Chapitre 16

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Je me réveillais et hurlais en découvrant un homme penché au-dessus de moi. Mais, ce n'était que doc. Je crois même que le pauvre homme eut encore plus peur que moi car il s'écarta et laissa tomber son ustensile sur le sol.

- Tu es déjà réveillée ? s'étonna-t-il.

Pour toute réponse, je me redressai et m'assis dans le lit en m'étirant. Le médecin ouvrit de grands yeux, surprit.

- Qui a-t-il ? demandais-je.

- Ton épaule ! Elle est réparée alors que je n'y ai pas encore touchée.

Je la fis bouger pour confirmer ses dires et m'étonnais de ne sentir que des picotements, comme avec ma jambe après que je me sois réveillée l'autre nuit.

- Comment est-ce possible ? m'écriais-je.

Doc secoua la tête alors que son incompréhension se reflétait dans ses traits. C'est à ce moment que la porte s'ouvrit sur Clarissa.

- Thelia ? Tu es déjà réveillée ?!

- Et bien, il faut croire que oui ! lui répondis-je.

Je lui adressais un de mes plus beaux sourires avant de me mettre debout. Doc voulut protester mais je l'en empêchais.

- Merci doc mais là, je dois y aller.

Je sortis de l'infirmerie en même temps que Clarissa et nous nous rendîmes à la cantine. Les entrainements venaient de se terminer et certaines personnes étaient encore en train de faire la file. Je pris un plateau et me glissais derrière elles, suivie par mon amie.

- Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit pour que ta combinaison soit dans un tel état et que tes cheveux soient remplis d'algues ?

Je baissais le nez sur ma tenue et le rouge me monta aux joues en voyant l'état dans lequel je me trouvais. Le fait que je n'avais pas encore eus l'occasion de me changer m'était sorti de l'esprit.

- Je me suis battue contre des zombies et je suis tombée dans le fleuve, rien de plus.

Je vis qu'elle aurait voulu me poser d'autres questions mais elle se retint, ne voulant sans doute pas me harceler. Elle changea donc de sujet.

- Je ne comprends pas ce qui s'est passé dans la tête de Brian tout à l'heure !

A vrai dire, moi non plus je ne comprenais toujours pas. Qu'avait-il voulu savoir en m'infligeant de telles douleurs ? Que cherchait-il à prouver ou à découvrir ? Songeuse, je marchais vers la dernière table libre quand un garçon me fit signe, me sortant de mes pensées. Je reconnu Dann et me dirigeais vers lui en souriant. Il m'avait défendue, je ne l'oublierais pas de si tôt.

- Déjà guérie ? s'étonna-t-il alors que je posais mon plateau sur le support en bois.

- Oui, doc fait vraiment du beau travail !

Mon ton était sûrement peu convaincant car il fronça les sourcils. Clarissa nous rejoignit à cet instant et Dann mordit dans son pain, sans lui prêter attention, coupant court à la conversation. Mon pain avait un arrière goût rassis mais par les temps qui courraient, je ne pouvais pas me permettre de faire la difficile. Je me dépêchais donc de le manger pour avoir le temps de prendre une douche.

Je fus la première à quitter le réfectoire. Je me rendis dans mon dortoir pour y prendre quelques affaires, dont une nouvelle tenue, avant de me diriger vers la salle de bain que Clarissa m'avait indiquée un peu plus tôt. Alors que je passais devant la salle où étaient rassemblés les blessés, un cri de terreur me parvint. Sans une once d'hésitation, j'ouvris la porte à la volée pour découvrir mon entraineur, les poings levés, s'apprêtant à abattre son arme sur un soldat.

- Non ! Arrêtez je vous en prie !

La victime tourna la tête vers moi et je pus apercevoir qu'il s'agissait de Maureen.

- Encore toi ? s'emporta mon instructeur.

Malgré ma peur grandissante, je traversais la salle en courant pour venir me poster entre elle et son agresseur.

- Pourquoi voulez-vous la tuer ? hurlais-je. Etre blessé ne mérite pas la mort !

- Tu es pathétique. On est en guerre. Les vivres, les médicaments et toutes les choses dont nous avons besoin pour survivre sont en train de s'amenuiser. Nous n'aurons bientôt plus rien. Je ne peux pas me permettre de nourrir une bouche en plus, qui de surcroit, ne pourra plus jamais rien pour moi ! Est-ce si difficile à assimiler ?

- Je comprends votre raisonnement mais je vous interdis de la tuer ! Aucun humain n'a le droit de décider qui peut vivre ou non. En plus, Maureen pourrait nous être utile. Elle a toujours un bras valide. Elle pourrait travailler dans les cuisines ou être l'assistante de doc, s'occuper des malades ou que sais-je encore !

Quelqu'un se racla la gorge dans mon dos et je me retournais pour voir doc derrière moi, la moue pincée.

- La jeune fille a raison. Je ne m'en sors plus. De l'aide ne me ferait pas de mal mais je ne peux pas vous priver de soldats. Il me faut donc l'aide de quelqu'un qui ne vous sert plus. Pourquoi pas des blessés de guerre qui savent encore tenir debout ?

Mon instructeur afficha un rictus méprisant avant de cracher :

- Faite comme il vous plaira mais, si par malheur je tombe sur elle en dehors de votre cabinet, alors qu'elle est seule, je la tuerais. Je lui laisse la vie sauve, pour l'instant.

Je n'en croyais pas mes oreilles. J'avais gagné, pour l'instant, comme me l'avait si gentiment fait remarquer mon chef. Mon entraineur claqua la porte derrière lui et je m'agenouillai à côté du lit de Maureen. Celle-ci me saisit la main et me remercia de tout son cœur en versant un torrent de larmes. Doc s'approcha lui aussi de la blessée et se mit à dérouler son bandage pour lui en remettre un nouveau. J'avais fait ce que j'avais à faire, on n'avait plus besoin de moi ici. Je sortis en douce de la salle et fermai la porte, laissant les gémissements derrière moi.

Tout le monde était déjà couché et la salle de bain commune des filles était vide. Je m'extirpais de ma combinaison en lambeau et la jetais à la poubelle avant de faire couler l'eau de la douche. Le filet d'eau froide s'écoula sur moi et forma une tâche noirâtre à mes pieds avant de disparaitre dans les canalisations. J'attrapai la savonnette et me frottais jusqu'à ce qu'il ne reste plus une seule saleté apparente. Lorsque je fus enfin propre, je m'essuyais à la hâte et enfilais une nouvelle combinaison. Pas de robe de chambre pour aujourd'hui, je serais déjà habillée pour le soir suivant, ce qui me ferait gagner quelques minutes de sommeil supplémentaires. J'essorais mes cheveux avant de rejoindre mon lit. Cette fois, je ne fis pas la difficile et me laissais tomber sur mon matelas. Je ne fus pas longue à m'endormir.


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