Chapitre 70

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Lorsque la clarté de la lune daigna me faire l'honneur de sa présence, je me dépêtrais de sous mes draps et m'étirais avant de me lever d'un bond. Mes membres étaient ankylosés par les heures de sommeil perdues mais j'étais heureuse de pouvoir enfin passer à l'action au lieu d'attendre un ennemi qui prenait un malin plaisir à me faire patienter. Ma lampe de poche dans une main et mes armes dans l'autre, je sortis dans le corridor en retenant un bâillement. Au même moment, plusieurs portes s'ouvrirent à l'unisson et des garçons déjà tout habillés me rejoignirent. Thois était de ceux-là. Ils vinrent me saluer avant de se diriger vers leur garde-manger d'une démarche nonchalante. Un garçon vint m'apporter un sachet de raisins secs que je m'empressais d'ouvrir pour sustenter mon estomac. Lorsque je relevais les yeux, je remarquais que le couloir s'était rempli et que plusieurs paires d'yeux me regardaient en attente d'un ordre émanant de ma personne. Je déglutis et me mis à réfléchir à toute vitesse. La crypte avait été saccagée et il ne nous restait plus que l'immeuble pour nous entraîner.

- J'ai comme l'intuition que le combat est imminent. Il est donc impératif que nous nous entrainions au plus vite. La crypte étant hors d'usage, il faut absolument déblayer l'étage supérieur afin de poursuivre les entraînements. Tout le monde est donc mobilisé pour cette tache. D'autres questions ?

Les membres de l'armée se mirent en mouvement et se dirigèrent vers l'escalier, entraînant la lumière avec eux. Il ne restait plus que trois lampes torchent, restées immobiles devant moi. Je reconnus immédiatement Brian, Dann et Héloïse. Cette dernière se tenait près de son entraineur et sa posture reptilienne ne me plût pas du tout. Cependant, Dann et moi nous étions séparés sur de très mauvaises bases à la tombée du jour et je m'abstins donc de faire un quelconque commentaire. A la place, je pris une voix dure dénuée d'émotions et m'adressais à eux comme à de parfaits étrangers.

- Y a-t-il un problème ?

Les garçons ne me répondirent pas et ils passèrent à côté de moi, frôlant les murs pour ne pas m'approcher, et rejoignirent leurs hommes à l'étage. J'entendis leur pas lourd les éloigner de moi. Mal à l'aise, je dirigeais mon vaisseaux lumineux vers mon ancienne dirigeante et lui lançais un regard interrogateur. Je vis un sourire mesquin apparaître sur ses lèvres et je dû serrer les poings pour m'empêcher de lui casser la figure. C'est donc les dents serrées que je lui répétais la même question. Sa réponse me fit l'effet d'une douche froide.

- Non, tout va bien. Je dirais même que tout marche comme sur des roulettes. Dann est un capitaine aussi autoritaire que séduisant.

Sur ces mots, elle passa à côté de moi et me bouscula en roulant exagérément des hanches. Je restais debout au milieu du couloir, ruminant ma rage et mon dégout. Une fois calmée, j'entrepris à mon tour de rejoindre l'équipe mais je sentis une petite main se poser sur mon bras. Surprise, je me retournais et aperçus Madeline qui me regardait d'un air interrogateur avec ses grands yeux bleus.

- Y a-t-il un problème mon ange ? demandais-je en me mettant à sa hauteur.

- Qu'est-ce que je fais moi pendant que vous jouez à la bagarre en haut ?

Ses propos enfantins me firent rire. Si seulement il ne s'agissait que d'un jeu ! Malheureusement, le but de ces entraînements était tout autre. Je réalisais soudain que ma petite protégée était bien vulnérable, trop vulnérable.

- Tu peux venir avec moi à l'étage si tu veux Madeline. Tu observeras comment nous nous battons et à la fin de la séance, tu me montreras ce que tu auras retenu, tu es d'accord ?

Je n'étais pas partisane de cette idée. Montrer l'étendue de nos combats, la violence dont nous faisions preuve, à une enfant aussi fragile me répugnait. Je me souvins soudain qu'elle avait assisté à la mort atroce de son frère ainé et je me pris d'imaginer la fillette à sa place. Des frissons me parcourent le corps à cette pensée. Il était hors de question que je laisse un drame comme celui-ci éclater. Pour éviter qu'une telle chose se produise, il fallait que j'offre les meilleurs entraînements possibles à ma petite protégée, au risque de la choquer. Ce fut donc avec soulagement mêlé d'anxiété que j'entendis Madeline accepter ma proposition. Elle glissa sa menotte dans la mienne en m'offrant un magnifique sourire. La confiance qu'elle m'accorda m'alla droit au cœur. Je gravis les escaliers sans la lâcher. Lorsque j'arrivais à l'étage, tout le monde était déjà au travail et le désordre, encombrant encore quelques heures plus tôt la pièce, avait été repoussé dans les coins, laissant un espace suffisamment grand pour pouvoir s'entraîner sans se bousculer. Ravie, je demandais à mon groupe de me rejoindre et mes deux compères firent de même. Nous divisâmes la salle en trois parties équitables avant de débuter la séance. Madeline prit place dans un coin de la pièce, celui se trouvant le plus près de moi, afin de ne pas entraver nos mouvements tout en restant aux premières loges. Je lui offris un clin d'œil complice avant de reporter mon attention sur mes hommes.

- Pour commencer, je vais vous demander de poser vos armes à terre afin d'éviter de blesser quelqu'un par mégarde.

Mes hommes ôtèrent leurs poignards de leurs poches sans rechigner puis me regardèrent, attendant la suite.

- Bien, qui se porte volontaire pour me servir de partenaire le temps d'expliquer l'exercice ?

Thois joua des coudes pour me rejoindre mais je lui fis signe, le plus discrètement possible, que je ne voulais pas de lui. Je parcouru la foule à l'aide de ma lampe et discernais le visage impassible d'un de mes kidnappeurs. Un sourire naquit sur mon visage et c'est d'une voix amusée que je demandais à ce dernier de me rejoindre. L'homme releva la tête et soutint mon regard avant de s'avancer dans ma direction. Ma confiance se retrouva vite ébranlée lorsqu'il s'arrêta devant moi et que je remarquais qu'il faisait au minimum deux têtes de plus que moi. Sans me laisser déstabiliser, j'ordonnais à mes hommes de ne pas quitter notre duel des yeux afin de noter les attaques et défenses que nous emploierons. Une fois sûre qu'ils allaient m'obéir, je me retournais vers mon adversaires et lui intimais d'ouvrir le bal. Il se débarrassa de sa chemise, trop serrante pour lui, et la laissa tomber sur le sol avant d'étirer ses muscles de manière décontractée. Il paressait bâti comme un mur de briques et son torse, à lui seul, prouvait sa puissance. Ses biceps étaient très intimidants. J'avalais difficilement ma salive avant de lui ordonner de commencer le duel, encore une fois. Aucune réaction ne s'afficha sur son visage lorsqu'il s'élança vers moi, comme si ce genre d'exercices était quelque chose d'habituel. Je tressaillis en le voyant entrer en action, tel un fauve fonçant sur sa proie.


L'armée du zénithDes histoires addictives. Découvrez maintenant