Chapitre 44

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Le paysage changeait au fur et à mesure que nous nous rapprochions de la sortie de la ville. Les immeubles laissaient place à des habitations moins hautes et à des espaces verts laissés à l'abandon. Depuis que nous avions quitté l'hôtel, j'avais dû tuer trois ou quatre zombies qui essayaient de nous tendre une embuscade mais jusqu'ici, tout se passait plutôt calmement pour mon plus grand soulagement.

- Thelia, regarde... Nous avons réussi ! s'écria Dann tout sourire.

Sa voix me sortit de mes pensées et je fixais moi aussi l'horizon qui s'étendait à présent devant nous. Notre petit groupe se trouvait face à une immense ligne de goudron appelée autrefois route. D'ici, nous pouvions distinguer les carcasses de voitures éparses qui jonchaient l'espace par endroit. La vue de ce paysage dévasté même au-delà de nos frontières me mit la chair de poule. Et si nous n'étions à l'abri nulle part ? Si les mutants étaient partout ? Le seul moyen de le savoir était de continuer à avancer.

J'avais l'impression de faire du sur place, j'avais la sensation que rien n'avançait. Pourtant, nous nous trouvâmes bientôt à la hauteur du dernier bâtiment et je pus poser ma paume sur la façade de ce dernier dans un élan de nostalgie. Au-delà de ces murs, c'était l'inconnu. Tout ce que je connaissais était ici, sous mes pieds.

Les garçons s'arrêtèrent un peu plus loin, voyant que je ne les suivais plus et me fixèrent comme si j'étais folle. J'allais très bien. J'étais juste humaine et je ressentais des sentiments, rien de plus. Je leur souris pour les rassurer et me remis à marcher. Je dépassais bientôt la pancarte bringuebalante sur laquelle était inscrit le nom de notre ville et n'y jetais qu'un coup d'œil distrait. A présent, mon avenir était ailleurs, vers un endroit meilleur, du moins j'espérais qu'il le serait.

Notre petit groupe se remit en marche, d'un même mouvement. Les semelles de nos chaussures toutes usées claquaient en rythme contre le macadam qui recouvrait le sol et ce son m'arracha un sourire. Nous avions réussi ! Nous étions sortis de la ville, moins nombreux que je ne le pensais au départ, mais en groupe quand même.

* * * * * * * * *

Cela faisait une éternité que nous marchions sans que quelque chose ne change dans le paysage. Tout était calme et à l'abandon. Les lampadaires qui bordaient l'autoroute ne fonctionnaient plus depuis une durée indéterminée et même la route, dégradée, partait en miettes par endroit. Le ciel commençait à s'obscurcir et la fatigue se faisait à présent durement ressentir dans mes membres endoloris. Je jetais un regard aux garçons pour voir ce qu'il en était d'eux mais leurs visages respiraient l'euphorie de l'aventure et leur démarche n'avait pas changée. Ils portaient toujours Délila et Madeline sur leur dos sans faiblir alors que moi j'avais du mal à traîner ma carcasse. Je trébuchais sur un morceau de bitume détaché et je ne pus éviter de me casser la figure. Aussitôt, Brian déposa doucement Madeline sur le sol et me rejoignit avant de me tendre la main pour m'aider à me relever.

- Tu n'en peux plus, nous n'allons pas tarder à nous arrêter pour la nuit mais j'aimerais que l'on continue jusqu'à ce que l'obscurité se soit totalement installée. Tu t'en sens capable ?

Je saisis sa main dans la mienne et me remis sur pied. Je frottais nerveusement mon pantalon, pour enlever la poussière et la crasse qui s'y logeaient, avant de lever les yeux vers lui.

- Nous marcherons aussi longtemps qu'il le faudra, ne vous occupez pas de moi.

Brian acquiesça avant de se remettre à avancer en tenant la fillette par la main cette fois. Cette dernière se retourna et m'offrit un sourire las et fatigué avant de se mettre à marcher aux côtés de Brian. Je le suivis obstinément et jetais un coup d'œil à Délila qui était aussi blanche que si on lui avait recouvert le visage de farine. Je me mordis la lèvre. Si nous ne refermions pas sa plaie tout de suite, elle pourrait ne pas survivre. Cependant, la jeune fille me regarda et je décelais une détermination farouche dans son regard. Je décidais donc que son état pouvait attendre notre prochain arrêt, qui ne trainerait pas vu la décadence du ciel.

* * * * * * * * *

- C'est bon, nous pouvons nous arrêter là pour aujourd'hui, nous avons pas mal avancé !

Je me laissais choir contre la vieille carcasse d'une voiture, haletante. Mon corps ne ressemblait qu'à une bouillie informe. Du coin de l'œil, je vis Dann asseoir sa protégée sur la banquette arrière du véhicule qui, par miracle, se trouvait au bon endroit pour nous abriter. Le garçon se dirigea ensuite vers moi et s'accroupit à mes côtés. Il prit mon menton entre ses deux doigts et posa ses lèvres à présent sèches sur les miennes.

- Tu es une championne ! me murmura-t-il au creux de l'oreille, ce qui m'arracha un faible sourire.

Madeline arriva bientôt dans notre direction en courant et c'est essoufflée qu'elle prit la parole.

- Comment va-t-on soigner Délila ?

A ces mots, Brian s'approcha de nous et son regard se ferma lorsqu'il remarqua notre proximité à Dann et à moi. Je fis mine de l'ignorer.

- J'ai réussi à emporter une boîte d'allumettes, du fil et une aiguille. J'étais sûr que nous en aurions besoin.

Mon visage s'éclaira à ces mots et je me remis debout avant de le prendre dans mes bras.

- Brian, tu es un géni ! m'exclamais-je en m'emparant du matériel limité que le garçon sortait de sa poche.

Je contournais le véhicule immobile pour trouver Délila pleine de sueur, les yeux vitreux et la respiration laborieuse.

- Tiens bon, le plus gros est dernière nous, je ne te laisserais pas flancher maintenant !

Je grattais l'allumette sur le côté de la boîte et brulais le bout de l'aiguille pour la désinfecter. Délicatement, je glissais le fil dans le chat de l'aiguille et respirais un bon coup avant d'appeler les garçons. Sans que j'aille à leur dire, ils sortirent l'adolescente du véhicule et la déposèrent sur le sol avant de se positionner chacun d'un côté pour la maintenir. A présent, c'était à moi d'intervenir...


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