Chapitre 45

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J'observe à nouveau cette cicatrice sur ma poitrine et mon cœur se serre [...] Depuis ce fameux soir, depuis que j'ai été marqué, je n'ai jamais eu autant honte de mon corps, honte de moi et de celle que j'étais.


Bien que mon corps ait largement de quoi faire des envieuses, depuis ce soir où tout a changé, je n'ai laissé personne le voir.

Je me suis enfermée tout l'été dans un maillot une pièce qui ne laissait pas apercevoir les cicatrices qu'il m'a laissé, qu'ils m'ont laissé.

Après avoir terminé mon année scolaire seule, coupée de tous, j'ai fini par recommencer à mener une vie normale en rencontrant Gabrielle.

Lorsque mes parents ont décidé d'emménager dans la maison qui faisait face à la sienne, elle est entrée dans ma vie et a bouleversé tout mon petit monde. Elle ignore ce qu'il m'est arrivé, ce que j'ai fait et celle que j'étais. Tout ce qu'elle sait, c'est que j'avais besoin d'être sauvée et elle l'a fait.

Très peu de temps après, alors que je recommençais tout juste à mettre les pieds hors de chez moi et tentais, grâce à l'aide de Gabrielle de mener une vie normale, j'ai rencontré Béatrice.

À elles deux, elles ont réussi à me redonner goût à la vie. Ces petits rayons de soleil ont éclairés mon monde qui n'était plus que noirceur, colère, remords et tristesse.

Réapprenant doucement à vivre, j'ai eu quelques copains ou plutôt quelques flirts mais je n'ai jamais été plus loin et souvent, ce n'était pas l'envie qui manquait mais la honte du corps qui était le mien.

J'avais honte de ces marques qui étaient là pour me rappeler à chaque instant ce que j'avais fait, quelle genre de personne je pouvais être et tout le mal que j'avais causé.

Avec Adrian c'est différent, j'étais prête à le laisser me toucher, prête à le laisser me découvrir toute entière hier soir, et c'est toujours le cas aujourd'hui.

Néanmoins, je ne pense pas avoir le courage de lui expliquer le pourquoi de ces cicatrices, ce serait trop, beaucoup trop douloureux.

J'enfile une petite robe noire aux fines bretelles moulante qui marque ma taille et part en évasé à la manière d'une jupe patineuse mais relativement courte puisqu'elle m'arrive à mi cuisse.

Un dernier regard dans le miroir, j'attrape mon sac, mon téléphone et quitte mon domicile à la fois excitée et stressée par ce que je m'apprête à faire.

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J'arrive devant la grande entrée de sa résidence et un octogénaire qui rentrait chez lui, son journal à la main, me laisse entrer. Je le gratifie d'un sourire et monte dans l'ascenseur.

Plus je vois les numéros défiler et plus les battements de mon cœur s'accélèrent.

Ça y est. J'y suis.

Devant la porte de son appartement, je repasse les plis de ma robe, me recoiffe nerveusement, inspire un grand coup et me décide à enfin appuyer sur la sonnette.

La porte s'ouvre quelques secondes plus tard sur un Adrian encore endormi et seulement vêtu d'un bas de jogging. Visiblement surpris de me trouver devant sa porte, il n'a pas dû écouter ses messages.

Je m'approche de lui pour l'embrasser mais il recule.

- Qu'est ce que tu veux?

Il n'a jamais utilisé de voix aussi rude avec moi jusqu'alors.

- Hum... En arrivant, je voulais te voir, mais là je serai plutôt tenté de répondre "comprendre pourquoi t'es d'une humeur de chien".

- T'étais où hier soir ?

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