54. Que le temps s'arrête

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Déjà remplie d'émotions par le poème, j'en oubliais presque le petit mot de fin.

"Je t'aime pour nos moments passés ensemble pour ce que tu me fais ressentir, cette complicité que l'on a naturellement. Je t'aime pour cette façon que tu as de me regarder qui me fait me sentir importante. Je t'aime pour toutes les fois où tu m'as aidé, même sans t'en rendre compte. Je t'aime et quand mon cœur s'affole, je sais que je t'aime vraiment. Je t'aime parce que tu ne m'as jamais jugé et que je sais que tu ne me jugeras jamais. Je t'aime et je veux te le répéter, tous les jours s'il le faut. Je t'aime et je sais que je serais une personne différente sans toi. Je t'aime et c'est niais, mais ça m'importe peu. Parce que je t'aime et je veux t'aimer encore plus.."

Son mot finit de m'achever. Je perdis toute notion de parole, de mots, j'étais juste perdu dans les siens. Je ne saurais même pas décrire ce que cela me faisait ressentir. Et comme il n'y avait pas de mots, je laissai mes larmes s'exprimer à ma place. Je ne cherchais plus à les retenir, et elles ne tardèrent pas à tracer leur chemin sur mes joues. Et pour la première fois, je n'avais pas honte de pleurer, je ne voulais pas me cacher. Au contraire, je voulais montrer aux filles à quel point j'étais émue par leur cadeau.

— Gwen... souffla Séverilla.

Je fus prise de soubresaut, et bientôt, les filles m'entourèrent dans leur bras et je savourai leur étreinte.

— Merci... c'est le meilleur cadeau que j'ai jamais eu... Je vous aime tellement...

Les filles me serrèrent un peu plus fort, et nous restâmes ainsi un long moment, durant lesquelles j'essayais de leur partager mon amour pour elles à travers mes larmes.

***

— A lundi ! Pas trop bêtises les amoureuses, hein ! fit Allissia.

Je lui claquai la porte au nez pour l'empêcher de continuer et son rire résonna dans le couloir avant de s'éloigner. 

Puis, je retrouvai Séverilla, désormais seule dans ma chambre. Elle devait avoir prévu qu'on finisse la soirée seule, car je venais d'apprendre qu'elle avait demandé au fille de partir plus tôt, chose qu'elles avaient accepté avec grand plaisir, surtout Allissia, sans surprise. Je ne doutais pas en revanche qu'elle nous sauterait dessus pour connaître tous les détails dès que l'on se verrait. 

Je pris place à côté de Séverilla. Ses joues demeuraient rougies, mais le simple fait d'être seule l'aida à reprendre contenance, et elle n'avait aucun mal à soutenir mon regard.

— J'ai vraiment été touché par le mot que tu as écris... Je crois que... je commence à apprécier cette façon que tu as de me faire me sentir importante.

Elle me sourit tendrement, les yeux légèrement brillants.

— J'en suis heureuse... Parce que tu es vraiment importante pour moi.

Elle passa sa main sur ma joue, et mon souffle se coupa. Elle était vraiment proche à présent. Et j'avais beau avoir essayé de l'embrasser quelques semaines plus tôt, j'en venais à avoir peur de réduire la distance qui nous séparait. Pourtant, je bougeai tout de même. Encore un peu. Ce n'était plus qu'une question de millimètre...

— Gwen... Je t'aime... Je t'aime tellement. Je voudrais te le répéter à l'infini pour te transmettre ne serait-ce qu'une infime partie de mon amour.

Je ne sus quoi répondre à cette déclaration. Lire son mot était une chose, mais l'entendre me dire ce type de phrase que je n'aurais jamais pensé recevoir m'emplissait d'une douce chaleur.

— Est-ce qu'on peut s'embrasser maintenant ? soufflai-je.

— Je n'attends que ça...

Sur ces mots, elle fondit sur mes lèvres. D'agréables frissons me parcoururent le corps et je n'osai pas bouger, par peur de rompre l'instant. Mais finalement, je finis par poser une main sur sa hanche afin de coller un peu plus son corps contre le mien, alors que l'autre main vint trouver celle que Séverilla gardait posée sur le lit.

Plus rien n'existait autour de moi. A cet instant, c'était vraiment comme si le monde était en pause, et je me mis à rêver de voir le poème de Séverilla se réaliser.

Lorsque Séverilla s'éloigna, je retrouvai contact avec la réalité et fus presque surprise de constater que ma chambre nous entourait. 

C'était trop court...

Je lâchai sa main pour la poser du côté libre de sa hanche, glissant sur son dos pour l'approcher un peu plus, jusqu'à ce que nos poitrine se touchent, et me replongeai sur ses lèvres qui m'accueillirent avec joie. Son autre main vint caresser ma mâchoire, puis mon cou, avant de se perdre dans mes cheveux. Chacun de ses mouvements me procurait de nouveau frissons et j'en devins rapidement accro. 

— Gwen ! Le père de Séverilla est là !

Aussi brutal et douloureux qu'un réveil qui sonnait dans le plus beau des rêves, la voix de maman brisa cette bulle trop fragile. 

Séverilla jeta un œil sur son téléphone.

— Il est venu tôt...

Je lui jetai un regard rempli d'amertume, alors que la voix forte de son père qui parlait avec maman résonnait jusqu'ici. Séverilla me répondit, l'air désolée, puis se leva, me forçant à retirer mes mains de son dos, comme si notre étreinte, notre baiser, n'avait jamais existé. 

J'essayai d'ancrer la sensation de ses lèvres sur les miennes, mais comme tous ses baisers, elle s'était déjà envolée.

Je regardai alors Séverilla remettre ses chaussures, avec l'horrible sentiment que je n'allais plus la revoir. C'était faux, mais ce départ fissurait mon cœur qui demandait encore un peu plus d'amour.

Alors, avant qu'elle n'ouvre la porte, j'encadrai son visage pour m'emparer une dernière fois de ses lèvres. Mais c'était bien trop court...

— Je comprends ce que tu voulais dire quand tu parlais de vouloir te poser pour prendre notre temps... Je n'ai pas envie que tu partes...

Elle prit mes mains dans les siennes, et m'offrit un doux sourire qui me fit fondre.

— Moi non plus, mais il le faut bien... On se retrouve lundi.

Elle s'approcha pour embrasser le bout de mon nez, puis, après une petite hésitation, passa furtivement sur mes lèvres. Elle lâcha ensuite mes mains pour quitter ma chambre et rejoindre son père.

Je m'appuyai dans l'encadrement de la porte et la regardai partir avec regret, mais aussi avec hâte de la retrouver. 

Séverilla...

Je me redressai subitement, me souvenant d'un détail, et lui courrai après alors qu'elle était déjà sur le pas de la porte. Je lui pris le bras afin de la retenir, et, posant une main sur son dos, m'approchai de son oreille pour qu'elle seule m'entende.

— Moi aussi... je t'aime...

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