Chapitre 27

151 12 4
                                        

Tout était comme je l'avais laissé. Les meubles renversés, le sang séché jonchant le sol et le papier peint recouvrant les murs. Les garçons me rejoignirent, arme au poing. Dann se posta à côté de moi et sa posture me réconforta. Je n'avais pas la force d'aller voir au salon si son corps y était encore. Je levais mon visage fermé vers mon coéquipier.

- Brian et toi pouvez sécuriser le rez-de-chaussée, je monte à l'étage chercher les armes.

Je me tournais ensuite vers Brian.

- Son... son corps est au salon.

Il acquiesça d'un signe de tête avant de se diriger dans cette direction. Dann me regardait toujours. Il voulait sans doute monter avec moi mais je ne lui en laissais pas le temps et gravis les escaliers en courant. Une odeur de renfermé flottait dans l'air. Je jetais un coup d'œil dans l'entrebâillement de la pièce qui était autrefois ma chambre, des larmes de mélancolie perçant aux coins des yeux. La porte des appartements de Daphnée était fermée à clé, comme au bon vieux temps. Je pris mon inspiration avant de faire face à la pièce qui m'intéressait. La porte de cette dernière était ouverte et d'ici, je voyais qu'il y faisait noir comme dans un four, sans doute que les volets étaient restés fermés depuis notre dernier entrainement, ce qui ne fit qu'augmenter mon appréhension à fouler le plancher de cette salle qui, plus que les autres, retenait mon passé entre ses murs. Je pénétrais dans la pièce, anxieuse et voulus allumer la lumière mais le courant avait dû être coupé car la salle resta plongée dans l'ombre. Je rangeais mon couteau dans ma poche pour avoir plus facile de saisir les armes dont j'avais besoin. Alors que ma main se posait sur la lame en fer d'un poignard, des cris provenant d'en bas me sortirent de mes pensées et des bruits de cavalcade se firent entendre dans les escaliers. La voix de Brian s'éleva dans l'air, complètement paniquée.

- Thelia, Daphnée... son corps n'est plus dans le salon !

La silhouette de mon ami se profila dans le rectangle de lumière provenant de la porte et juste à cet instant, le battant se referma devant lui et j'entendis le verrou coulisser dans ses gonds. Un rire niais éclata alors tout proche de moi. Mon corps ne m'obéissait plus, j'étais complètement paniquée. Je reconnaissais cette voix déformée par la folie, je reconnaissais cette manière de fermer la porte dans un claquement avant un combat. Ma voix sortit écorchée lorsque je prononçais ce simple mot qui me coûta beaucoup.

- Daphnée !

Les mouvements de son corps ébouriffèrent mes cheveux. J'étais toujours incapable de bouger. La créature qu'était devenue ma tutrice souleva mon corps frêle du sol et sans effort, le lança à travers la pièce. J'heurtais un promontoire d'armes de plein fouet et ces dernières tombèrent sur le sol autour de moi avec fracas. Sonnée, j'entendais les coups que Brian et Dann portaient contre le battant et leurs cris redoubler d'intensité.

En tremblant, je saisis une des armes à ma portée et me redressais. Il fallait que je me ressaisisse. Cette chose n'était rien qu'un zombie parmi tant d'autres, un mutant qui voulait ma peau. La noirceur qui régnait dans la pièce me serait, pour une fois, d'une grande aide. Cela me permettrait de ne pas voir son visage. Sans réfléchir, je me penchais sur le côté et le couteau qu'elle me lançait s'encastra dans le mur derrière moi. Je retrouvais mes réflexes. Avec un cri de rage, je me jetais en avant et heurtais sa carcasse de plein fouet. Je sentis son arme se planter dans mon bras. Je poussais un nouveau hurlement, de douleur cette fois, mais je ne la lâchais pas et nous tombâmes au sol. Même en étant une morte-vivante, elle était plus forte que moi. Elle saisit mes poignets, m'empêchant d'atteindre sa gorge pour y planter mon poignard. Elle me repoussa avec force et je tombais en arrière. Elle en profita pour reprendre le dessus et ce fut moi qui me retrouvais en dessous. Je lui donnais un coup de boule dans le nez et me dégageais de son emprise. Je me relevais en tenant mon bras blessé et m'appuyais contre le mur. Lorsque je la sentis approcher sur ma gauche, je lançais mon couteau dans cette direction. Le cri qui lui échappa me permit de constater que je n'avais pas loupé ma prise. Son corps s'affaissa au sol au moment où les garçons réussirent à défoncer la porte.

J'avais fait ce que j'avais à faire et pourtant, je ne m'étais jamais sentie aussi mal. Je me trainais au sol et rejoignis le corps sans vie de ma tutrice en pleurant.

- J'ai fais ce que tu m'as dit Daphnée, pardonne-moi. Pardonne-moi...

Brian accourut et m'enleva le corps de sa sœur des bras avant de sortir de la pièce, l'emmenant avec lui. Je n'avais plus de larme pour pleurer et je restais là, assisse sur le sol, le regard dans le vide. Dann me rejoignit et me prit dans ses bras.

- Je suis fière de toi !

Je ne dis rien et même si je me sentais bien dans l'étreinte de ses bras, je me dégageais et me remis debout.

- Aide-moi à prendre des armes, que nous ne soyons pas venus pour rien.

Son regard peiné me fit mal au cœur mais je n'y prêtais pas attention et me mis à empiler arcs à flèches, fusils chargés et poignards.

Je ressortis quelques minutes plus tard, les bras remplis. Je passais devant la chambre de Daphnée dont la porte était à présent ouverte. Je m'arrêtais sur le seuil et la découvrit, couchée sur son lit en draps de lin, les cheveux étalés en corolle autour de sa tête comme des ailes de corbeau aux reflets violets. Son visage était toujours le même. Elle n'avait pas de trace de griffure, pas de terre ni de verre dans les cheveux. Elle était toujours aussi belle. Brian était debout au bord du lit, les yeux brillants de larmes. Lorsqu'il vit que je le regardais, il s'empressa de les essuyer, honteux d'avoir laissé ses sentiments pour sa sœur le rendre aussi vulnérable. Je détournais la tête et me remis en marche, dévalant les escaliers jusqu'à me retrouver à l'air libre. Son visage sans vie hanterait à jamais mes pensées. Si elle était morte, c'était ma faute, à moi seule. Si je n'avais pas existée, si je n'avais pas croisé son chemin, elle aurait toujours ce don et serait encore en vie. Mais il n'en était rien. Je l'avais tuée et même par deux fois. J'étais un monstre. Un véritable monstre !


L'armée du zénithDes histoires addictives. Découvrez maintenant