68. Un joli sourire

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Je refermai la porte derrière moi, sans vraiment réaliser que j'étais déjà rentrée. J'avais dit aux filles que j'allais isoler la partie d'Illyana, et même si je la gardais tout de même, le simple fait de la séparer me brisait le cœur. Mais je me voyais mal refuser la proposition d'Allissia sans cela, et que les filles prennent du temps pour refaire un carnet avec juste leur partie était encore pire. Au moins, je leur faisais économiser du temps, c'était déjà cela.

Prendre du temps aux autres était l'une des choses que me reprochait Illyana. Alors peut-être que si je travaillais là dessus, j'arriverai à lui montrer que j'étais devenu une meilleure personne et à la convaincre de revenir.

Une raclement de gorge me tira de mes pensées et je me figeai en découvrant que maman se tenait devant moi, bras croisés. Non... non, pas ça...

— J'ai laissé passer une fois et je t'ai laissé la chance de te rattraper. Mais j'en ai assez que malgré tous mes efforts pour te rendre heureuse, tu fasses exprès de te pointer devant moi la mine triste parce qu'il semblerait que tu prennes un malin plaisir à me provoquer.

Je voulus ouvrir la bouche pour la contredire, mais aucun son ne sortit, comme si ma voix n'avait jamais existé. Je ne pouvais que rester figée face à son sourire et ses yeux ronds.

Son regard se dirigea vers la cuisine et son sourire s'élargit. Par réflexe, j'esquissai un mouvement de recul. Inutile. Elle m'agrippa l'oreille et me tira jusqu'à la cuisine ignorant mes gémissements de douleur, puis me jeta par terre.

Je me rattrapai tant bien que mal sur les coudes dans une grimace, et me hâtai de me tourner vers maman. Je n'avais pas encore levé les yeux que le son métallique d'un couvert quittant ses frères me pétrifia.

— Mais ce n'est pas grave, tu ne pourras plus me provoquer. Je vais te dessiner un joli sourire. Ne bouge pas.

Elle s'agenouilla et m'attrapa la mâchoire d'une main, l'autre tenant le couteau.

Bercé par les coups de mon cœur, je perdis le contrôle de mon corps et balançai mes jambes dans son ventre. Maman se cogna la tête contre le meuble derrière elle. La poignée lui fit une coupure à l'épaule droite.

Je demeurai sur le sol, paralysée, comme si j'étais sonnée à sa place.

Maman ne mit pas longtemps à reprendre ses esprits et rattrapa le couteau. Ce geste suffit à me réveiller, et je me ruai sur la porte, l'ouvrit et courus le plus vite possible.

J'osai un regard derrière moi, plus pour me rassurer. Sauf que maman me poursuivait. Et elle avait dû cacher le couteau dans sa poche, donc de point de vue extérieur, je n'étais qu'une ado ingrate qui faisait courir sa mère.

Je ne savais pas combien de temps l'adrenaline me tiendrait en course. Je devais trouver un endroit où je ne risquais rien.

Séverilla.

Alors que son nom se dessinait dans ma tête, je me rendis compte que mes pieds m'avaient naturellement mis sur son chemin. Maman s'en rendrait peut-être compte et choisirait de faire demi-tour. Je l'espérais. Ou alors je m'effondrerai avant d'arriver à destination.

Je n'osai même plus regarder l'écart qui se réduisait. J'accélérai autant que mes jambes le pouvaient encore. Mes poumons en feu ne demandaient qu'un peu de repos. Je n'en pouvais plus...

Je ne tiendrai plus très mongtemps, je ne pouvais plus qu'espérer arriver chez Séverilla à temps, et surtout, que cette dernière ait le temps de m'ouvrir.

Je devais semer maman.

Au dernier moment, je tournai dans une ruelle, puis dans une autre, et encore une autre. Je m'assurai que maman n'était pas juste derrière moi, me réfugiai dans un immeuble dont la porte d'entrée était ouverte et refermai derrière moi. Puis, j'empruntai les escaliers, me cachai dans un coin, l'oreille tendue.

Dans le couloir silencieux, seule ma respiration que je ne parvenais pas à calmer se faisait entendre. 

Enfin au repos, j'avais l'impression de m'étouffer avec l'air et prenait sur moi afin de me retenir de tousser pour ne pas attirer l'attention.

Je demeurai ainsi, immobile, comme si le moindre mouvement pouvait indiquer ma position. Ma respiration finit par retrouver un rythme normal, et je manquai de m'endormir, épuisée par ma course.

Trop prudente, j'attendis encore, le plus possible. Puis, lorsque mes jambes devinrent du coton, je me décidai à bouger. je me levai avec lenteur et grimaçai à cause de la sensation désagréable.

Après quelques minutes, je m'aventurai dans les escaliers à pas de loup. Il n'y avait pas de raison que maman n'entre que maintenant, et personne n'était entré ou sorti après moi. Cependant, j'imaginai toujours les pires scénarios.

Heureusement, je ne vis personne à l'entrée. Je laissai dépasser ma tête afin de regarder de partout. Le pire était de ne pas savoir si maman était rentrée, si elle me cherchait toujours, ou... le pire, qu'elle ait effectivement compris que je me rendais chez Séverilla et m'y attendait.

Merde... Je n'y avais pas pensé...

Je me mordillai l'ongle du pouce. Je n'étais toujours pas sorti de l'immeuble, appréhendant bien trop la suite.

Je fourrai ma main dans ma sacoche pour envoyer un message à Séverilla, mais il n'était pas là. Je l'avais oublié sur le lit d'Allissia ! Je m'en souvenais maintenant. Au moins, cela me garantissait que maman ne pouvait pas me géolocaliser. Ou bien, elle l'avait fait et s'était rendue chez Allissia. 

Et même si elle avait quand même compris que j'irai chez Séverilla d'une façon ou d'une autre, maman était très peu allée chez elle, et c'était toujours en voiture. Il y avait donc peu de chance qu'elle ait compris.

Ce n'était pas grand chose, mais si je ne voulais pas m'enfermer dans cet immeuble, je devais m'accrocher à un espoir.

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