Chapitre 29

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Lorsque je sortis les armes que j'avais cachées dans mes poches et que je les posais sur la table, une série d'applaudissements envahie la salle. Je ne leur prêtais pas attention. Je n'étais pas un héros, juste une fille qi passait son temps à survivre. Je jetais un coup d'œil par-dessus mon épaule au moment où Dann passait le seuil de la pièce. Il fit comme si j'étais transparente, posa sa trouvaille sur la table avant de tourner les talons. Nos regards se croisèrent une fraction de seconde et je pus voir que ses prunelles n'étaient plus que deux blocs de pierre, infranchissables. Alors que j'ouvrais la bouche pour parler, les yeux de l'assistance braqués sur moi, mon ami claqua vulgairement la porte de la chambre qui lui avait été attribuée. Je mordis ma lèvre inférieure et une goutte de sang s'échappa de la blessure minime que je m'infligeais. Je reposais mon regard grave sur le groupe. Je remarquais un garçon appuyé sur des bouts de bois, faisant office de béquilles, à l'autre bout de la pièce.

- Jeson, contente de te revoir sur pied ! dis-je en lui adressant un sourire forcé. Où est Mavis ?

Le regard du garçon se ferma automatiquement et je compris tout de suite que la guérison de ce dernier ne c'était pas bien déroulée. La voix chevrotante de Clarissa confirma mes propos.

- Il est mort. Il m'a sauvé et il en est mort. Tout est de ma faute.

Je traversais les quelques mètres qui me séparaient de mon amie à grandes enjambées et pris son corps fragile dans mes bras sans me soucier de la douleur qui irradiait dans mon membre blessé. Elle se laissa faire et ne versa pas une larme, sans doute qu'elle n'en avait plus. Elle n'était pas faite pour l'armée, elle n'était pas faite pour côtoyer le sang, elle n'était pas apte à tuer des zombies qui autrefois étaient ses amis. Je la lâchais et me redressais avant de poser mon regard sur l'assemblée. De nouvelles têtes apparaissaient au milieu de celles que je connaissais déjà. Les autres rescapés avaient donc réussi à nous rejoindre, c'était une bonne chose. Le vétérinaire intercepta mon regard et prit la parole.

- Beaucoup de personnes n'ont pas répondu à notre appel, serait-il possible d'attendre encore un peu, au cas où ils viendraient en retard ou s'ils rencontraient des difficultés ?

Je voulais partir immédiatement, ne pas perdre une seconde mais j'aurais été incapable de parcourir ne fus-ce qu'un kilomètre dans mon état. J'acceptais donc, à contre cœur, et me détournais pour aller piquer un petit somme sur le matelas. Des chuchotements choqués se firent entendre alors que je leur tournais le dos et la voix du vétérinaire s'éleva.

- Vous perdez beaucoup de sang à l'épaule, il faut absolument soigner ça !

Je lui répondis par un vague signe de la main sans cesser de m'éloigner. J'en avais marre de leur cacher la vérité, marre de faire semblant d'être comme tout le monde.

* * * * * * * *

Je n'arrivais pas à fermer l'œil malgré la fatigue qui m'assommait. J'avais assisté à trop d'horreur pour pouvoir rêver normalement. Je ressentais des picotements dans mon bras droit et dans mon épaule. Je n'avais pas besoin de points de suture, juste de minutes de sommeil, hélas, c'était trop demander. Rester couchée là, à ne rien faire, ne servait pas à grand-chose. J'étirais mes muscles douloureux et me levais. A cet instant, quelqu'un porta un coup dans le mur de ma chambre. Je m'approchais du bruit et c'est là que je me rendis compte que la chambre de Dann se trouvait à cet endroit. Je posais ma joue contre le mur ainsi que la paume de ma main. Une nouvelle secousse parcourue la surface en béton et se propagea dans mon corps. Je fermais les yeux et restais là sans bouger, à me prendre des coups de poing par le biais d'un mur car je les méritais, ils m'étaient destinés. Une larme roula le long de ma joue. J'avais l'art de faire souffrir tous ceux qui m'aimaient, l'art de détruire tout ce que je côtoyais.


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