— Tu es sûre de ce que tu dis ? demanda Séverilla.
Je leur expliquai ce qu'il s'était passé il y a à peine une heure, tout en allant dans la chambre parentale pour constater en même temps qu'elles que la plupart des affaires de maman n'étaient plus là, de façon à ce qu'en ouvrant du côté de papa, tout semble normal.
— Mais quelle genre de mère se fait passer pour morte auprès de sa famille ! Pardon, Gwen... se corrigea Allissia.
Je secouai la tête. Elle venait juste de dire à voix haute ce que je pensais tout bas. Je me demandais alors si maman pensait la même chose de moi. Quelle genre de fille fugue et inquiète ses parents pour ce qu'elle devait juger être la crise d'adolescence.
— Je ne sais pas quoi penser de tout ça, tout est confus dans ma tête, toutes ses émotions... je ne sais même pas comment je suis censé me sentir. Ce que j'ai le droit de ressentir.
— Alors laisse moi te le dire, commença Séverilla. Tu as le droit d'être perdue, en colère, triste, déçue, choquée, sidérée... C'est une liste non exhaustive. Ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a pas de sentiments ou d'émotions que tu n'as pas le droit de ressentir face à une telle situation, et qu'il n'y a pas un état en particulier dans lequel tu dois être. Dans tous les cas, tu es plus que légitime.
Je fermai les yeux et me penchai en avant, coude sur les genoux, et visage dans les mains. Les filles posèrent une main sur mon épaule. Allissia pour me frotter le dos, Séverilla pour me le caressai en dessinant des cercles avec son pouce.
— J'aimerais savoir comment ma mère se sent vis à vis de tout ça. Et si elle a déjà réellement souhaité mon bonheur. Elle a été la cause de tellement de problèmes et de souffrance, c'est même à cause d'elle que je...
A cause d'elle que j'ai écris des lettres...
— Que je ne me connais pas entièrement. J'ai l'impression qu'à me forcer à refouler mes sentiments négatifs, elle a empêché une partie de moi de grandir. Je ne sais pas comment l'expliquer... Tout ce que je voulais, c'était une vie normale, des parents aimants qui, plutôt que de me forcer à ne pas ressentir le négatif, m'apprendraient à le gérer.
Le silence régna de longues minutes, l'éternité, durant lesquelles j'essayais de reprendre une respiration normale.
— Ce n'est pas trop tard pour apprendre, lança alors Allissia. On est là, on peut t'aider. Tu es encore jeune en plus, même si tout ça fait partie de ton éducation, tu es à un âge où tu pourras t'en détacher, avec de la pratique et du temps. Ce n'est pas non plus pleinement ancrée ou mêlée à ton sang.
— Et ton père aussi est là, ajouta Séverilla. Je pense qu'il est temps que vous ayez une vraie discussion tous les deux.
Je me laissai m'imprégner de leur mot, les yeux toujours fermés. Elles avaient raison. En tout point. En revanche, si j'y arrivais avec elle, je ne savais pas si j'y parviendrai avec papa. Même si nous nous étions rapprochés et que maman n'était plus là pour nous empêcher de parler, l'idée de lui révéler certaines choses me semblait bizarre, comme une anomalie.
Je ne pouvais pas oublier que malgré tout, il n'avait rien fait durant des années, une part de lui appréciait peut-être le fait que je ne parle pas de mes problèmes.
Je pense qu'il est temps que vous ayez une vraie discussion tous les deux...
Cette phrase résonna en moi sans que je ne parvins à m'en détacher.
Je me redressai alors subitement, déterminée.
— Je le ferai.
Je pris les mains des filles et les serraient pour me donner du courage.
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A la lettre
General FictionGwen s'écrit des lettres. Des lettres de haine. Des lettres pour la faire culpabiliser. Des lettres que personne ne doit découvrir. Sauf que c'est arrivé.
