73. Trahison

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Je me redressai subitement, la main plaquée contre la bouche. Mécaniquement, je me levai et me précipitai au salon. Papa, qui était sur le canapé, se leva en me voyant arriver, et posa une main sur mon épaule, l'air inquiet.

— Gwen ? Tu es toute pâle, qu'est-ce qu'il y a ?

Sans un mot, je tournai mon téléphone vers lui et il se pencha pour voir la photo. Ses yeux s'ouvrirent en grand et il saisit mon téléphone, manquant de m'arracher la main, zooma, et se laissa tomber sur le canapé, les yeux dans le vague.

— Ce n'est pas possible...

Il passa la main sur son visage, resta ainsi un moment, alors que moi je ne bougeais pas, ne sachant pas quoi faire ou dire.

Puis, papa prit son téléphone et appela quelqu'un. Je m'approchai, mais il se leva et fit des allers retours dans le salon. Je tendis l'oreille, le bip de la sonnerie m'apparut un peu audible. Puis, la voix du répondeur.

— Mais qu'est-ce que...

— Papa ? Qu'est-ce qui se passe ?

— Le numéro du médecin légiste qui m'a prévenu de sa mort n'est pas attribué. Ce n'est pas normal...

Mon cœur accéléra, quelle était cette histoire ? Un médecin légiste devrait appeler avec le numéro de son laboratoire, et ce n'était pas normal que le numéro ne soit plus attribué.

— Essaie le commissariat peut-être.

— C'est ce que je vais faire...

Il colla le téléphone à son oreille et reprit ses va et vient, encore plus rapide cette fois. Je dus détourner le regard pour ne pas avoir le tournis.

— Oui, bonjour. Je vous appelle car j'ai reçu un appel me disant que ma femme Magdalena Amogel est morte dans votre commissariat, mais une connaissance vient de m'affirmer l'avoir vu bien vivante. Alors je voulais savoir si... Oui... Magdalena Amogel... Pardon ? Très bien, je vois, merci pour votre réponse.

— A-alors ?

— Il n'y a jamais eu de fusillade au commissariat, et elle n'est pas enregistrée. Ta mère n'est jamais allée au commissariat.

Je m'en étais douté avec l'appel, mais je ne pus m'empêcher d'être prise de vertiges à ses mots, et de m'asseoir sur le canapé, comme papa.

— Alors... començai-je. Elle a profité de ma fugue pour partir et a fait croire à sa mort...

— Je n'arrive pas à y croire...

Papa agrippa un des cousins, et le serra si fort qu'il se déchira. Il se leva ensuite, d'un bond, passant sa main sur son visage, reprenant ses allers retours.

— Je n'arrive pas à croire qu'elle se soit faite passer pour morte ! Elle a préféré nous faire souffrir plutôt que de simplement partir ! Mais quelle... quelle...

— Gwen, tu demande à tes amies de venir ce midi, invite les à manger.

Tout en disant ces mots, il enfila ses chaussures.

— Papa ?

— Si ce charlatan s'est fait passé pour un médecin légiste, je dois en parler à la police.

Sans attendre, il partit. Je devinai qu'il souhaitait surtout prendre l'air, et malgré le fait que je le comprenais, je lui en voulais un peu de me laisser seule.

Sans grande conviction, j'envoyai le message. Elles me répondirent qu'elles viendraient.

Je lâchai mon téléphone qui tomba sur le tapis et laissai ma tête tomber en arrière. Et je restai ainsi, vidée.

***

Une main retira une mèche de cheveux de mon visage et me caressa la joue. J'ouvris les yeux pour croiser ceux de Séverilla. Sans réfléchir, le cerveau à moitié endormi, je me lovai dans ses bras. Elle glissa sa main dans mes cheveux, et j'aurais préféré m'endormir ainsi.

Mais à la place, mon corps et mon cerveau se réveillèrent, puis les souvenirs suivirent. Enfin, un nouveau sentiment fit surface, celui d'avoir été trahis. Maman disait vouloir mon bonheur, mais finalement, elle avait préféré nous quitter d'une façon aussi lâche.

D'autres bras m'entourèrent. Allissia et Séverilla avaient dû arriver ensemble. Dans un soupir discret, je me détachai de leur bras, mais elles prirent chacune une de mes mains qu'elles serrèrent pour me donner de la force.

— On peut faire une thérap'amies ?

— Bien sûr, Gwen, s'enquit Allissia. Tu veux commencer ou...

— Je crois... que j'ai besoin de commencer.

Elles hochèrent la tête, prêtes à m'écouter. Je pris plusieurs grandes inspirations, le menton tremblant. Je ne savais pas trop par où commencer. Tout ça, c'était trop d'émotion pour moi. Croire d'abord que je devais faire mon deuil, puis apprendre que ce n'était qu'un mensonge...

Je décidai alors de ramasser mon téléphone et de leur montrer les messages d'Illyana ainsi que la photo.

Elles fronçèrent d'abord les sourcils face au nom, Allissia blêmit légèrement, sûrement au fait d'apprendre qu'elle avait envoyé le message au mauvais groupe, dans la panique. Mais ce n'était rien en comparaison à la photo.

— C-c'est un fantôme ? s'enquit-elle.

Séverilla saisit le téléphone, l'air amère et en colère.

— Non, juste une très mauvaise blague. Gwen, ne la laisse pas t'atteindre, elle...

— C'est de ma faute, Gwen je suis désolée ! J'aurais dû faire plus attention au groupe auquel j'en...

Je secouai la tête et les coupai d'un geste de la main. Après une grande expiration, je rectifiai.

— Ce n'est pas une mauvaise blague. Illyana a vraiment vu ma mère en train d'attendre son avion. Elle n'est jamais morte, elle nous a mentis pour partir en douce.

— Quoi ?

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