Je relevais gravement la tête et donnais mon accord. Je servirai corps et âme cet homme un peu farfelu, en espérant qu'il ne se trompe pas. Il passa sa main par-dessus la table et je la serrai. Je venais, en quelque sorte, de signer un contrat à vie. A ce moment, Brian entra en trombe, arme à la main et fut surprit de me trouver entrain de parler à un vieillard. Nos mains scellées lui firent froncer les sourcils et son regard passa du scientifique et navigua jusqu'à moi. Je sus qu'il avait compris ce que je venais de faire lorsqu'il rangea son pistolet dans sa ceinture et s'avança dans la pièce. D'un geste brusque, il renversa la table et le sac tomba à terre, renversant son contenu au sol. Brian observa les couteaux d'un air suspicieux. Heureusement, j'avais dissimulé les somnifères dans la poche de ma combinaison.


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