Chapitre 55

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Nous marchions depuis un bon moment déjà mais nous n'avions croisées personne d'autre. Le silence était tel que quand la voix d'Héloïse se fit entendre dans la nuit, je sursautais.

- Voilà, c'est là.

Je regardais le bâtiment qu'elle m'indiquait. La façade décrépite n'était pas des plus accueillantes mais j'avais vu pire. Je la suivis donc et passais la porte d'entrée à sa suite. L'intérieur n'était pas beaucoup plus engageant que l'extérieur. Tout paraissait défraichi et dépassé de longue date.

- C'est un immeuble à l'abandon que je me suis appropriée, me dit Héloïse. Les autres membres du groupe vivent ici, pour certains. Les autres vont là où ça leur chante.

Elle se dirigea vers des escaliers et se mit à les gravir en faisant mine de ne pas entendre leurs grincements. L'étage était déjà plus propre. Les murs avaient été dépoussiérés et les saletés poussées en tas le long des plaintes. Mon guide traça son chemin jusqu'à une porte qu'elle ouvrit en s'aidant de son épaule pour la décoincer. Sans me jeter un regard, elle pénétra dans la pièce et enleva sa cape avant de la laisser tomber négligemment sur le lit défait qui trônait au milieu de la pièce.

- La salle de bain est là, dit-elle en m'indiquant une porte.

Je me dirigeais vers la pièce indiquée, plongée dans le noir. Je promenais ma main le long du mur pour trouver l'interrupteur quand une voix derrière moi me surpris.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je cherche l'interrupteur, dis-je le plus normalement du monde comme ci sa question n'avait pas de sens.

Héloise me regarda comme si j'étais folle.

- Ca fait longtemps que nous n'avons plus ce luxe tu sais, le peu de lampes dont nous disposons se rechargent avec l'énergie solaire, me répondit-elle.

Elle me tendit une combinaison noire et une paire de chaussures de la même couleur. Puis, elle frotta deux allumettes l'une contre l'autre et alluma une bougie qu'elle posa sur la cuvette des toilettes, fermée.

- Dépêche-toi de faire ta toilette avant qu'elle ne soit totalement fondue car je n'en allumerais pas d'autre. La parcimonie est un de mes mots favoris.

Sur ce, elle tourna les talons et claqua la porte, me laissant seule. Je restais plantée au milieu de la pièce, devant le miroir qui me renvoyait le reflet d'une silhouette toute anguleuse. Je me rapprochais et passais mes mains le long de mes joues et de mon menton. De moi, il ne restait plus rien. Je posais mon regard sur la bougie qui avait déjà pas mal diminuée. J'entrepris donc de retirer mes vêtements sales, si je pouvais encore appeler ces vieux bouts de tissus ainsi. Je les jetais ensuite dans un coin de la pièce, sombre et pénétrais dans la douche. L'eau qui s'abattit sur moi était gelée et m'arracha un petit cri de surprise. Moi qui m'attendais à passer un petit moment de détente, s'était raté. Je me dépêchais de savonner mon corps avant de passer à mes cheveux emmêlés et tout graisseux. J'étais heureuse qu'il ne fasse pas clair pour ne pas voir la couleur que prit l'eau à cet instant. Je ne me rappelais même plus de la dernière fois que je m'étais lavée. Je devais être repoussante.

J'avais presque finis de rincer mes cheveux quand la lumière de la bougie vacilla avant de s'éteindre, me laissant dans une obscurité totale. Je fermais le jet d'eau et attrapais une serviette, posée sur le rebord du lavabo. Je m'essuyais du mieux que je pus avant d'essayer de remettre la main sur mes vêtements. Je me cognais sur le bord de la cuvette avant de les trouver. Victorieuse, je les dépliais et à tâtons, je tentais d'enfiler la combinaison. Après un nombre incalculé de tentatives, je réussi enfin à la mettre. J'essorais mes cheveux et me dirigeais vers la porte que j'ouvris. Héloïse était assisse sur son lit et aiguisait ses couteaux. Lorsqu'elle remarqua ma présence, elle me fit signe de la rejoindre et de m'asseoir devant elle, sur le sol. Je m'exécutais même si je ne voyais pas vraiment où elle voulait en venir. Mon chef regroupa mes cheveux qu'elle attacha ensemble.

- Tu tiens à tes cheveux ? me demanda-t-elle à brûle point.

- Oui, pourquoi ?

- Ne regarde pas alors, me dit-elle avec une note d'amusement dans la voix.

Sans prévenir, elle donna un gros coup de ciseaux dedans et je sentis mes mèches de cheveux tomber sur le sol autour de moi.

- Ils étaient trop emmêlés et trop longs surtout, m'expliqua-t-elle. Ils n'auraient fait que t'embêter.

Je me retournais vers elle et contemplais ses cheveux noirs coupés au carré qui entouraient son visage basané et allongé. Je passais une main dans mes cheveux et défis le lien qui les retenait. Héloïse n'avait pas hésité à les couper de sorte qu'ils m'arrivaient maintenant à peu près aux épaules alors qu'il y a encore quelques secondes, mes cheveux m'arrivaient dans le bas du dos. Je la fixais interloquée.

- Tu me remercieras au combat, me dit-elle en me faisant un clin d'œil qui n'avait pourtant rien d'amical.

Je ne répondis rien et me relevais. Je frottais mes vêtements pour les débarrasser de saletés imaginaires et ainsi ne pas m'encombrer à lui répondre.

- Cette nuit, tu te reposes et par la même occasion, moi aussi. Je vais te trouver une chambre habitable pour t'avoir à portée de main comme cela je pourrais te surveiller, me dit-elle.

- Super ! lâchais-je ironiquement.

Mon chef me jeta un regard noir que je lui rendis automatiquement. Je la suivis dans le corridor. Elle marchait d'un bond pas, passant devant plusieurs battants sans s'arrêter jusqu'à ce que nous arrivâmes devant une porte qui pendait sur ses gonds et qui s'apprêtait à lâcher prise.

- Je pense que c'est la seule pièce qui reste de libre, désolée.

Elle s'empressa de faire demi-tour, me laissant plantée là, devant le taudis qui était censé me servir de logement. J'avalais ma salive avant de pénétrer dans la pièce. Le ménage n'avait pas été fait par ici, c'était certain. J'avais beau chercher, je ne trouvais aucun centimètre carré qui soit emprunt de poussière. La mort dans l'âme, je décidais que j'aurais le temps de nettoyer par la suite et, fatiguée, je me laissais tomber sur le lit, muni d'un matelas. Un nuage de poussière s'éleva autour de moi alors que je le touchais. Je fus prise d'une terrible quinte de toux et je n'arrivais pas à m'en débarrasser. Pliée en deux, je me dirigeais vers la fenêtre et m'arcboutais contre la poignée pour réussir à l'ouvrir, en vain. A quatre pattes, je me trainais dans le couloir pour retrouver de l'air plus pur. Ma toux se calma enfin, me laissant hors d'haleine. Soudain, une main se tendit au-dessus de moi. Je relevais mon visage pour voir à qui elle appartenait et me retrouvais face à Thois.

- Un problème ? me dit-il en souriant de manière espiègle.

Je saisis sa main et me relevais. Le garçon passa sa tête dans la pièce et ressortit aussitôt.

- Je vois que l'on t'a refilé la chambre maudite, plaisanta-t-il.

Je ne pris pas la peine de lui répondre et soupirai.

- Héloïse n'est pas très sympathique, hein ? Ne t'en fais pas, elle se lassera de toi avec le temps.

- C'est bon à savoir, dis-je.

L'adolescent resta planté là me regarder, le regard brillant d'humour, avant d'entrer dans ma chambre et de se diriger vers le battant qu'il ouvrit presque sans forcer.

- La première chose à faire quand on nous attribue cette pièce, me dit-il, c'est d'ouvrir la fenêtre et après de se jeter sur le lit.

- J'en prends note, dis-je en attendant qu'il sorte de la pièce pour rentrer.

Thois m'offrit un grand sourire aguicheur en passant à côté de moi. Je le regardais rejoindre ses appartements et fermer sa porte, un luxe de tranquillité que je ne pouvais pas m'offrir. Je m'accoudais à la fenêtre avant de me tourner vers le lit et de relever mes manches. Je retournais le matelas et rejoignis le battant en attendant que les saletés retombent. Puis, je me dirigeais à nouveau vers le lit et me couchais précautionneusement dessus. Ce côté-là était plus propre et je pus enfin fermer les yeux.


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